PAYMAL Yvette [née NOEL Yvette]

Par Janine Olmi

Née le 31 mars 1946, morte le 31 mars 1989 ; ouvrière en confection aux Tricotteries de Chaligny (Meurthe-et-Moselle) ; élue CGT du personnel, secrétaire du comité d’entreprise de 1968 à 1971 ; actrice du combat des femmes pour leur emploi.

Yvette Noël vit le jour à Chaligny, cité ouvrière voisine de la cité sidérurgique de Neuves Maisons quelques mois après la Libération. Son père mineur de fer et syndicaliste cégétiste transmit à sa famille l’empreinte d’un militantisme puisé au berceau du mouvement ouvrier de Meurthe-et-Moselle qui naquit à Neuves-Maisons au début du siècle. Sa mère resta sa vie durant au statut de femme au foyer.

À la sortie de l’école primaire, après un court séjour à l’école ménagère, elle entra à la tricotterie en 1960 en qualité de piqueuse. Le 20 novembre 1963, elle épousa l’ouvrier sidérurgiste Gilbert Paymal. Ils eurent deux enfants, Bruno et Aurore.

En 1968, après plusieurs expériences avortées, Yvette fut parmi les quelques ouvrières sollicitée par André Dupin et quelques élus néodomiens, délégués de l’usine sidérurgique, cégétistes et animateurs de la section locale du parti communiste, pour former une liste aux élections professionnelles. Cette fois, le syndicat parvient à s’enraciner parmi les ouvrières grâce au dynamisme de la nouvelle équipe entraînée par le charisme d’Yvette Paymal et l’enthousiasme généré par le printemps des insoumis tout proche. De mémoire ouvrière, 90 % du personnel s’engagea derrière l’équipe syndicale.

L’activité syndicale se poursuivra jusqu’en 1971. « durant toutes ces quatre années, nous nous sommes battues pour obtenir de meilleures conditions de travail, de justice, d’égalité » dira Paulette Goguet, élue du comité d’entreprise. Elles se passionnèrent pour cette fraîche expérience de femmes apprenant à maîtriser leur vie sociale. En quelques mois, elles deviennent une référence pour les entreprises du textile et de l’habillement du département. Leur rayonnement trouva écho à la fédération d’industrie et jusqu’aux chambres paritaires nationales. Les tricotteuses furent des figures de proue de l’émancipation féminine.

En 1971, « le coup fatal arriva » diront les syndicalistes. La direction Tim-Wear annonça la fermeture de l’entreprise. Le personnel, immédiatement mobilisé organisèrent une marche sur Nancy. Partie à 400 de Chaligny, le cortège composé de jeunes et d’anciennes ouvrières, de jeunes femmes enceintes, s’étoffa de centaines de salariés solidaires. Parmi eux, de nombreuses femmes qui quittèrent les ateliers et bureaux pour saluer les Chaligny. À 16 heures, à l’issue d’un trajet de 10 kms, elles arrivèrent accueillies par 5 000 manifestants, place Stanislas. Yvette Paymal prit la parole au milieu d’un parterre de syndicalistes CGT, CFDT. et de partis de gauche. L’Est Républicain et Le Républicain Lorrain rendirent compte du conflit. Un bras de fer fut engagé entre l’union départementale CGT, la direction de l’entreprise et les pouvoirs publics. Messieurs Claude Coulais et Jean Jacques Servan-Schreiber, étaient au chevet de l’entreprise. En juillet, une solution fut trouvée. Monsieur Frank-Forter, PDG de la marque Baby-Gros, se présenta comme repreneur, après avoir bénéficié de subventions publiques. La reprise fut prévue pour la rentrée de septembre. Mais au lieu de l’embauche de l’ensemble du personnel, la presse locale relata un incident entre le représentant de l’Union départementale et le repreneur, à l’issue duquel la reprise était conditionnée par l’embauche nominative du personnel qui s’était désolidarisé de son équipe syndicale. Les déléguées restèrent à la porte dans le cadre d’un processus qui ne leur permit pas de bénéficier des procédures de licenciement. Après quelques années de dégraissage successifs, La Tricotterie ferma définitivement ses portes en 1994. Le bâtiment fut démoli en décembre 2007.

Yvette Paymal, ainsi que quelques autres élues furent engagées comme aide-soignantes dans les divers hôpitaux et établissements de soins des environs de Chaligny, par des praticiens réprouvant les ambigütés patronales et des pouvoirs publics.

Yvette Paymal n’abandonna pas la cause sociale. En 1977, elle fut présentée comme tête de liste aux élections municipales sur une liste d’union de la gauche. Mais les temps avaient changé, on est alors entrés dans un cycle concurrenciel entre forces de gauche pour obtenir les commandes, en utilisant l’élimination des inopportuns par le système des ratures. Le maire ne sera pas la « tricotteuse communiste de Chaligny » mais l’infirmier du Centre Psychothérapique de Laxou sympathisant socialiste.

Le 31 mars 1989, la vie d’Yvette Paymal s’acheva prématurément. Après plusieurs années de combat, elle est vaincue par un cancer implacable. Elle avait quarante-trois ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article148583, notice PAYMAL Yvette [née NOEL Yvette] par Janine Olmi, version mise en ligne le 29 août 2013, dernière modification le 17 mars 2016.

Par Janine Olmi

SOURCES : Le Réveil Ouvrier, L’Est Républicain. — L’Atelier d’écriture de la Tricotterie. — Janine Olmi, Oser la parité syndicale, op. cit. — Gilbert Paymal, entretiens et documents de Paulette Goguet, secrétaire du comité d’entreprise en 1971.

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