OLLIER DE MARICHARD Pierre, Ernest, Gabriel, dit POM

Par Pierre Bonnaud

Né le 10 juin 1913 à Vallon (Ardèche), mort le 12 février 1992 à Paris (XVIe arr.) ; imprimeur-éditeur ; militant ajiste (membre du comité directeur du CLAJ), socialiste puis communiste ; résistant, instructeur à l’École des cadres d’Uriage, président des CDR, membre de l’Armée secrète puis des FTP (pseudonymes : Marco, Pontabry).

Pierre Jamet à gauche et Pierre Ollier de Marichard (POM) à droite. Le geste de l’auto-stoppeur.
Pierre Jamet à gauche et Pierre Ollier de Marichard (POM) à droite. Le geste de l’auto-stoppeur.
(Photographie P. Jamet. Collection M. Josselin)

Pierre Ollier de Marichard est issu d’une vieille famille protestante de l’Ardèche méridionale, aux solides assises terriennes. Son arrière-grand-père, Jules Ollier de Marichard, avait acquis de la notoriété par ses recherches savantes en archéologie. Son père, Marc Ollier de Marichard (1881-1916), érudit local, avait fait des études en paléontologie, philologie, Beaux-Arts. Sa mère, Marguerite Noyer (1890-1984), fille d’un « soyeux » drômois, avait vécu sa jeunesse en Russie (Minsk, Smolensk, Moscou) et Pologne et parlait couramment le russe, le polonais et l’allemand. Mariés en 1912, résidant à Vallon, ils eurent deux enfants, Pierre et Magali. Mobilisé en 1914, Marc Ollier fut tué à Verdun le 14 avril 1916. Sa veuve se remaria à un pasteur protestant de la Drôme et Pierre Ollier de Marichard et sa sœur furent élevés avec sept demi-frères.

Pierre Ollier de Marichard fréquenta les lycées de Valence et Montélimar, mais sa scolarité secondaire qu’il supporta difficilement fut chaotique. Il s’inscrivit après la terminale à l’École des Beaux-Arts de Lyon puis à l’École des Arts décoratifs de Paris. Parallèlement à sa formation artistique, il s’investit dans les mouvements de jeunesse, d’abord les Éclaireurs unionistes, puis la Fédération des étudiants chrétiens dont il présida le groupe à Lyon. Ses camarades le surnommèrent POM en jouant avec ses initiales.

Le 9 juin 1933 fut créé le Centre laïque des Auberges de jeunesse (CLAJ) parrainé par la CGT, la Ligue de l’Enseignement, le Syndicat national des instituteurs. Pierre Ollier de Marichard participa à la fondation du mouvement et fit partie de son comité directeur. En 1934, il adhéra au mouvement des étudiants socialistes « les Trois flèches ». Son itinéraire croisa celui d’André Philip, ancien vice-président de la Fédération des Étudiants chrétiens, futur député socialiste du Rhône.

Vers 1935, Pierre Ollier de Marichard fit la connaissance du poète Jacques Prévert et se lia au groupe Octobre. Dans les Auberges de jeunesse, il popularisa les poésies et les chansons du poète. Parfois présenté comme le « promoteur » de l’auto-stop, Pierre Ollier de Marichard contribua à populariser cette pratique parmi les jeunes dans le mouvement ajiste. Avec son ami le photographe et compositeur Pierre Jamet, il entreprit un tour de France des Auberges. Remarqué par Léo Lagrange, il fut chargé de mission auprès du secrétaire d’État à la jeunesse et aux sports du gouvernement Blum et participa à une délégation auprès de l’Espagne républicaine au début de la guerre civile.

Mobilisé en 1939 au 7e DINA, Pierre Ollier de Marichard combattit et assista impuissant à la défaite et à la débâcle. Après l’armistice, le régime pétainiste tenta d’intégrer les mouvements de jeunes dans un système à sa dévotion dans la mise en œuvre de la « Révolution nationale ». Les responsables des mouvements de jeunesse furent sollicités pour participer à l’entreprise et l’encadrer.

POM se retrouva instructeur d’une école de cadres à Tonneins sous l’autorité du commandant Dunoyer de Segonzac. Lorsque celui-ci créa son École des cadres d’Uriage, en zone non occupée, il appela à nouveau Pierre Ollier de Marichard comme instructeur en décembre 1940. Une symbiose s’opéra entre les idées de Dunoyer (« le vieux chef ») et l’ajiste.

Dans les conditions de l’occupation allemande et de la subordination du régime de Vichy, le mouvement ajiste fut contraint au changement : deux organisations furent créées : les Auberges françaises de la Jeunesse (AFJ) et les Camarades de la Route (CDR ou Cam’route). Pierre Ollier de Marichard en assura la présidence jusqu’en janvier 1943, parallèlement à ses responsabilités d’instructeur à Uriage.

En 1941, il participa à la réalisation du bimensuel Jeunesse… France puis, à partir de janvier 1942, il assura la direction de l’hebdomadaire Marche de la Jeunesse. Ces publications, subventionnées par Vichy, largement diffusées, appelèrent à mots couverts puis de plus en plus nettement à la Résistance. Le 23 juin 1942, un article que la censure pétainiste laissa involontairement passer fit scandale : « La foire aux hommes » dénonçait les réquisitions pour le travail en Allemagne, les recruteurs étaient qualifiés de « négriers et marchands d’esclaves ». La revue fut suspendue par Vichy.

En relation de confiance avec Dunoyer de Segonzac, Pierre Ollier de Marichard noua de multiples contacts avec les milieux résistants proches du mouvement Libération-Sud puis des MUR. Il participa à plusieurs missions à Lyon, dans la Drôme et le Vercors (combe de Combovin), dans les Pyrénées. Tout en conservant ses liens avec ces milieux, Pierre Ollier de Marichard radicalisa ses positions politiques : il adhéra au Parti communiste clandestin. Lorsque l’École d’Uriage fut contrainte à la dispersion (décret de dissolution de Vichy le 27 décembre 1942), il put retourner sur sa terre natale où il disposait d’un réseau d’amitiés.

En Ardèche, Pierre Ollier de Marichard s’affilia au secteur D de l’Armée secrète dont le commandement était basé à Aubenas et entraîna dans la Résistance active ses amis de Vallon, notamment Marc et Yvette Peschier*, qui géraient un office notarial. Ces derniers lui apportèrent un soutien logistique important (caches, liaisons téléphoniques). Sous les pseudonymes de Marco puis de Pontabry, POM constitua la compagnie 6-11 de l’AS dans son village natal.

En 1943, Pierre Ollier de Marichard avait épousé à Lyon une enseignante originaire de Lorraine, Huguette Nicolas, rencontrée plusieurs mois auparavant. Issue d’un milieu catholique mais hostile à Vichy, sa jeune femme entra en Résistance à ses côtés sous le pseudonyme de "Noisette". Au printemps 1944, les expéditions punitives de miliciens bientôt relayées par celles de troupes allemandes se multiplièrent dans la région de Vallon. « Noisette » promenait dans le village son jeune enfant et dans le landau étaient cachés grenades et explosifs.

Après le 6 juin 1944, Pierre Ollier de Marichard développa la mobilisation et l’encadrement des jeunes du pays (camps de la "grotte des Maquisards" et du "Bois sauvage", communes de Vallon et Lagorce). Il noua des liens étroits avec un groupe de maquisards FTP originaires du Gard commandés par Louis Ferri*, un ancien des Brigades Internationales (Maquis d’Orgnac). Avec eux, il participa aux combats de Banne (Ardèche) à la fin du mois de juillet. Cette embuscade tendue par la Résistance à une colonne de l’armée allemande qui tentait de s’ouvrir la route de la retraite en franchissant les Cévennes, demeura l’un des faits d’armes les plus marquants des « maquisards » de l’Ardèche et du Gard : ils restèrent maîtres du terrain tandis que les troupes d’occupation durent se replier.

Durant l’été 1944, une crise se développa au sein du secteur D de l’Armée secrète ardéchoise : elle opposa les jeunes officiers, sortis du rang, résistants de longue date, et les cadres professionnels de l’armée ralliés aux Forces françaises de l’Intérieur. Entre le 3 et le 10 août, Pierre Ollier de Marichard joua un rôle majeur auprès de son ami, le commandant Bernard (Michel Bancilhon) : neuf compagnies de l’AS passèrent aux FTP et se placèrent sous les ordres du COR de l’Ardèche, le commandant Ravel (Augustin Ollier*). Les effectifs placés sous la responsabilité de Pierre Ollier, qui portait alors le grade de capitaine, formèrent les 7119e et 7120e compagnies FTP.

À la tête de ses groupes très mobiles, il entreprit de nombreuses actions de guérilla qui le conduisirent parfois hors de l’Ardèche. Le 19 août, il participa à la libération du Puy puis à la fin du mois d’août, il combattit contre les troupes allemandes qui battaient en retraite sur les routes de l’Ardèche du sud. Depuis les hauteurs des serres qui entourent les villages de Vallon et Lagorce, appuyé par un groupe de parachutistes américains (Operational Group de la mission Louise), il harcela une armée qui se livrait au pillage et aux exactions de toutes sortes (combat du Mont Sigaud). Le 30 août, à la tête d’un détachement, il fut parmi les premiers à entrer en contact avec l’avant-garde de la Première Armée du général de Lattre dans le petit village de Saint-Remèze.

Après la fin de la guerre, en 1945, Pierre Ollier de Marichard gagna Paris et s’installa comme imprimeur-éditeur. Il entreprit l’écriture de plusieurs récits d’aventures inspirés de la Résistance (Le journal communiste La Voix du peuple de l’Ardèche publia l’un d’entre eux en feuilleton). Il dirigea un journal destiné à la jeunesse (l’hebdomadaire J-magazine), participa à l’élaboration de l’almanach du journal l’Humanité. Il renoua aussi avec le mouvement ajiste et participa à la fondation de l’association "Tourisme et travail". Il édita des livres d’Art et devint agent de publicité du groupe de matériel sportif Adidas dont il édita le catalogue.

À l’âge de la retraite, Pierre Ollier de Marichard regagna l’Ardèche, s’installa dans sa ferme des Riailles, devint conseiller municipal du village de Lagorce, au sein d’une municipalité d’Union de la Gauche. Il renoua avec les activités archéologiques dont son arrière-grand-père avait été le précurseur en Vivarais. Son décès intervint au terme d’une longue maladie. Il fut inhumé sans fleurs, ni couronnes, ni discours dans le petit cimetière de Lagorce en Ardèche. Une foule considérable lui rendit hommage. Son épouse, qui l’avait suivi dans ses engagements, militante de l’UFF, était décédée avant lui. Le couple avait eu deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147590, notice OLLIER DE MARICHARD Pierre, Ernest, Gabriel, dit POM par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 18 septembre 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Pierre Bonnaud

Pierre Jamet à gauche et Pierre Ollier de Marichard (POM) à droite. Le geste de l’auto-stoppeur.
Pierre Jamet à gauche et Pierre Ollier de Marichard (POM) à droite. Le geste de l’auto-stoppeur.
(Photographie P. Jamet. Collection M. Josselin)
Septembre 1944 : le Commandant FTP Ravel (assis) entouré des cadres du secteur D de l’AS (sud de l’Ardèche) …ralliés aux FTP. Debouts, de gauche à droite, Pierre Ollier de Marichard (POM, Capitaine Pontabry), André Bernard (Capitaine Laurent), Michel Bancilhon (Commandant Bernard).
Septembre 1944 : le Commandant FTP Ravel (assis) entouré des cadres du secteur D de l’AS (sud de l’Ardèche) …ralliés aux FTP. Debouts, de gauche à droite, Pierre Ollier de Marichard (POM, Capitaine Pontabry), André Bernard (Capitaine Laurent), Michel Bancilhon (Commandant Bernard).
(Collection M. Bancilhon)

SOURCES : Arch. Dép. Ardèche, 70J (fonds du musée départemental de la Résistance). — Pierre Dunoyer de Segonzac, Le Vieux chef. Mémoires et pages choisies, Paris, Le Seuil, 1971. — Pierre Jamet, 36 Au-devant de la vie, Fondation nationale de la photographie, Lyon, 1982. — Lucette Heller- Goldenberg, Histoire des auberges de jeunesse en France des origines à la Libération, 1929-1945, Université de Nice, 1985. — Bernard Comte, L’Ecole nationale des cadres d’Uriage, une communauté non conformiste à l’époque de la Révolution nationale (1940-1942), Université Lille III, septembre 1989. - Article de Jean Combier, directeur de recherches au CNRS, en hommage à Pierre Ollier de Marichard in Ardèche Archéologie, 1992. — Jacques Poujol, notice Pierre Ollier de Marichard in Geneviève Poujol, Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants XIXe-XXe siècles de l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmathan, 1996. — Michel Bancilhon (ex-commandant Bernard), Un ardéchois dans la tourmente, Aubenas, 1997. — Pierre Bonnaud, notice Ollier de Marichard Pierre in La Résistance en Ardèche, coord. Raoul Galataud, CD-Rom AERI, Paris 2004. – Pierre Bonnaud, « Camarade de la Route », in Cahier d’histoire Rhône-Alpes n° 78, Institut CGT d’histoire sociale, décembre 2006. — Témoignages de Mesdames Magali Josselin, sœur de Pierre Ollier de Marichard et Yvette Peschier. — Collection de périodiques aux Arch. Dép. de l’Ardèche : L’Assaut (1944) ; La voix du peuple de l’Ardèche (1944-1947).
— État civil.