Né le 7 juillet 1937 à Paris (XVIIe arr.)  ; ingénieur diplômé de l’École supérieure d’aéronautique  ; militant catholique et du Mouvement de la paix, un temps communiste  ; secrétaire du Syndicat national des cadres et ingénieurs de la métallurgie en 1964, élu secrétaire confédéral de la CGT de juin 1967 à juin 1981 ; membre du conseil économique et social.

Issu d’une famille catholique, Jean-Louis Moynot fréquenta les mouvements de jeunesse chrétiens. La rencontre avec des travailleurs algériens le sensibilisa à l’anticolonialisme et dès l’insurrection de novembre 1954, il fut favorable à l’indépendance. Élève de l’École nationale Supérieure de l’Aéronautique, il adhéra à l’UNEF en 1955 et exerça des responsabilités à l’Union des grandes écoles. Ses études lui permirent de découvrir le monde industriel et le syndicalisme ouvrier. Dès cette époque, ses sympathies allaient à la CGT. Son service militaire en Algérie pendant dix-huit mois (1960-1961) fut une épreuve  : la guerre et sa violence, le putsch des généraux en avril 1961, les attentats de l’OAS. Sa capacité d’agir était limitée, cependant, avec un ami, il rédigea un petit bulletin envoyé en France et redistribué à une centaine de jeunes appelés, avec l’espoir que ces textes circulent.
Les Chantiers navals de la Ciotat l’employèrent à son retour mais son adhésion à la CGT, en mai 1962, fut connue et contribua au non-renouvellement de son contrat. Jean-Louis Moynot travailla à Paris puis à Nantes, chez J. Carnot, de 1964 à 1967, tout en militant au Syndicat national des cadres et ingénieurs de la métallurgie, comme à l’UGIC (qui devint UGICT en 1965). Président de l’Union Générale des Ingénieurs, Cadres et Techniciens, secrétaire du Syndicat National des Cadres et Ingénieurs de la métallurgie en 1964, puis responsable de la Commission I.C.T. de Loire Atlantique, il suivit la grève des Chantiers de l’Atlantique au printemps 1967, mouvement qui mobilisa les techniciens et lui donna un rôle actif. C’est cette mobilisation efficace et la nécessité de faire place aux cadres qui décida la direction nationale de la CGT de le faire entrer à trente ans au Bureau confédéral.
Venant d’un secteur géographique fortement mobilisé, il était préparé à comprendre l’ampleur des grèves de mai 1968. Par malchance, il voyageait au Japon avec Benoît Frachon du 11 au 15 mai et de retour par Moscou, il entendit Alexandre Chelepine, président des syndicats soviétiques demander sur un ton amusé  : « transmettez mes félicitations au camarade de Gaulle ». Arrivés au Bourget, accueillis par Georges Séguy, ils furent aussitôt associés à la réflexion sur l’évolution de la situation. Il participa à des rencontres diverses avec les autres syndicats et les partis politiques. Son approbation de l’orientation suivie par Georges Séguy se confirma à chaque étape du mouvement. Dans le cadre de la conférence de Grenelle, il s’investit notamment dans les négociations sur l’emploi et la formation, utilisant les revendications mises en avant par l’UGICT en 1967. Son témoignage sur les négociations rejoint celui de Georges Séguy. Il pensa que Benoît Frachon et Georges Séguy n’avaient pas été désavoués à Renault-Billancourt et que« ils se [s’étaient] consciemment appuyés sur la volonté des travailleurs de Renault de poursuivre la grève ».
Avec le recul, il juge que  : « Ce qui n’a pas réussi en mai 1968 est la rencontre avec le mouvement étudiants dont l’extension rapide, massive, et la radicalité, étaient porteuses d’une exigence de profonds changements dans la politique et la société. »
Toujours catholique et militant du Mouvement de la paix, il joua un grand rôle comme membre du secrétariat de la CGT dans l’après 68. Membre du Conseil Économique et Social à partir de 1969, il était vice-président de la Section conjoncture et membre de la Commission des comptes de la Nation.
Très lié à Georges Séguy, il fut favorable à un rajeunissement des cadres, à une évolution vers une plus grande démocratie syndicale et une prise en compte des évolutions du monde du travail. Il se félicita du rétablissement de l’unité d’action avec la CFDT en 1970. Après avoir valorisé le Programme commun depuis ses prémisses en 1972, sa rupture, en septembre 1977, l’inquiéta. Il pensa qu’il fallait à tout prix préserver l’organisation syndicale des affrontements entre communistes (dont il était depuis mai 1970) et socialistes. La tentative d’autonomiser la CGT du PCF reçut son approbation. Au 40e congrès confédéral, en décembre 1978, l’unité de la CGT fut sauvée mais la situation se dégrada progressivement. Avec Christiane Gilles et quelques autres, ils se prononcèrent en janvier 1981 contre l’approbation de l’intervention soviétique en Afghanistan. Il quitta le bureau confédéral de la CGT en juin 1981. Au congrès de Lille de juin 1982, qui vit Henri Krasucki succéder à Georges Séguy, son intervention fut sifflée.
Figure intellectuelle du syndicalisme, sollicité dans de nombreux colloques, il s’investit dès lors au Forum syndical européen créé en 1990.
Il est le père d’Emmanuel Moynot, dessinateur et scénariste de bande dessinée.

ŒUVRE  : Produire La Nouveauté. Vers une politique européenne de l’innovation, Économica, 1999.

SOURCES  : La Vie ouvrière, nº 1190, 21 juin 1967. — Georges Séguy , Résister de Mauthausen à Mai 68, éditions L’Archipel, 2008, pages 158-159. —Danielle Tartakowski, Alain Bergougnioux (sous la direction), L’Union sans l’unité. Le Programme commun de la gauche, 1963-1978, PUR, 2012.

Claude Pennetier

Version imprimable de cet article Version imprimable