Né le 12 avril 1930 à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), mort le 27 mai 2013 à Verrières (Aveyron) ; ouvrier carreleur ; militant communiste libertaire et anticolonialiste.

Libération de Pierre Morain (au centre) en mars 1956
Arch. Alternative libertaire
Fils de Robert Morain (administrateur civil de l’État) et de Suzanne Courtois (sténo-dactylographe), Pierre Morain commença à travailler en 1947 dans une petite entreprise du bâtiment à Saint-Germain-en-Laye, comme carreleur. En 1949, il travailla pour la coopérative ouvrière Le Carrelage à Vanves, fondée en 1936 par le PCF et la CGT. Devenu chômeur, il adhéra à la CGT et au PCF.
Il fit son service militaire en Allemagne du 2 avril 1950 au 23 octobre 1951 dans le génie à Trèves, un régiment auquel on avait retiré ses décorations pour désobéissance (refus de réprimer les grèves de 1947-48). Il se rapprocha alors des idées libertaires et antimilitaristes. Libéré des obligations militaires, il travailla dans le bâtiment, tout en devenant encadrant adulte par intermittence à la Cité de l’Espérance, un refuge pour jeunes en difficulté ou délinquants à Conflans-Sainte-Honorine.
Il adhéra à la CNT-F en 1953 et peu de temps après devint secrétaire du Syndicat unique du bâtiment pour la Région parisienne. Mais il se sentit peu à l’aise au milieu des querelles qui déchiraient la petite organisation et, déjà sensible aux idées anticolonialistes, il préféra, à l’été 1954, adhérer à la Fédération communiste libertaire (FCL). À cette époque, il habitait Paris, près de la gare de l’Est, dans un immeuble géré par le Mouvement de libération du peuple, anciennement Mouvement populaire des familles.
En avril 1955, à la demande du Mouvement national algérien (MNA), la FCL l’envoya dans le Nord, où Michel Hulot le mit en relation avec les militants algériens. Embauché le 21 avril par l’entreprise Carrette-Duburcq, à Roubaix, il chercha à mettre en place un comité de soutien au MNA, mais échoua. Il participa aux affrontements du 1er mai, entre la police et les Algériens.
À l’occasion d’une distribution de tracts antimilitaristes et pro-indépendantistes, il fut appréhendé par des douaniers, qui le signalèrent à la police. Le 29 juin 1955, il fut arrêté à son hôtel, puis inculpé, non pour la distribution des tracts, mais pour un article dans le Libertaire du 5 mai, suite à la manifestation du 1er mai à Roubaix et intitulé « Dans le Nord, les Algériens ont montré l’exemple aux travailleurs français. »
Dans le box, au tribunal, il était le seul Français au milieu au milieu de 19 inculpés algériens. Au président, incrédule, qui lui demandait : « Mais vous, vous êtes pourtant français ? », Pierre Morain rétorqua : « Non, je ne suis pas français ; je suis ouvrier. »
Condamné à cinq mois de prison, il fut écroué jusqu’au 12 septembre 1955 à la prison de Loos puis à Douai du 12 septembre au 25 novembre. Ce n’est que durant cet internement à Douai qu’il entendit parler du Front de libération national (FLN), imaginant avec ses codétenus algériens que ce sigle inconnu provenait sans doute d’une manœuvre de division des autorités coloniales. Sa peine ayant été portée à un an suite à l’appel du procureur, il fut transféré à la prison de la Santé pour atteinte à la sûreté de l’État et écroué du 22 novembre 1955 au 29 mars 1956. C’est à sa sortie de prison qu’il rencontra pour la première Suzanne Gouillardon avec laquelle il eut bientôt une liaison.
Après sa libération, il reprit l’action avec la FCL en faveur de l’Algérie libre. Quand la FCL fit le choix de la clandestinité, à l’été 1956, il vécut caché dans une cabane de jardin à Pontoise pendant deux à trois mois. En janvier 1957, il participa, avec une équipe de la FCL, à un attentat contre un local du mouvement Poujade, rue Blomet (Paris XVe). Donné par un indicateur qui s’était introduit dans l’équipe, il fut arrêté le 16 février 1957. D’abord incarcéré à la Santé, où il épousa Suzanne Gouillardon le 13 juin 1957, il purgea une peine de trente mois à la centrale de Poissy du 21 mai 1958 au 11 avril 1959.
Une fois libéré, il rejoignit son épouse dans la Nièvre. Il reprit son travail dans le bâtiment et adhéra à la CGT à Nevers où il devint bientôt trésorier de l’union syndicale du bâtiment et travaux publics, et secrétaire départemental. Il aida à la création de plusieurs syndicats dans le bâtiment et adhéra, avec Georges Fontenis, à la Voie communiste, une structure d’extrême gauche « œcuménique » principalement active dans le soutien à l’indépendance algérienne. Fin 1959, il réadhéra au PCF. Mais en 1967, ayant pris contact avec les comités Vietnam de base (CVB), il se rapprocha de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCML). Il fut exclu du PCF durant l’hiver 1967-68, avec les oppositionnels du PCF de la région de Saint-Pierre-le-Moûtier. En Mai 68, il fut mis à l’écart de la CGT.
Dans la foulée de Mai 68, Georges Fontenis reprit contact avec lui pour relancer le réseau des anciens de la FCL, mais cette tentative fit long feu. De 1968 à 1976, Pierre Morain fut actif dans la mouvance maoïste (un temps à la Gauche prolétarienne), plus par goût de l’action que par affinité politique. Il participa alors à la création d’un groupe autonome ouvriers-paysans.
En 1974, il fut en rapport avec l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA), et participait au processus nommé « Pour qu’une force s’assemble », qui visait à cristalliser autour de l’ORA une « gauche ouvrière ». En septembre 1976, Pierre et Suzanne Morain s’installèrent sur le plateau du Larzac. Il appartint à une équipe du bâtiment pour améliorer l’habitat.
A partir de 1983, il fut membre du conseil d’administration de la Fondation Larzac (rebaptisée ensuite Larzac Solidarité). Dans les années 1980, il soutint le FLNKS et les luttes d’émancipation du peuple kanak. Il collecta alors des fonds pour le lancement de radios nicaraguayennes et kanaks. En 1999, il participa avec José Bové au démontage du restaurant McDo de Millau, qui devait être un des points de départ du mouvement altermondialiste en France. Après le déclenchement de la deuxième Intifada en 2000, il s’investit dans le soutien à la Palestine, où il se rendit en 2003. Adhérent au Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples (MRAP), il était faucheur volontaire d’OGM.
Il s’était marié avec le 13 juin 1957 à Paris (XIVe arr.) avec Suzanne Guillardon.

SOURCES : Témoignage de Pierre Morain. ― Georges Fontenis, Changer le monde, éd. Alternative libertaire, 2008. ― Archives Roland Biard (IISG). ― Guillaume Lenormant et Daniel Goude, Une résistance oubliée. Des libertaires dans la guerre d’Algérie, DVD 32 mn, 2001. — État civil.

Daniel Goude

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