PARIS Monique [née DESCROIX Monique]

Par Slava Liszek

Née le 9 novembre 1927 à Montmorency (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) morte le 9 mars 2011 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; ouvrière, puis permanente syndicale ; membre du secrétariat fédéral de la Fédération des Travailleurs de Métaux CGT en 1950, puis membre du bureau de cette fédération jusqu’en 1968, puis de nouveau membre du bureau jusqu’en 1973 ; membre de la commission administrative de la CGT, puis de la commission exécutive, de 1953 à 1975 ; membre de la commission féminine confédérale.

Monique Descroix vint au monde à Montmorency dans une famille de petits artisans. Son père, Oscar, était cordonnier. Sa mère, Marguerite, travaillait avec lui. Ses parents étaient athées et se disaient complètement apolitiques. Mais une sœur aînée, qui mourut lorsque Monique avait vingt-deux ans, avait adhéré au Parti communiste. Monique Descroix quitta l’école à quatorze ans, au niveau du certificat d’études, pour commencer à travailler. Embauchée dans une biscuiterie, à Levallois-Perret, elle y resta plusieurs années et y fit son apprentissage de l’exploitation patronale.

À dix-sept ans, en octobre 1944, à la libération, elle prit sa carte à la CGT, et trois ans ans plus tard elle adhéra au Parti communiste. En 1945, à dix-huit ans, elle dut quitter la biscuiterie pour raisons de santé. Elle travailla ensuite dans diverses entreprises, pour être finalement engagée, en 1949, chez Jaeger, fabricant d’accessoires automobiles, à Levallois-Perret. Là, il y avait une section syndicale, et même une commission féminine. On y faisait des pétitions pour la paix, des actions pour le 8 mars. Monique Descroix s’investit à fond dans le militantisme et fut élue rapidement déléguée du personnel. Dans la métallurgie il y avait alors des négociations pour la Convention collective et le secrétaire général de la FTM, Ambroise Croizat, exigea que des représentants des entreprises fassent partie des délégations. En tant que déléguée du personnel chez Jaeger, Monique en fut.

Une autre dirigeante de la FTM, Olga Tournade, qui était aussi membre du bureau confédéral de la CGT, se battait alors pour faire accéder les femmes aux responsabilités syndicales. C’est ainsi qu’au XVIIe congrès de la Fédération, en juin 1950, Monique Descroix fut élue membre du secrétariat ; elle devint permanente et le resta jusqu’en 1973.

Il n’était pas facile pour une femme de jouer un rôle dans une organisation comme les Métaux. Les militantes femmes, étaient peu nombreuses et surtout très jeunes. Elles n’avaient pas fait d’études, et elles se retrouvaient d’un seul coup parmi quantité de militants chevronnés, qui avaient une grande aisance de parole et d’expression. Pendant les premières années, Monique Descroix n’ouvrit guère la bouche. Puis, elle posa des questions, la parole vint, avec le temps.

Elle a aussi été beaucoup aidée par quelques camarades : par Jean Breteau, Roger Linet, et surtout par Henri Jourdain, un camarade qui ne parlait pas beaucoup, malgré ses importantes responsabilités, mais qui l’a beaucoup aidée à s’exprimer, en discutant avec elle, en l’encourageant. Quand elle avait un rapport à faire, il l’aidait à trouver de la documentation et relisait son texte. Elle se souvient d’une étude qu’elle avait eue à faire sur la monopolisation de la branche de la construction électrique. Affolée, elle en rêvait la nuit. Quand il a relu son texte, il lui a dit que c’était bien, et ça, ça lui a vraiment donné confiance en elle.

À la FTM, une des tâches principales de Monique Descroix était de mettre sur pied une commission féminine. Pour commencer il fallait connaître le terrain, récolter des renseignements sur les femmes dans les entreprises, leur travail, leurs problèmes, leur syndicalisation. Elle allait donc faire des réunions dans toute la France, dans les syndicats, les USTM [Union syndicale des travailleurs de la métallurgie]. De cette façon, elle cherchait à s’informer sur la situation, essayait d’avoir une sorte de photographie de la main-d’œuvre féminine à l’endroit en question : le nombre de femmes salariées, les postes occupés par elles, les salaires, conditions de travail, etc. Elle en profitait pour repérer les militantes et recruter pour la commission féminine fédérale et aussi constituer des commissions féminines dans les USTM, les syndicats locaux.

Sur le principe même d’avoir une commission féminine, tout le monde n’était pas d’accord. Au niveau de la direction fédérale, à quelques nuances près, ils étaient convaincus. Mais dans certaines UD, ce n’était pas l’enthousiasme ! En général, au début, il y avait vraiment des réticences : ça va donner un travail supplémentaire ; il y avait surtout des intérêts généraux à défendre ; les commissions féminines ce n’était pas aussi important que de créer des syndicats... Il n’y a pas eu une levée de boucliers... mais les commissions féminines étaient considérées comme quelque chose de relativement mineur. Et puis, en avançant, ces camarades se sont aperçus que c’était en fait aussi un moyen de créer des syndicats, et de faire avancer l’intérêt général.

Monique Descroix-Paris s’est occupée de la commission féminine fédérale pendant une quinzaine d’années. Le 29 janvier 1954 elle épousa Maurice Paris, métallurgiste comme elle, et également militant syndical et communiste. Une petite fille, Chantal, naquit en 1951. Suivie par une deuxième, Claudine, en 1956. Elle n’arrêta pas de travailler pour autant. Sa mère vint l’aider à la maison. Et surtout, elle aimait son travail. Mais ses filles lui en ont un peu voulu de ses nombreuses absences.

En 1951 (ou 1952) sa fédération la désigna pour faire partie de la Commission féminine confédérale. Et au congrès confédéral de juin 1953, elle fut élue membre de la commission administrative confédérale de la CGT (commission de contrôle) où elle siégea jusqu’en 1975.

À la Commission féminine confédérale elle se retrouva avec une quinzaine de militantes au plus haut niveau dans les fédérations, les Unions départementales. Il y avait Olga Tournade, Hélène Mabille (à l’époque secrétaire de Benoît Frachon), Marion Liandrat, du Papier Carton, Berthe Adam, du Textile, Gisèle Joannès, de l’Habillement, Germaine Guillé, de l’Alimentation et secrétaire confédérale, Gisèle Delplanque de l’UD de la Seine. Souvent, il y avait aussi Alice Brisset, une militante très ancienne. En tout, elles étaient bien une quinzaine. Elles se réunissaient à la CGT, rue La Fayette, à peu près une fois par trimestre, sauf événement particulier, ou décision d’une campagne, par exemple. L’ordre du jour était élaboré par Olga Tournade. (plus tard, par Madeleine Colin.) Il s’agissait, par rapport aux campagnes de la CGT de trouver comment faire ressortir les aspects spécifiques pour les femmes. La commission féminine faisait les propositions, mais la décision appartenait au bureau confédéral.

Parfois il fallait se battre, par exemple pour la création d’une presse destinée spécifiquement aux femmes, ainsi pour La Revue des Travailleuses la bataille dura un an, au moins. Beaucoup de camarades hommes étaient réticents. Par exemple Gaston Monmousseau (secrétaire confédéral et responsable de La Vie ouvrière) trouvait que la VO devait suffire. Les militantes répondaient que La VO pouvait bien sûr publier tel ou tel article, telle ou telle interview concernant les femmes, mais ne pouvait pas faire un travail en permanence. Il fallut argumenter longtemps et après avoir obtenu l’accord de principe, il a encore fallu calculer combien ça allait coûter.

La Commission féminine confédérale a fait plusieurs grandes campagnes : pour la réduction du temps de travail pour les femmes, pour l’égalité des salaires… Une des plus mémorables ce fut pour la reconnaissance de la qualification professionnelle des femmes. C‘était dans le courant des années 1960. Madeleine Colin était alors secrétaire confédérale. C’est elle qui a soulevé la question. Les militantes de la Commission féminine étaient toutes d’accord que dans beaucoup de cas la qualification professionnelle des femmes était bien plus importante que cela n’apparaissait sur leur fiche de paie. Mais encore fallait-il le démontrer. Il fallait donc amener les syndicats à faire des recherches sur ce que font réellement les femmes. Par exemple à la Fédération des Métaux, on a fait entreprendre tout un travail de prospection dans la téléphonie. Cela aboutit à démontrer que toute une série d’ouvrières “spécialisées” qui préparaient des travaux de connexion effectuaient des opérations tout à fait complexes, en suivant des schémas qu’elles connaissaient et comprenaient fort bien. Même si elles n’avaient pas étudié cela en théorie, à l’école, elles avaient des connaissances professionnelles. Mais pour arriver à mener une campagne pour que les syndicats se mobilisent pour la reconnaissance de l’expérience professionnelle acquise, il a fallu beaucoup discuter avec les militants hommes. La plupart des camarades étaient en effet des professionnels. Ils avaient fait des études, ils avaient des CAP. Ils n’admettaient pas qu’on puisse devenir professionnel “sur le tas”. Ils n’étaient pas contents que l’on “transgresse” les catégories professionnelles bien établies. Cela n’a pas donné lieu à des empoignades, mais il a tout de même fallu se battre pour convaincre. Il n’empêche que pour finir les syndicalistes ont obtenu pour un certain nombre d’ouvrières, jusque-là OS, la classification P1, P2.

Monique Paris resta à la Commission féminine confédérale jusqu’en 1975. En tout, elle a assumé des responsabilités syndicales pendant plus de vingt-cinq ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147720, notice PARIS Monique [née DESCROIX Monique] par Slava Liszek, version mise en ligne le 10 septembre 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Slava Liszek

SOURCES : Entretien de Monique Paris avec Slava Liszek en mai 1999. — Contribution de Monique Paris au colloque de l’Institut CGT d’Histoire sociale : Femmes et Syndicalisme, en décembre 1999. — Notes biographiques de Monique Paris. — État civil.

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