Né le 29 septembre 1896 à Corlier (Ain), mort le 11 mars 1974 à Albigny (Saône-et-Loire) ; tourneur sur métaux, traminot ; fondateur du syndicat CFTC des Omnibus tramways de Lyon (1931), président de l’UD du Rhône et de l’École normale ouvrière du Sud-Est, membre du Comité de libération du Rhône (1944), vice-président confédéral de la CFTC ; conseiller municipal de Villeurbanne (Rhône).

Issu d’une famille nombreuse dont les parents étaient cultivateurs, Louis Naillod connut une enfance difficile. Son père eut sa ferme détruite par un incendie et dut partir à Saint-Rambert-en-Bugey (Ain) où il travailla dans une filature de schappe (soie). Le certificat d’études primaires obtenu, Louis Naillod devint, dès l’âge de treize ans, apprenti tourneur et militant de la CGT.
Mobilisé en 1916-1918, il entra ensuite dans la compagnie des Omnibus tramways de Lyon (OTL), adhéra en 1927 à la CFTC et joua aussitôt un rôle dans la formation des militants, à la disposition du secrétariat social du Sud-Est. Il prit part en 1929, auprès de Marius Gonin, à la création d’une École normale sociale ouvrière du Sud-Est (ENSO) et fut l’animateur d’un cycle de cet établissement qui dispensait une large formation juridique, économique et sociale, sans négliger les aspects spirituels. En 1937, il prit la succession de Gonin à la tête de l’ENSO.
Il avait aussi lancé en 1931 le syndicat professionnel chrétien des traminots dont il assuma le secrétariat général, et fut aussi élu, en 1932, secrétaire général de l’Union régionale de la CFTC du Sud-Est. Actif au cours de la période du Front populaire, il fut également permanent de la CFTC à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Dès le mois d’octobre 1940, avec Marcel Poimbœuf*, secrétaire général de la Fédération des employés CFTC, Louis Naillod constitua en zone sud un comité interrégional de liaison des organisations syndicales chrétiennes. Dans les réunions de la Chronique sociale, autour de Sylvie Mingeolet, il critiquait la législation sociale du gouvernement de Vichy, en particulier la Charte du Travail. Il prit part aux débuts du mouvement Combat à Lyon, et reçut à son domicile de Villeurbanne, clandestinement, l’envoyé de Londres, Yvon Morandat, ancien permanent CFTC de Savoie, chargé par la France libre de coordonner l’action résistante des syndicalistes. C’est ainsi qu’ils posèrent les bases du Mouvement ouvrier français (MOF) avec leurs amis Paul Vignaux et Joseph Botton, ainsi que des responsables de la CGT, persuadés de la nécessité d’une résistance syndicale et de contacts avec Londres. Louis Naillod, soutenant Témoignage chrétien, multipliant les brochures et tracts hostiles au STO, devint membre du Comité de libération du Rhône à la Libération.
Quand le dominicain Louis-Joseph Lebret lança Économie et Humanisme en 1941, Louis Naillod rejoignit l’équipe lyonnaise de cette organisation. En compagnie de Joseph Folliet, il fut co-auteur d’un « Manifeste des comités catholiques d’étude et d’action », rédigé au début de septembre 1944, pendant la libération de Lyon. Il allait participer en novembre 1946 à la réunion constitutive du BLAC, le « Bureau lyonnais d’analyse et de conjoncture ». Cette émanation régionale d’Économie et Humanisme n’eut qu’une existence éphémère.
En 1944, Louis Naillod reprit ses activités syndicales chez les traminots, jusqu’en 1954, tout en présidant l’Union départementale CFTC du Rhône. Devenu membre du bureau confédéral de 1945 à 1949, vice-président jusqu’en 1955, il demeura membre de la CFTC après la scission de 1964.
Conseiller municipal de Villeurbanne (Rhône) de 1965 à 1971, Louis Naillod appartenait au MRP puis au Centre démocrate, et s’occupait de nombreux organismes sociaux, tels des coopératives de construction et des offices d’HLM. Marié le 14 mai 1921 à Lyon avec Alexandrine Joyard, Louis Naillod avait reçu la croix de chevalier de la Légion d’honneur en 1972.

SOURCES : Xavier de Montclos, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, 6. Lyon, Beauchesne (notice par Roger Voog). — Échos, 13 mars 1974. — L’Essor du Rhône, 23 mars 1974. — A. Vidal, « Dans la lutte contre le nazisme, un militant lyonnais, Louis Naillod », 1896-1974, Chronique sociale de France, 1962/6, p. 105-116. — A. Delorme, « La Chronique sociale et l’École normale ouvrière devant l’Occupation », ibid., 1975/6, p. 669/670. — Frank Georgi, Soufflons nous-mêmes notre forge : une histoire de la Fédération de la métallurgie CFTC-CFDT, Éditions ouvrières, 1991. — Laurent Douzou, La désobéissance : histoire d’un mouvement et d’un journal clandestin, Éditions Odile Jacob, 1995. — Bernard Comte, Jean-Marie Domenach, Christian et Denise Rendu, Gilbert Dru, un chrétien résistant, Beauchesne, 1998. — Bernard Comte, L’honneur et la conscience, catholiques français en résistance, Éditions de l’Atelier, 1998. — Bruno Béthouart, « La résistance des démocrates d’inspiration chrétienne en France : nécessité et diversité », Histoire et littérature de l’Europe du Nord-Ouest, 33, IRHIS, Villeneuve-d’Ascq, 2003. — Olivier Chatelan, « Expertise catholique et débuts de l’aménagement du territoire à Lyon (1945-1957) », Chrétiens et sociétés, 15, 2008. — Notes de Louisette Battais.

André Caudron

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