MEXANDEAU Louis, Jean

Par Jérôme Letournel

Né le 6 juillet 1931 à Wanquetin (Pas-de-Calais) ; professeur d’histoire et de géographie ; militant communiste puis socialiste ; membre du bureau national du Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES), secrétaire national des maîtres d’internat-surveillants d’externat (1955-1956) ; fondateur et animateur de l’Association des amis du Théâtre-Maison de la Culture (ATMC) à Caen (1963-1968) ; secrétaire départemental adjoint puis secrétaire départemental de la fédération du Calvados de la Convention des institutions républicaines (1966-1971), membre du bureau politique national de la Convention des institutions républicaines (1968-1971) ; premier secrétaire de la fédération du Calvados du Parti socialiste (1971-1973), délégué national du Parti socialiste à l’Éducation nationale (1975-1981), député du Calvados (1973-2002), conseiller général de Caen (1973-1986), conseiller régional de Basse-Normandie (1986-1998), conseiller municipal de Caen (1983-2008), ministre des PTT (1981-1986), secrétaire d’État aux Anciens combattants (1991-1993).

Louis Mexandeau
Louis Mexandeau

Fils d’agriculteurs, Louis Mexandeau passa son enfance à Wanquetin et accomplit ses études secondaires comme interne au lycée d’Arras. En 1951, après l’obtention de son baccalauréat, il s’inscrivit à l’Institut d’études politiques de Paris mais, au bout d’un an, il dut interrompre ses études rue Saint-Guillaume, ne pouvant plus les financer. Il revint alors dans le Pas-de-Calais et travailla comme surveillant dans son ancien lycée d’Arras. En parallèle, il mena des études d’histoire à la Faculté des lettres de l’Université de Lille. C’est à cette période qu’il connut ses premiers engagements de nature politique et syndicale. En 1952, il adhéra au Parti communiste français, créant d’abord une cellule à Wanquetin puis intégrant celle de la Faculté des lettres de Lille. Par ailleurs, il fonda au lycée d’Arras une section des maîtres d’internat affiliée au Syndicat national de l’enseignement secondaire.

Au sein du SNES, il milita activement dans le courant de pensée « unitaire » de la liste B où se retrouvaient les communistes. En 1954, il fut élu secrétaire de sa catégorie dans le bureau de la section académique de Lille. En mai 1955, il devint secrétaire national des maîtres d’internat-surveillants d’externat (MI-SE) et accéda au bureau national, où il siégea dans les rangs des minoritaires. Il ne se représenta pas l’année suivante. Au cours de son mandat, il se singularisa en demandant « la liquidation de la surveillance sous sa forme actuelle », ce qui signifiait obtenir « l’allocation d’études » réclamée par l’UNEF et l’élaboration par le SNES d’une « doctrine de la surveillance ». Par ailleurs, opposé à l’envoi du contingent en Algérie, il signa avec trois autres surveillants au printemps 1956 une tribune libre dans l’Université syndicaliste qui fit grand bruit : « La guerre que nous ne voulons pas faire ».

Muté à Paris, d’abord au lycée Henri IV, puis à Saint-Louis, pour les besoins de ses responsabilités syndicales, il poursuivit ses études d’histoire et, en 1959, il décrocha le CAPES. Il continua aussi de militer dans les rangs du PCF, notamment au sein de la cellule du lycée Janson-de-Sailly, où il côtoya Jean Poperen*. Cependant, ébranlé par les révélations du rapport Khrouchtchev et par les événements de Budapest en 1956, il se détacha progressivement du parti à la fin des années 1950, avant de rompre complètement à l’occasion de son départ de la capitale en 1961.

En 1960, il épousa Michèle Cusin, dont le père, Gaston Cusin, haut fonctionnaire issu de l’administration des Douanes, avait servi dans le cabinet de Vincent Auriol*, ministre des Finances, puis dans celui de Léon Blum*, président du Conseil, lors du Front populaire. Gaston Cusin avait notamment, en tant que délégué du président du Conseil pour les relations avec la République espagnole, organisé le transport clandestin de matériel militaire à destination des républicains engagés dans la guerre civile contre Franco. Du mariage entre Louis Mexandeau et Michèle Cusin naquirent trois enfants : Nicolas, Cécile et Aurélie. En 1960, Louis Mexandeau se lança également dans la préparation de l’agrégation d’histoire. Il accomplit cette préparation en Sorbonne, en compagnie de Louis Mermaz* avec qui il se lia d’amitié. Il fut reçu au concours en 1961 et, dans la foulée, fut nommé professeur au lycée Malherbe de Caen, où il enseigna d’abord aux classes du secondaire puis, à partir de 1965, aux classes préparatoires aux grandes écoles.

À son arrivée dans le Calvados, Louis Mexandeau n’avait plus d’engagement politique et avait abandonné tpute responsabilité au SNES. Mais il ne resta pas longtemps en retrait du débat public et s’investit dans le militantisme culturel en fondant en 1963 une association des amis du Théâtre-Maison de la culture (ATMC). Cette association avait pour but de défendre le TMC de Caen, une institution à la programmation artistique avant-gardiste qui résultait de la fusion entre le théâtre municipal et les maisons de la culture prônées par André Malraux. Ce théâtre était alors l’objet d’attaques régulières de la part du maire de Caen, le centriste Jean-Marie Louvel, à la fois antigaulliste convaincu et opposant farouche de la gauche, qui supportait mal l’indépendance d’une institution ayant à ses yeux le double inconvénient d’être la traduction en actes de la politique culturelle du gouvernement gaulliste et d’être dirigée par un homme notoirement engagé à gauche, Jo Tréhard.

S’il n’avait plus d’attaches partisanes, Louis Mexandeau ne se désintéressait pas pour autant de la politique. En mai 1965, il signa un appel « Pour une candidature unique de la gauche aux présidentielles » en compagnie de vingt-six personnalités de la société civile caennaise (universitaires, syndicalistes, artistes…). Ce manifeste, lancé par Jean Vilar au niveau national, défendait le principe d’une candidature d’union de la gauche et s’opposait, par voie de conséquence, au projet de « Grande Fédération » imaginé par Gaston Defferre.

Pendant la campagne présidentielle, Louis Mexandeau fit la rencontre de François Mitterrand. Cet événement, survenu à l’occasion d’un meeting à Caen le 19 novembre, allait s’avérer décisif dans la vie du professeur d’histoire au lycée Malherbe, qui écrivit avoir ressenti ce soir-là « une sorte d’irradiation ». Immédiatement séduit par la personnalité du maire de Château-Chinon, Louis Mexandeau créa, avec Hubert Thierry, une fédération départementale de la Convention des institutions républicaines (CIR) en janvier 1966 à Caen. L’idée lui avait été soufflée par son ancien condisciple de Sorbonne, Louis Mermaz. La CIR, qui ne rassembla qu’une poignée de militants à ses débuts, participa à la fondation de la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste dans le Calvados en mai 1966. Au sein de cette structure, les rapports furent constamment conflictuels entre les différentes composantes, particulièrement entre la CIR et la SFIO, dont les chefs, Louis Mexandeau et Max-André Brier, ne s’appréciaient guère et ne partageaient pas la même ligne politique. De ce fait, l’expérience de la FGDS laissa à Louis Mexandeau un souvenir détestable. Ce fut tout de même avec cette étiquette qu’il mena ses premiers combats électoraux. Il fut ainsi candidat aux élections cantonales de 1967 dans le canton de Caen Ouest où, obtenant 17 % des voix, il ne put empêcher la réélection au premier tour de Jean-Marie Louvel. En juin 1968, il fut candidat aux élections législatives dans la circonscription de Caen. Recueillant 10 % des suffrages au premier tour, il se désista au second en faveur du candidat du Parti communiste, mais le député gaulliste sortant fut facilement réélu.

Après la désagrégation de la FGDS, Louis Mexandeau traça son sillon à la tête de la fédération départementale de la CIR. En 1970, il fut à nouveau candidat dans le canton de Caen Ouest, à l’occasion d’une élection cantonale partielle qui l’opposa au nouveau maire de Caen, Jean-Marie Girault. Il fut logiquement battu dans ce canton orienté à droite. En mars 1971, il figura sur la liste du Groupe d’action municipale (GAM) aux élections municipales à Caen, une liste conduite par le conventionnel André Paysant, qui créa la surprise en devançant le PCF au premier tour. Sur un autre plan, l’intense activisme militant dont Louis Mexandeau fit preuve à la tête de la CIR avait procuré un certain développement à cette organisation, au point d’en faire, à la fin des années 1960, une formation plus importante que la SFIO puis le NPS, une situation observée dans bien peu de départements. Conclusion logique de ce rapport de forces, ce fut autour des chefs et des idées de la CIR que fut forgée la nouvelle fédération du Parti socialiste après le congrès d’Epinay-sur-Seine, tandis que le leader local du NPS, le très anti-mitterrandiste et anti-communiste Max-André Brier, refusa de participer au processus d’unité des socialistes et démissionna du parti. En 1971, une fois réalisée l’unification des socialistes calvadosiens, Louis Mexandeau devint premier secrétaire fédéral du PS dans le département.

En mars 1973, il fut candidat aux élections législatives dans la circonscription de Caen. Contre toute attente, porté par les suffrages d’une nouvelle classe ouvrière apparue dans l’agglomération caennaise à la faveur de la décentralisation industrielle, il fut élu avec 525 voix d’avance face au candidat UDR Henri Buot, détenteur du siège depuis 1958. Louis Mexandeau devint à cette occasion le troisième député socialiste de l’histoire du Calvados (après Adrien Rophé et Charles Margueritte) mais le premier à être élu au scrutin majoritaire. Sa victoire ouvrit une période de progrès spectaculaires pour le PS dans le Calvados, un département jusque-là très largement dominé par la droite. Au lendemain de son élection, le nouveau député décida d’abandonner son métier d’enseignant pour se consacrer à ses activités politiques. À l’Assemblée nationale, il se fit l’avocat inlassable des intérêts de la Basse-Normandie, depuis la défense de son industrie menacée jusqu’à la dénonciation de la pollution de la baie de Seine en passant par la promotion de l’électrification de la ligne Paris-Cherbourg. En septembre 1973, Louis Mexandeau fut par ailleurs élu conseiller général en emportant le territoire de Caen II, issu du redécoupage de l’agglomération caennaise en six cantons. En 1976, il fut désigné par les militants de la fédération socialiste pour conduire la liste d’Union de la gauche aux élections municipales de 1977, de préférence à son rival André Paysant. Toutefois, au terme d’une campagne passablement sabotée de l’intérieur par des communistes qui vivaient mal de ne plus être la force dominante de la gauche calvadosienne, la liste d’Union de la gauche s’inclina sèchement face à celle du maire sortant, le giscardien Jean-Marie Girault.

Resté membre du SNES, le professeur Mexandeau continuait de s’intéresser de très près aux questions éducatives. Au sein de son syndicat, il militait dans l’association « Démocratie et Université » qui regroupait les anciens conventionnels soutenant la tendance procommuniste Unité et Action (U et A). En conformité avec son parcours et avec ses convictions les mieux ancrées, Louis Mexandeau faisait partie de ces militants socialistes d’obédience mitterrandienne qui préféraient militer à U et A plutôt que dans la tendance socialisante UID, car ils voyaient dans cette démarche une façon de promouvoir et de faire vivre l’union de la gauche. A partir de 1973, ces enseignants socialistes partisans d’U et A se heurtèrent à d’autres syndicalistes enseignants membres ou proches du PS, ceux d’« Ecole et socialisme » (E et S), un mouvement mis sur pied à la fois pour défendre le projet d’Ecole fondamentale porté par le SNI (projet qui entendait créer une structure unique de la maternelle à la classe de troisième et qui était combattu par la majorité du SNES, laquelle plaidait pour une unification du second degré de la 6ème à la terminale) et pour empêcher U et A de s’emparer de la majorité au sein de la FEN, notamment en faisant pression sur les socialistes non-membres d’UID pour qu’ils rejoignent cette tendance. Lors de la journée des enseignants socialistes organisée à Clichy le 11 mai 1975, François Mitterrand dut même intervenir pour inviter les participants à réfléchir aux conséquences de leur dispersion au sein de la FEN tandis que Pierre Mauroy leur adressa des mises en garde très claires : « tout renversement de tendance [au sein de la FEN] entrainerait un affaiblissement du PS au profit de nos partenaires de l’union de la gauche ». Cela revenait à tancer les militants favorables à U et A mais aussi ceux du CERES qui venaient, au congrès du SNES d’avril 1975, de fonder leur propre tendance, baptisée Unité et Rénovation, au sein de ce syndicat.

En 1975, Louis Mexandeau fut nommé délégué national du Parti socialiste à l’Éducation nationale. Chargé de rédiger la plate-forme programmatique du parti relative à la politique éducative, il fit paraître, en janvier 1977, un rapport intitulé Libérer l’École. Dès novembre 1976, Le Nouvel Observateur en avait publié les bonnes feuilles en insistant sur une proposition : la nationalisation des écoles privées ayant reçu un concours financier de l’État et leur intégration dans un grand service public unifié laïc. Aussitôt, bien qu’une telle mesure ne soit pas vraiment nouvelle et qu’elle figurât dans le Programme commun de 1972, la querelle scolaire se ralluma et le PS essuya une violente campagne de presse. Pendant des mois, la polémique battit son plein autour d’un document rebaptisé par tous les journaux « rapport Mexandeau sur la nationalisation de l’enseignement privé ». Le député de Caen cria à la déformation et à l’instrumentalisation de son rapport. Dans la controverse ainsi créée, il vit la main de la « deuxième gauche » cherchant à affaiblir François Mitterrand au sein du PS pour préparer le terrain à l’offensive de Michel Rocard*. Lors des élections législatives de 1978, Louis Mexandeau, candidat à sa réélection dans la circonscription de Caen, dut notamment affronter Jean-Marie Girault et le secrétaire fédéral du PCF, Joë Metzger*. À Caen comme en de nombreux territoires de l’Ouest, la campagne se trouva entièrement dominée par la polémique autour du « rapport Mexandeau ». Le député socialiste fut soumis au feu roulant des critiques de son adversaire de droite, qui l’accusa de vouloir créer une école politisée et marxisée au service de l’État socialiste. Mais Louis Mexandeau, candidat pugnace et énergique, fut néanmoins réélu avec 51 % des voix au deuxième tour. L’année suivante, il fut réélu conseiller général dans son canton de Caen II.

Au sein du parti, Louis Mexandeau arrima très solidement la fédération du Calvados au courant mitterrandiste. S’il abandonna ses fonctions de premier secrétaire fédéral après son élection comme député en 1973, il demeura l’inamovible et omnipotent patron des socialistes calvadosiens. Inconditionnel de François Mitterrand et antirocardien revendiqué, il livra bataille avec acharnement lors de la séquence menant au congrès de Metz. En juin 1978, il fit partie des grognards mitterrandistes (parmi lesquels Pierre Joxe, Claude Estier et Louis Mermaz) qui signèrent « l’appel des 30 », un manifeste dénonçant violemment Michel Rocard et l’accusant de faire courir un « danger mortel » au PS. Lors du congrès fédéral tenu à Mézidon en mars 1979, Louis Mexandeau conserva la majorité absolue dans sa fédération, le courant mitterrandiste obtenant 52 % des mandats.

En 1981, dans la foulée de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, Louis Mexandeau fut réélu député. Il manqua de très peu de l’emporter dès le premier tour et s’imposa facilement au second, en recueillant près de 60 % des voix. Le 22 mai, il fut nommé ministre des PTT et demeura à la tête de cette administration jusqu’en 1986. Pendant ces cinq années, il répondit aux besoins de financement de la poste en augmentant les tarifs postaux ainsi que les tarifs téléphoniques aux heures de pointe, lutta (sans grande réussite) contre les ponctions répétées du ministère des Finances sur le budget annexe des PTT, et atténua (cette fois avec succès) les tensions à l’œuvre dans son ministère entre la branche « télécommunications » en pleine expansion et la branche « Poste » sur le déclin. Il mit fin aux bruits annonçant la séparation prochaine des deux branches et s’engagea à préserver l’unité des PTT. Il chercha également à lancer des projets d’avenir, en achevant l’équipement téléphonique du pays et en dynamisant la filière électronique française. Sa principale fierté fut le minitel, qu’il relança alors qu’il était sur le point d’être abandonné.

Louis Mexandeau se trouvait alors au sommet de sa carrière politique. Toutefois, au même moment, il connut une brutale désillusion aux élections municipales de 1983 ; sa liste, créditée de 35,8 % des voix, fut balayée dès le premier tour. En 1985, Louis Mexandeau fut en revanche réélu conseiller général mais au prix d’un changement de canton, car le redécoupage cantonal de 1982 avait fragilisé ses positions dans son ancien bastion électoral. L’année suivante, il abandonna le conseil général au profit d’une autre assemblée : le ministre des PTT conduisit en effet la liste de gauche aux premières élections régionales au suffrage universel et fut élu conseiller régional d’opposition. Simultanément, il mena la liste socialiste et radicale aux élections législatives et fut réélu député. Il le fut encore en 1988, en gagnant le scrutin dans la nouvelle circonscription de Caen-Est, la plus à gauche du département. En 1989, en revanche, il subit une nouvelle défaite aux élections municipales à Caen : s’il parvint, pour la première fois, à pousser la liste de droite au deuxième tour, il échoua à l’emporter au final.

En 1990, lors du congrès de Rennes, ce militant de l’aile gauche du courant mitterrandiste choisit d’apporter son soutien à la motion de Lionel Jospin*, par fidélité à son ami Louis Mermaz et aux anciens conventionnels d’une part, parce qu’il n’appréciait guère Laurent Fabius d’autre part. Malgré la division des mitterrandistes dans le Calvados, il conserva la majorité dans sa fédération même si, pour la première fois depuis 1971, il ne s’agissait plus d’une majorité absolue, son courant obtenant environ 44 % des voix.

En mai 1991, le départ de Michel Rocard de Matignon lui permit de revenir au gouvernement. Louis Mexandeau fut nommé secrétaire d’État aux Anciens combattants dans le gouvernement Cresson, un poste qu’il conserva jusqu’en mars 1993 et la défaite de la gauche aux élections législatives.

En 1992, il mena à nouveau la liste socialiste aux élections régionales mais ne put empêcher son parti de subir une sévère défaite lors de ce scrutin. L’année suivante, il fit partie des quelques socialistes qui, en France, réussirent à sauver leur siège lors des élections législatives. Sa réélection consacra à la fois sa combativité exceptionnelle lors des campagnes électorales ainsi que son enracinement dans un bastion qu’il tenait depuis 1973. Durant ces années, en cohérence avec son parcours et sa ligne politique à l’intérieur du PS (fidélité absolue au mitterrandisme, sacralisation du congrès d’Épinay et de son œuvre refondatrice, hostilité envers la « deuxième gauche »), il refusa de soutenir la coalition qui, en avril 1993, renversa Laurent Fabius pour lui substituer Michel Rocard à la tête du parti. À l’automne, au congrès du Bourget, il signa la motion « Unité dans la clarté » de Louis Mermaz, ultra-minoritaire au plan national. Exerçant toujours une forte emprise sur les militants de son département, il réussit le tour de force de gagner le congrès de Colombelles avec une majorité absolue (55,4 % des voix), faisant du Calvados la seule fédération de France à donner une majorité à la motion Mermaz. Puis, au lendemain des élections européennes de 1994, il appuya la mise en minorité de Michel Rocard au conseil national du 19 juin et son remplacement au poste de Premier secrétaire par Henri Emmanuelli, de même qu’il approuva sans réserve le virage à gauche que ce dernier fit prendre au PS.

En 1995, Louis Mexandeau, candidat pour la quatrième fois à la mairie de Caen, fut à nouveau vaincu par la liste de droite du maire sortant, Jean-Marie Girault. Cet échec ouvrit une phase de violente contestation de son autorité à l’intérieur de la fédération socialiste. Le maire d’Hérouville-Saint-Clair, François Geindre, s’installa à la tête des opposants qui cherchèrent à renverser la majorité fédérale. D’abord candidat contre Louis Mexandeau à l’investiture du PS pour les élections législatives dans la circonscription de Caen Est, il se retira en échange de la promesse d’être tête de liste au scrutin régional de 1998. Réinvesti, le député sortant Louis Mexandeau fut confortablement réélu pour un septième mandat en 1997. En outre, au milieu d’une guerre civile terrible au sein de la fédération socialiste, il parvint à vaincre son opposition interne et à réaffirmer son pouvoir sur l’appareil lors du congrès de Caen en novembre 1997. Il en profita, peu de temps après, pour évincer son ennemi François Geindre de la tête de liste aux élections régionales et lui substituer une fidèle, Laurence Dumont. En 2000, après vingt-neuf ans de règne sans partage, le contrôle de la fédération du Calvados lui fut néanmoins arraché par une vaste coalition d’opposants. Ses adversaires à l’intérieur du parti ne parvinrent pas, en revanche, à lui reprendre la tête de liste aux élections municipales de 2001 à Caen, une investiture qu’il avait acquise au terme d’une séquence de désignation interne particulièrement houleuse. Cette cinquième tentative de Louis Mexandeau aux municipales, à l’âge de soixante-dix ans, se solda par un revers cinglant, sa liste ne récoltant que 42,1 % des suffrages au second tour. Refusant pour autant d’abandonner la vie politique, il se représenta aux législatives de 2002, après avoir contrecarré un projet de parachutage de Jack Lang dans sa circonscription. Cette neuvième campagne législative prit des allures de combat de trop et le pape du socialisme calvadosien perdit sa circonscription, dans un scrutin qui sonnait comme le point final d’une carrière politique à la longévité exceptionnelle.

Sorti de la vie politique active, Louis Mexandeau écrivit des livres sur la Résistance, l’histoire du PS et son parcours aux côtés de François Mitterrand. Si son influence ne s’apparentait plus à l’omnipotence d’antan, il continua de peser sur les congrès de la fédération socialiste du Calvados, notamment celui de 2003 où il défendit la motion D de Marc Dolez. Par la suite, il continua de militer sur le terrain et, au sein du parti, il campa le rôle d’un patriarche prodigue en conseils à l’attention des jeunes militants de l’aile gauche du parti, qu’il avait rejoint au milieu de la décennie 2000.

Au congrès d’Aubervilliers, en avril 2018, c’est, nous dit Médiapart : "Un vieux monsieur, Louis Mexandeau, 87 ans et 78 congrès au compteur, qui a déchaîné les foules. L’ancien ministre des PTT sous Mitterrand a fait vibrer la corde sensible : celle de la « fierté socialiste ». Souvenez-vous le Front populaire, l’arrivée de Mitterrand ! Chaque fois, on disait le PS enterré, et chaque fois, il a reconquis le pouvoir quand on ne l’attendait pas, a-t-il rappelé. Standing ovation dans la salle."

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147640, notice MEXANDEAU Louis, Jean par Jérôme Letournel, version mise en ligne le 4 juillet 2013, dernière modification le 9 avril 2018.

Par Jérôme Letournel

Louis Mexandeau
Louis Mexandeau

ŒUVRE : Les Capétiens, Rencontres, 1969. – Libérer l’École. Plan socialiste pour l’Éducation nationale, Flammarion, 1978. - Nous, nous ne verrons pas la fin. Un enfant dans la guerre (1939-1945), Le cherche midi, 2003. – Histoire du Parti socialiste (1905-2005), Tallandier, 2005. – François Mitterrand, le militant. Trente années de complicité, Le cherche midi, 2006. – Le discours des deux méthodes. Jean Jaurès et Jules Guesde, Le passager clandestin, 2007.

SOURCES : Arch. Dép. du Calvados : 14 T XVII/11, 14 T XVII/15 à 17, 826 W 40 568, 826 W 40 569, 914 W 57 226, 1056 W 6, 1650 W 65, 878 W 51 626, 878 W 51 627, 1199 W 76, 1650 W 116. — Archives de l’OURS : Fonds Parti socialiste SFIO, dossier « élections dans le Calvados » (1961-1971), Fonds FGDS, 2 APO 2 et 2 APO 12. – Archives privées fournies par André Ledran, Michel Pondaven et Jean Quellien. — Comité pour l’histoire de la poste : notices biographiques individuelles. — Jérôme Letournel, Socialisme et socialistes dans le Calvados des origines à la fin du XXe siècle (1864-1998), thèse, université de Caen, 2013. — Jean Quellien et Serge David, Caen 68, Amfreville, les éditions du Bout du Monde, 2008. — Jean Battut, Changer l’Ecole pour changer la vie. 1971-1981, François Mitterrand, la gauche et l’éducation, Paris, L’Harmattan, 2012.

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