Né le 22 novembre 1850 à Lyon (Croix-Rousse) ; tisseur lyonnais ("Camille Camet canut", aimait à dire Bakounine).

Camille Camet fut affilié à l’Internationale dès 1869. Soldat, à partir du 11 avril 1871, il déserta et passa en Suisse. Il revint toutefois à Lyon au moment de la révolution des 30 avril-1er mai. Il était porteur, ainsi que son compagnon Albert Leblanc, de placards qui avaient été imprimés à Genève. Leblanc fut arrêté à Bellegarde, et seul Camet arriva à Lyon. Après l’échec du mouvement, il alla en Suisse, à Zurich, vers le 20 mai. Avec Pindy*, il représenta les sections françaises de l’Internationale au Congrès international du 15 septembre 1872, à Saint-Imier. En mars 1873, il se rendit à Barcelone. Avec Alerini* et Brousse*, il signa, le 4 avril, le programme du Comité de propagande révolutionnaire socialiste de la France méridionale : « Considérant que l’organisation d’un pouvoir quelconque… est un obstacle à l’émancipation libre des travailleurs, nous nous placerons sur le terrain de l’An-archie. » Tous les trois firent ensuite paraître la Solidarité révolutionnaire (10 juin - 1er septembre 1873, dix numéros).
À l’occasion du 6e congrès de l’Internationale antiautoritaire (Genève 1er-6 septembre 1873) auquel fut délégué Alerini, Camet se rendit en Suisse, puis revint en France fin septembre et se fixa à Lyon où il déploya une intense activité. Il élabora notamment un programme révolutionnaire qu’il soumit à la discussion de ses amis lyonnais et stéphanois affiliés à l’Internationale. Le 31 octobre, il alla à Saint-Étienne où il donna lecture de son programme et on organisa, comme on l’avait déjà fait à Lyon, des commissions dans l’éventualité d’une prise du pouvoir.
Avec Perroncel*, il entra alors en relations, à Lyon, au début de novembre, avec le Comité central républicain de façon à assurer à son programme une plus large audience. Mais il fut arrêté le 16 novembre en compagnie de Lachal, Laurençon et Perroncel. Il était porteur d’un revolver à six coups et d’un couteau-poignard. Le 25 avril 1874, le tribunal correctionnel de Lyon le condamna à cinq ans de prison, 50 francs d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques.
Des vingt-neuf inculpés dans l’affaire dite du Complot de Lyon, vingt-sept furent condamnés. À cinq ans de prison : C. Camet, P. Gillet* ; à trois ans : H. Boriasse*, P. Dupin, L.-P. Gouttenoire ; à deux ans : J. Deville,
P. Dubois, A. Laurençon, F. Perroncel ; à un an : L.-J. Audouard, B. Ayèle, J.-L. Bruy, L. Busque, Cl. Chazy, V. Damaisin, F. Gaspard, Cl. Lachal, J. Lafay ; à six mois : A. Chazot, H. Durieu, G.-J. Gaillard, H.-H. Hivert,
L. Martin, P.-F. Masson, M. Roure, S.-P. Roussel, A. Serre. Chacun devait en outre acquitter 50 francs d’amende et se voyait priver, durant cinq ans, de ses droits civiques. Deux des inculpés furent acquittés : E.-M. Polosse et J. Sibilat*.
Camet était aussi déserteur : un tribunal militaire le condamna en décembre à cinq ans de travaux publics avec confusion des peines. Il fut amnistié le 31 mai 1879 après que sa peine avait été réduite de six mois. Il était alors détenu à Bougie. Il était recommandé par M. Andrieux, ancien député, préfet de police.
Quelques années plus tard, il fut, ainsi que sa femme, guesdiste militant et, en 1892, il était à la tête du Parti ouvrier français pour l’agglomération lyonnaise, tout en ayant conservé intacte son admiration pour Michel Bakounine et son disciple Albert Richard.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/861, n° 4794. — Arch. Dép. Rhône, série U, procès-verbaux du tribunal correctionnel de Lyon, avril 1874. — Arch. Mun. Lyon, I 2/56 B, papiers Albert Richard, lettres 324, 328, 458. — Gazette des Tribunaux, 22, 26 avril 1874. — Le Petit Lyonnais, 23 avril 1874. — M. Nettlau : M. Bakunin, Eine Biographie, op. cit., n. 3708 – J. Guillaume, L’Internationale, t. 3, p. 170. — DBMOF.

Jean Maitron, Maurice Moissonnier

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