PATARD Édouard, Auguste, Alphonse

Par Alain Dalançon

Né le 11 avril 1921 à Ménil-Hubert-sur-Orne (Orne), mort le 12 janvier 1985 à Paris (XVIIIe arr.) ; professeur d’histoire-géographie, militant syndicaliste du SNES, membre de la CA nationale et du BN (1964-1981), secrétaire national de la catégorie des certifiés (1966-1981).

Photo lors d’une réception d’invités étrangers par la direction du SNES au début des années 1970 (coll. IRHSES)
Photo lors d’une réception d’invités étrangers par la direction du SNES au début des années 1970 (coll. IRHSES)

Les parents d’Édouard Patard étaient de petits agriculteurs, catholiques mais d’opinions socialistes. Comme son frère, né en 1930, il fut élevé dans le strict respect des principes de la religion catholique, gravissant, selon ses propres termes, « tous les échelons, d’enfant de chœur à thuriféraire ». Bon élève à l’école communale de son village du Rouvrou, poussé par son institutrice, madame Ritter, dont il parlait toujours avec reconnaissance, il débuta des études secondaires au petit séminaire de Flers (Orne) suivant le désir de son père qui souhaitait une vie meilleure que la sienne pour son fils. Il fréquenta ensuite le lycée Malherbe à Caen (Calvados), où il fit du théâtre dans la troupe des « Comédiens de Malherbe » et fut bachelier en 1940. Puis il entama des études supérieures d’histoire-géographie à la Faculté des Lettres de Caen, tout en étant maître d’internat et obtint une licence de géographie.

Requis au Service du travail obligatoire en 1943, Édouard Patard partit en Allemagne sur l’insistance de sa mère, devenue veuve, qui craignait les représailles ; de cette épreuve, il revint athée en 1945. Il retrouva un poste de MI à Evreux puis devint adjoint d’enseignement au lycée Saint-Louis à Paris. Il connut alors, en 1948, Colette Mathé, pigiste à Franc Tireur qui avait commencé des études de pharmacie. Ils se marièrent le 7 juillet 1950 à Paris et le lendemain à l’église. Elle cessa de travailler pour élever leurs deux enfants, un garçon et une fille, et reprit une activité salariée en 1973 comme secrétaire au Syndicat national des enseignements de second degré.

Édouard Patard commença à militer au Syndicat national de l’enseignement secondaire au début des années 1950 et fut présenté en quatrième position sur la liste D de « l’École émancipée » aux élections à la commission administrative nationale de 1953 ; il ne fut pas élu, cette liste n’ayant obtenu qu’un siège de titulaire.

Il fut ensuite muté AE au Havre (Seine-Maritime) en 1954-1955 pour devenir certifié stagiaire ; il eut pour collègue André Guillemont, militant du SNES sur la « liste B ». Patard fut dès lors candidat sur cette liste et fut élu membre de la CA nationale de façon continue de mai 1955 à mai 1966. Devenu professeur certifié en 1958, il fut nommé à Paris au lycée Colbert en 1960. Toujours non encarté politiquement, il occupa une place de plus en plus importante sur la « liste B » : en quatrième position en 1960, il fut élu membre du bureau national en 1964 puis secrétaire de la catégorie des certifiés en 1966. Au cours de cette période des années 1960, il se signala non seulement par ses interventions dans le domaine corporatif mais aussi sur la laïcité.

Après la prise de direction du nouveau SNES par « Unité et Action » en 1967, il fut élu à la CA nationale jusqu’en 1981, et resta secrétaire de la catégorie des certifiés jusqu’à cette date, tout en étant suppléant à la CA de la Fédération de l’Éducation nationale à partir de 1969. Sa connaissance approfondie de l’histoire politique et syndicale servit à la nouvelle direction pour mettre en perspective les revendications.

Édouard Patard fut un secrétaire de la catégorie apprécié des professeurs certifiés. Il veillait avec un soin jaloux à préserver le niveau de recrutement et de formation du corps « pilote » et le plus nombreux des enseignements de second degré, ainsi que son classement indiciaire. Au sein de la commission corporative du SNES dirigée par André Dellinger, il admit les titularisations d’auxiliaires de 1969-1970 dans le corps des AE puis celui des certifiés, sous la double condition de posséder une licence et de subir des épreuves pédagogiques. Il défendit avec conviction la revendication d’un alignement de l’horaire de service des certifiés (18 h de cours hebdomadaires) sur celui des agrégés (15 h). Il fut rapporteur de la motion de congrès, renvoyée à la CA de juin 1979, revendiquant la création de concours internes de l’agrégation et d’une « classe exceptionnelle des certifiés conduisant à l’indice terminal des agrégés de classe normale ».

Élu suppléant à la commission paritaire nationale des professeurs certifiés et assimilés en 1965 puis titulaire jusqu’en 1982, il fut coordinateur du travail des commissaires paritaires nationaux du SNES et traitait un nombre important d’affaires personnelles ; cela lui permettait d’alimenter la rubrique de L’Université syndicaliste, « Ecrivez, on vous répondra », dirigée par Etienne Camy-Peyret. Il contribua à l’instauration d’un barème pour les mutations, géré de manière paritaire - devant donc être objet de négociation annuelle - en demandant cependant de tenir compte des situations individuelles. Il s’occupait également des promotions et, tout en se félicitant de la péréquation nationale des notes, défendait la vieille revendication du SNES de l’avancement automatique pour tous au rythme le plus favorable. Son activité de commissaire paritaire était appréciée des bureaux du ministère, en raison de l’intégrité et de l’humanité dont il faisait preuve.

Forte personnalité non-communiste dans la direction du SNES, Patard faisait preuve d’une grande indépendance d’esprit, et parfois de comportement, dans les instances délibératives syndicales. Après les élections internes de 1979, tout en restant secrétaire de catégorie, il ne fut plus que suppléant au BN et ses responsabilités se réduisirent au suivi des CAPN de lettres et anglais. Arrivé à 60 ans en 1981, il prit sa retraite syndicale.

Nommé au collège puis au lycée Langevin-Wallon de Levallois-Perret, il avait bénéficié de la promotion interne au grade d’agrégé en 1980 et prit sa retraite professionnelle en septembre 1984. Il décéda des suites d’une intervention chirurgicale à l’hôpital Bichat quelques mois plus tard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147505, notice PATARD Édouard, Auguste, Alphonse par Alain Dalançon, version mise en ligne le 25 juin 2013, dernière modification le 25 juin 2013.

Par Alain Dalançon

Photo lors d’une réception d’invités étrangers par la direction du SNES au début des années 1970 (coll. IRHSES)
Photo lors d’une réception d’invités étrangers par la direction du SNES au début des années 1970 (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. IRHSES. — Renseignements fournis par son épouse. — Notes d’André Drubay et André Dellinger.

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