PALMERO Jean, Barthélemy, Marius

Par Pierre Bonnaud

Né le 17 décembre 1912 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 15 janvier 1999 à Paris (XIVeme arr.) ; instituteur puis inspecteur d’académie, puis directeur d’école normale d’instituteurs (à Privas puis à Troyes) ; résistant, membre du CDL de la Dordogne ; militant de la Ligue française de l’enseignement, à l’origine de la renaissance de la Fédération des œuvres laïques de l’Ardèche en 1946 ; militant socialiste SFIO, député socialiste SFIO de l’Ardèche de 1956 à 1958, minoritaire de gauche dans son parti, membre du comité directeur de la SFIO de 1961 à 1969, un des artisans du dialogue et du rapprochement SFIO-PCF au milieu des années 1960 ; militant de la pédagogie.

Sa mère, née Octavie Arnaudo, était lingère. Son père, Augustin Palmero (écrit parfois Palméro) , originaire de l’Est varois, libre-penseur et militant syndicaliste à la CGT, fut chauffeur puis mécanicien du PLM.

Bon élève, boursier d’État, Jean Palméro devint instituteur en 1932. Il put poursuivre ses études à la faculté des Lettres d’Aix-en-Provence. Devenu docteur ès lettres, il accéda à la fonction d’inspecteur d’académie. Marié en décembre 1934 à Marseille, il était père d’une fille.

En poste en Dordogne avant la Seconde Guerre mondiale, il milita au sein de la SFIO et des organisations laïques de ce département, et fut chargé de la rédaction des éditoriaux du journal L’Essor. Durant la guerre, il participa à la Résistance locale, devint l’adjoint au chef du NAP. En 1944, il représenta le Parti socialiste SFIO au sein du Comité départemental de Libération et relança la Fédération des œuvres laïques dans le département. Il écrivit pendant cette année en Dordogne un ouvrage sur Jaurès préfacé par Léon Blum et paru en 1946.

Nommé inspecteur d’académie en Ardèche en 1945, il se vit confier la direction de l’école normale d’instituteurs de Privas. Il demeura à ce poste jusqu’en 1953. Dans ses nouvelles fonctions, Jean Palméro observa d’abord une attitude réservée et neutre sur le plan politique. Jusqu’au début des années 1950, il se consacra exclusivement au militantisme laïque. Il fut à l’origine de la première assemblée générale des associations et militants de la Ligue de l’enseignement qui se tint en octobre 1946 à Privas et fit renaître la Fédération des œuvres laïques de l’Ardèche. La présidence de la FOL était exercée par un instituteur, Paul Sérusclat*. Jean Palméro développa un grand nombre d’activités éducatives, culturelles et sociales. Délégué UFOVAL, il fut particulièrement attentif à l’essor des colonies de vacances. En 1947, il fut à l’origine de l’acquisition par la FOL du château de Soubeyran, devenu aujourd’hui un centre d’éducation spécialisée. En 1948, il impulsa le lancement du journal de la Fédération des œuvres laïques de l’Ardèche, qui n’a pas cessé de paraître depuis : le mensuel Envol.

Sur le plan politique, Jean Palméro ne revint à la SFIO qu’après l’échec de l’organisation socialiste aux élections générales de 1951 et après « l’affaire Froment » qui secoua en profondeur la fédération de l’Ardèche. L’expérience de la « troisième force » - dont il s’était tenu à l’écart - venait de prendre fin. Palméro milita à la section de Privas dont Pierre Fournier, ancien secrétaire fédéral, assumait la direction. Bénéficiant d’une image de militant ouvert et chaleureux, Jean Palméro devint responsable à la propagande. Dans le prolongement du mouvement social de l’été 1953 qui fut particulièrement mouvementé à Privas, cité de fonctionnaires, les sections socialiste et communiste tinrent un meeting commun le 1er septembre. Jean Palméro y prit la parole aux côtés du responsable communiste Maurice Royer. Les deux organisations firent adopter une motion commune qui condamnait la politique économique et sociale du gouvernement Laniel et la poursuite de la guerre coloniale en Indochine.

Quelques semaines plus tard, Jean Palméro quittait l’Ardèche : il venait d’être nommé, à compter de la rentrée scolaire 1953, directeur de l’École normale d’instituteurs de Troyes (Aube). Il occupa cette nouvelle fonction jusqu’à la fin de l’année 1955. Les aléas de la vie politique, en l’occurrence la dissolution de l’Assemblée nationale par Edgar Faure en décembre 1955, le firent revenir en Ardèche.

Ses camarades ardéchois le sollicitèrent lors des élections générales de janvier 1956 pour qu’il conduisît la liste socialiste : "j’ai été candidat à la députation parce que l’on m’a entraîné : je devais être nommé inspecteur d’académie à la Réunion (…) J’ai pris ma valise, mon pyjama, j’ai demandé quinze jours de congé et je suis parti pour Privas." (interview de Jean Palméro dans Envol, décembre 1996). La liste socialiste comprenait aussi les candidatures de Marius Dubois, Ferdinand Janvier, Jean Faravel. Sur 134 593 suffrages exprimés, elle obtint 10 129 voix auxquelles s’ajoutèrent les 9 846 voix de la liste radicale apparentée. Jean Palméro fut proclamé député après quelques péripéties. Le 18 mars 1956, l’Assemblée nationale prononça par un vote l’invalidation de Maurice Guichard, tête de liste du mouvement poujadiste, qui avait contrevenu au règlement de la loi électorale. Il siégea dans les commissions des affaires économiques et de la presse.

Tout en effectuant un important travail de terrain pour le département, Jean Palméro prit progressivement ses distances par rapport à la ligne politique suivie par la direction de la SFIO et par les gouvernements de "Front républicain", notamment sur la question algérienne. Il souscrivit au Comité socialiste d’étude et d’action pour la paix en Algérie créé en janvier 1957 et dissous en mai par Guy Mollet. Le 20 juillet 1957, il refusa de voter l’extension des pouvoirs spéciaux au gouvernement Bourgès-Maunoury. Le 5 novembre de la même année, il refusa volontairement de participer au vote d’investiture du gouvernement Gaillard, ce qui lui valu d’être sanctionné pour indiscipline au conseil national SFIO de décembre 1957.

Lors de la crise de mai 1958, Jean Palméro fut des 117 députés et sénateurs socialistes qui votèrent un texte où ils s’engageaient "à empêcher par tous les moyens la venue au pouvoir du général de Gaulle, qui serait en fait imposée par les factieux". Le 1er juin, il fit partie des 59 députés SFIO qui votèrent contre l’investiture de de Gaulle et aux pleins pouvoirs, malgré le ralliement de Guy Mollet au général.

En septembre 1958, au congrès socialiste d’Issy-les-Moulineaux, Jean Palméro, bien qu’opposé aux nouvelles institutions, fit le choix de la discipline de parti : il demeura au sein de la SFIO et ne suivit pas les fondateurs du PSA. En novembre, il fut candidat aux élections législatives dans la première circonscription de l’Ardèche (Privas). Dans sa profession de foi il reprenait alors un argument de Guy Mollet : "l’action du général de Gaulle se serait peut-être orientée différemment si le parti socialiste et ses forces intactes n’avaient pas été là". Jean Palmero ne retrouva pas son siège de député. Sur 45 538 suffrages exprimés, il recueillit 3 839 voix, améliorant légèrement le score de la SFIO enregistré sur la circonscription en 1956. Distancé par le candidat communiste Roucaute (10 973 voix), et par celui du Parti radical Guy Fougeirol (6 921 voix), il choisit de se désister pour ce dernier. La droite emporta le siège au deuxième tour.

Jean Palméro participa pratiquement à tous les congrès nationaux de la SFIO depuis le début des années 1950. Ses positions politiques lui valurent d’être écarté du comité directeur, notamment en 1958 où il fut le cinquième non élu à l’instance de direction. En juillet 1960, au 52eme congrès de la SFIO, il signa la motion des minoritaires désormais regroupés derrière Albert Gazier. Des postes de responsabilité dans l’appareil du parti lui furent cependant concédés au fur et à mesure que la direction de la SFIO évoluait vers une opposition plus résolue au régime gaulliste. Au conseil national de janvier 1959, il fit partie de la commission d’études chargée du problème algérien. En 1961, il entra au comité directeur.

En 1965, Palméro appuya sans équivoque la candidature de François Mitterrand* à l’élection présidentielle et devint l’un de ses proches avec la formation de la FGDS. En mars 1966, il fut chargé par le comité directeur d’organiser le dialogue avec le Parti communiste. Celui-ci se concrétisa par les rencontres PCF-FGDS en décembre de la même année : pour la première fois depuis vingt ans, socialistes et communistes se rencontraient et aboutissaient à un accord. Jean Palméro demeura membre du comité directeur du Parti socialiste jusqu’en 1969. En 1971, il adhéra sans réserve à la création du nouveau Parti socialiste. Résidant désormais à Paris, il conserva des liens étroits avec ses camarades et amis ardéchois. En 1972, il fit une apparition remarquée aux côtés de François Mitterrand, dans le département dont il avait été le député, lors d’une fête socialiste qui se tint à Vallon-Pont-d’Arc le 22 mai, à quelques semaines de la signature du Programme commun de gouvernement.

Palmero publia plusieurs ouvrages aux éditions Sudel du SNI, une Histoire des institutions et des doctrines pédagogiques par les textes dont la première édition en 1951 connut plusieurs rééditions jusqu’en 1972, en 1956 avec Simon Lantiéri, professeur de philosophie au lycée de Valence, Philosophie par les textes, deux volumes avec une préface de Gustave Monod, directeur des enseignements de second degré au ministère de l’Éducation nationale, avec Roger Denux, une anthologie en quatre volumes sur les poètes et les prosateurs. S’y ajoutèrent de nombreux ouvrages sur l’enseignement du français, sur la pédagogie, des présentations d’ouvrages pour la jeunesse. Il publia dans la partie pédagogique de L’Ecole libératrice, revue du Syndicat national des instituteurs à partir de l’année 1953-1954, des fiches sur l’enseignement du français dans les divers niveaux de l’enseignement primaire, des conseils pédagogiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147433, notice PALMERO Jean, Barthélemy, Marius par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 24 juin 2013, dernière modification le 26 septembre 2013.

Par Pierre Bonnaud

ŒUVRES : Le fichier de la BNF comprend 45 entrées à partir de 1945 dont
L’ Esthétique des "Fleurs du mal" et les perversions charnelles, Périgueux, P. Fanlac, 1945, en collaboration avec Alexis Félix, des manuels scolaires aux éditions Hachette.

SOURCES : Archives de l’Assemblée nationale. — Arch. Dép. Ardèche 95W 151,154. — OURS, fédération socialiste de l’Ardèche/ — La volonté socialiste (1949-1970). — Le Dauphiné libéré (1945-1995). — Envol (1948-1995). — Presse syndicale. — Témoignage de Robert Coudert, en 2007 (Site Internet). — Extrait des souvenirs inédits de Pierre Fournier. — Questionnaire renseigné par l’intéressé. — Notes de Jacques Girault.

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