CHAUDEY Gustave [CHAUDEY Ange, Gustave]

Né le 5 octobre 1817 à Vesoul (Haute-Saône), fusillé le 23 mai 1871 à Paris ; avocat et journaliste ; membre de l’Internationale, disciple préféré de Proudhon dont il fut, avec Pilhes Victor, l’exécuteur testamentaire.

Gustave Chaudey fit ses études secondaires au collège de sa ville natale, puis prépara l’École polytechnique à l’Institut Mayer (1834-1835). Il échoua au concours d’entrée et s’inscrivit à la Faculté de droit. En août 1840, il obtint le grade de licencié. En 1842, il se fixa à Paris, et devint précepteur. Émile de Girardin le fit entrer à La Presse. À partir de 1845, il publia toute une série de brochures à caractère politique.

En 1848, il se lia d’amitié avec Lamartine sous le patronage de qui il affronta les électeurs de la Haute-Saône aux élections du 23 avril 1848. Il n’obtint que 4 911 voix, moins que Louis Blanc, et ne fut pas élu. Dans sa profession de foi on pouvait lire : « ... J’ai voulu le droit de suffrage fondé sur la profession, cette manifestation par excellence des facultés utiles de l’homme, ce cachet distinctif du travail de la démocratie... » Lors de l’élection à la présidence de la République, il fit une campagne active en faveur de Cavaignac.

Au lendemain du coup d’État, il fut condamné, par contumace, à deux mois de prison pour outrage au préfet, sous l’accusation d’avoir déchiré une affiche préfectorale glorifiant le coup d’État. Pour avoir participé à une prétendue insurrection, il fut condamné à dix ans de bannissement par la Commission mixte de la Haute-Saône. Il se réfugia en Suisse où il devint rédacteur en chef du Républicain neuchâtelois. En 1853, il accepta de bénéficier d’une mesure d’amnistie (décret dit des 4 000 à l’occasion du mariage de Napoléon III). Il s’installa alors à Vesoul comme avocat.

En 1856, il revint habiter Paris, où il partagea son temps entre le barreau et le journalisme. Il fréquentait le salon de Daniel Stern (Mme d’Agoult), foyer actif d’opposition bourgeoise républicaine. Une amitié très solide va, dès lors, l’attacher à Proudhon dont, en 1858, il assura la défense à propos de son ouvrage De la Justice dans la Révolution et dans l’Église. Proudhon devait, d’ailleurs, en faire son exécuteur testamentaire et lui confier l’achèvement de son livre De la Capacité politique des classes ouvrières. Il en rédigea toute la conclusion.

Dans tous les domaines, Chaudey s’efforça désormais de faire pénétrer et de défendre la pensée proudhonienne. Au Courrier du Dimanche, il traita du droit électoral. De 1862 à 1866, il participa, à l’étranger, à plusieurs congrès organisés par l’" Association internationale pour le progrès des sciences sociales ", où l’on débattait des questions telles que celle de l’enseignement des classes populaires ou celle de l’autonomie des communes.

Il milita, à partir de 1863, avec vigueur, en faveur de la coopération. Selon Benoît Malon, « Chaudey fut l’homme qui contribua le plus au rapprochement entre coopératistes républicains et mutuellistes proudhoniens ». Il n’est donc pas surprenant de le voir soutenir, en 1863, l’expérience du Crédit au travail de J.-P. Béluze. En 1864, il figure à la fois, parmi les actionnaires et parmi les membres du comité de rédaction du journal L’Association, Bulletin des coopératives françaises et étrangères, sous la qualité d’avocat, ancien rédacteur du Courrier du Dimanche, et rédacteur du Phare de la Loire.

Dans le numéro 5, de mars 1865, il analysait la situation du mouvement coopératiste telle qu’elle lui apparaissait alors. Il distinguait trois écoles : celle de la discipline, celle de la protection, celle de l’autonomie complète ou de l’indépendance. La première groupe ceux qui estiment nécessaire la surveillance du pouvoir sur les associations ; elle rassemble, évidemment, les partisans du gouvernement fort tel qu’apparaît le gouvernement impérial. La seconde est celle des " paternalistes philanthropes ", des bourgeois orléanistes comme Casimir Perier, qui veulent patronner les associations. La dernière, celle des coopérateurs de L’Association, veut l’indépendance absolue du mouvement en face du pouvoir et en face de la bourgeoisie. Dans ce même article, Chaudey préconisait trois formes d’association : production, consommation et crédit. Il s’opposait à Charles Beauvoir qui craignait que la baisse des prix résultant de l’activité des coopératives n’entraînât une baisse correspondante des salaires. Chaudey explique que lorsque le capital n’est pas dans les mêmes mains que le travail, il défend son profit aux dépens du salaire, et qu’il convient donc que le capital soit souscrit par les salariés eux-mêmes qui en auront ainsi le contrôle. Le 25 février 1866, il ajoutait que les mêmes individus doivent être, en même temps, bailleurs de fonds et travailleurs et que c’est le seul moyen de faire disparaître l’antagonisme entre le travailleur et le capitaliste qui avance des fonds à l’association. Il reprenait à son compte la formule proudhonienne de la mutualité, la commandite du travail par le travail, qu’il avait trouvée dans le Manuel du spéculateur à la Bourse.

Rédacteur, puis rédacteur en chef du journal Le Siècle, Chaudey y fit de la propagande en faveur de l’Internationale, à laquelle il appartint entre septembre 1865 et juillet 1866.

En juillet 1866, il analysait la brochure alarmiste de Cernuschi sur la phase difficile que traversait alors le mouvement coopératif. Le 29 août suivant, c’est à la suite des explications qu’il fournit que les actionnaires de L’Association décidèrent de suspendre la parution de leur journal plutôt que de se soumettre aux directives du gouvernement impérial.

En 1867, grâce à lui, un accord s’établit entre l’Internationale et la Ligue de la Paix et de la Liberté. Le 8 septembre, il participa au congrès que celle-ci organisait à Genève. Aux délégués de l’Internationale qui tenait son deuxième congrès à Lausanne, Henri Tolain, César de Paepe, James Guillaume, qui parlaient d’arracher le peuple à l’exploitation du capital et pour qui la paix perpétuelle ne saurait venir que de la révolution sociale, il répondit en prêchant l’alliance nécessaire de la bourgeoisie et du prolétariat, les travailleurs devant aider la bourgeoisie à conquérir le pouvoir politique, la bourgeoisie devant seconder les travailleurs qui poursuivent leur affranchissement économique. Au deuxième congrès de la Ligue, à Berne (21-25 septembre 1868), il combattit et fit rejeter, avec Fribourg, le projet de résolution déposé par Bakounine qui déclarait que la question la plus urgente était celle de " l’égalisation économique et sociale des classes et des individus " et " qu’en dehors de cette égalisation, c’est-à-dire en dehors de la justice, la liberté et la paix n’étaient pas réalisables. "

Pour venir à bout du régime impérial, le 28 novembre 1868, dans une lettre à Henri Lefort, Chaudey préconisait la création d’une presse d’opinion provinciale, indépendante de celle de Paris, seul moyen de faire une " France ayant des mœurs politiques et capable d’avoir une liberté ".

Au début de 1870, il publia une brochure qui eut du retentissement : L’Empire parlementaire est-il possible ? Reprenant les vues de Proudhon, il essayait de montrer que le suffrage universel n’est pas compatible avec le pouvoir personnel et qu’il doit, inévitablement, conduire à la République. " Il s’agit de savoir si, après avoir été un gouvernement de force, l’Empire peut devenir un gouvernement de raison. " Il s’opposait à tous ceux qui affirmaient que n’importe quelle forme de gouvernement peut se concilier avec le principe de la souveraineté nationale. Il n’y avait pas selon lui, de souveraineté nationale dans un régime où seul le pouvoir exécutif peut décider de l’opportunité et de la forme d’une consultation plébiscitaire.

Le 4 septembre 1870, il devint maire du IXe arrondissement ; son mandat ne lui fut pas renouvelé le 5 novembre, mais, le lendemain, il devenait adjoint au maire de Paris, Jules Ferry.

Lors de la journée révolutionnaire du 22 janvier 1871, Chaudey se trouvait à l’Hôtel de Ville, face à certains bataillons de la Garde nationale qui réclamaient la Commune. Pendant qu’il recevait leurs délégués, les mobiles tirèrent sur les gardes nationaux et sur la foule rassemblée place de l’Hôtel de Ville. Il y eut six morts dont le commandant Sapia, tué au côté de son ami, R. Rigault, et une vingtaine de blessés. Est-ce Chaudey qui avait donné l’ordre de tirer, comme l’en accusa R. Rigault ? On peut en douter (cf. M. Vuillaume, Mes Cahiers rouges..., op. cit.).

Le 8 février, il échoua aux élections générales dans la Haute-Saône.

Le 11 avril 1871, en pleine Commune, Le Père Duchêne le prit à partie pour son attitude au cours de la journée du 22 janvier et, l’accusant d’avoir donné l’ordre de tirer, ajoutait : « Le misérable Chaudey ! Est-ce qu’on va bientôt décréter d’accusation ce misérable jeanfoutre et lui faire connaître le goût des bons pruneaux de six livres dont il nous a gratifiés dans le temps ? » Chaudey répondit dans Le Siècle : « J’accepte devant la Justice et l’Histoire la responsabilité d’avoir, le 22 janvier, défendu l’Hôtel de Ville contre une attaque à main armée. » Arrêté au bureau du Siècle, le 19 mai, il fut interné à Mazas, puis transféré à Sainte-Pélagie dont il ne sortit que pour être fusillé, le 23 mai à 2 heures du matin, sur l’ordre de Raoul Rigault, procureur de la Commune.

Edouard Droz prit avec force sa défense, en 1911, dans Lettres à Gustave Chaudey et à divers comtois  : « M. Maxime Vuillaume, dans Mes cahiers rouges (VII, Dernier cahier, p. 70 sqq.), a démontré que l’arrestation de Chaudey fut, pour une grande part, commandée par Delescluze, malgré l’opposition de Paschal Grousset, et que, malgré les efforts de Vermorel, ce fut encore Delescluze qui s’opposa à l’élargissement de Chaudey. M. Vuillaume pose cette question : « Le motif qui poussait Delescluze à poursuivre Chaudey de ses haines ? » On invoquait contre Chaudey un prétendu ordre de « balayer la place » de l’Hôtel de Ville dans la journée du 22 janvier, où il y eut une douzaine de morts. Sur la demande de Vermorel, Cournet fit une enquête pour rechercher cet ordre, « seule base d’accusation contre Chaudey ». Or, Cournet ne put rien trouver, et Vermorel conclut que la libération de Chaudey s’imposait, contre quoi « Delescluze protesta avec véhémence ».

« Je n’entends pas dire que Delescluze voulut à tout prix la perte de Chaudey, innocent ou coupable ; mais la passion qui l’animait contre lui le rendit aveugle et injuste. Et cette passion, il n’est pas téméraire de supposer qu’elle s’acharnait contre l’ami de Proudhon, de ce Proudhon avec qui Delescluze avait engagé, en décembre 48, une polémique de part et d’autre féroce, suivie d’une provocation de Delescluze, que Proudhon déclina, et d’une haine mutuelle (V. PROUDHON, Mélanges, I, p. 254).

« Quoi qu’il en soit de l’effet que purent avoir ces tristes inimitiés, quant à la destinée de Chaudey, nous retiendrons des preuves amassées par M. Vuillaume que notre infortuné compatriote, innocent du crime qu’on lui reprocha, fut la victime d’un de ces bruits qui naissent si facilement parmi les multitudes surexcitées. Aucune preuve ne l’a convaincu d’avoir versé le sang de cette foule, qui, le 22 janvier 1871, dans les derniers jours du siège de Paris, s’était rassemblée autour de l’Hôtel de Ville, pour réclamer la sortie en masse. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147911, notice CHAUDEY Gustave [CHAUDEY Ange, Gustave], version mise en ligne le 16 juillet 2013, dernière modification le 3 février 2019.

ŒUVRE : Articles dans les journaux suivants : La Presse, Le Républicain neuchâtelois, Le Courrier du Dimanche, L’Association, Le Siècle. — Appréciation historique, littéraire et politique de l’Histoire de Dix ans de Louis Blanc, Paris, 1845, in-8°, Lb 51/45.. — Un Conservateur, Paris, 1846, in-8°, Lb 51/4093.. — La crise politique, Paris, 1847, in-8°, Lb 51/5042. — De la formation d’une véritable opposition constitutionnelle, Paris, 1848, in-8°, Lb 51/4420. — De l’établissement de la République : lettre d’un Républicain du lendemain à un Républicain de la veille, Paris, 1848, in-18, Lb 54/1485. — L’Empire parlementaire est-il possible ? Paris, 1870, in-8°, Lb 56/2614. — République française. Mairie du IXe arr. Corps civique de sécurité (16 octobre 1870), Paris, in-fol. plano Lb 57/550. — République française. Mairie du IXearr. Rationnement de la viande de boucherie (24 octobre 1870), Paris, in-fol. plano, Lb 57/561 et 57/601. — République française... Mairie du IXe arr. Vote par oui ou par non sur la question de savoir si l’élection de la municipalité et du gouvernement aura lieu à bref délai (1er novembre 1870), Paris, in-fol. plano, Lb 57/667.

SOURCES : J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I. — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire. — G. Weill, Histoire du mouvement social en France. — Lissagaray, Histoire de la Commune. — G. Bourgin, La Commune. — Histoire socialiste, de Jean Jaurès, t. X et XI. — Vuillaume, Mes Cahiers rouges. — Dictionnaire de biographie française, fasc. XLVI. — Mémoires de la Société d’émulation du Doubs, 1910. — Bulletin de la Société d’Agriculture, des Sciences et Arts de la Haute-Saône, 1919. — E. Fourquet, Les hommes célèbres et les personnalités marquantes de Franche-Comté (Besançon, 1921). — Gaston Demassue, Biographie d’Ange Chaudey, 1893. — Laronze, Histoire de la Commune de 1871, pp. 415 sq. — Édouard Droz, Lettres à Gustave Chaudey et à divers comtois, Imp. Dodivers, 1911.

ICONOGRAPHIE : J. Gaumont, op. cit., p. 512. — G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 355.

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