SCHMITT Georges Joseph

Par Léon Strauss

Né à Hegenheim (Haut-Rhin) en 1813( ?), mort à Bâle (Suisse) le 15 juin 1875 ; instituteur à Mulhouse (Haut-Rhin) jusqu’en 1848, puis journaliste démocrate-socialiste, expulsé par la commission mixte du Haut-Rhin après le 2 décembre 1851, journaliste radical à Fribourg (Suisse) de 1854 à 1869, directeur d’un journal radical à Mulhouse en 1870, expulsé par les autorités allemandes en décembre 1870.

La date de sa naissance, l’identité et la religion de ses parents restent à établir : les dates avancées jusqu’ici ne coïncident pas avec la naissance d’un Georges Joseph Schmitt dans le registre des naissances d’Hegenheim. Ses études auraient été soutenues par l’aide financière d’une comtesse. Instituteur à Mulhouse, il fit partie en 1846 de la commission de réorganisation de l’enseignement primaire de la ville. À la suite de la Révolution de février 1848, il fut chargé de donner des cours en langue allemande pour les ouvriers de cette importante ville industrielle. Après sa candidature infructueuse aux élections à l’Assemblée constituante (avril 1848), la municipalité supprima sa classe. Il démissionna alors de l’enseignement public et ouvrit une école privée. Il fonda le 10 mars 1849 en association avec J.F.L. Cuppinger, typographe d’origine allemande, Die Volksrepublik – La République du Peuple, feuille populaire hebdomadaire rédigée en allemand à Mulhouse et imprimée à Colmar par la Veuve Decker. Cette publication, émaillée de réminiscences bibliques, était destinée à propager les idées républicaines et démocrate-socialistes parmi les masses populaires, ouvrières et paysannes, du Haut-Rhin. Après l’affaire du 13 juin 1849, Schmitt fut arrêté le 7 juillet : un récent voyage à Paris amenait le ministère public à le suspecter d’avoir servi d’agent de liaison entre les « meneurs de Paris » et les « agitateurs du Haut-Rhin ». Il ne fut cependant pas inculpé dans le procès pour complot jugé par la Cour d’assises de Besançon (Doubs) en novembre 1849. Accusé d’excitation au mépris et à la haine envers le gouvernement et entre les diverses classes de la société, il fut acquitté par les assises du Haut-Rhin le 31 août 1849. Du 7 décembre 1849 à novembre 1850, il publia une édition en français de son hebdomadaire diffusée dans les communes francophones du Haut-Rhin. Malgré de nombreuses saisies et plusieurs autres procès, la feuille que Charles Kestner* faisait distribuer gratuitement à ses ouvriers, connaissait un grand succès. À partir du 10 juin 1851, il ajouta à son édition haut-rhinoise la Niederrheinische Volksrepublik –République du Peuple du Bas-Rhin lancée par Émile Kuss* pour préparer les élections prévues en 1852 dans le Bas-Rhin.

Après le coup d’État du 2 décembre 1851, Schmitt fut condamné à l’expulsion par la Commission mixte du Haut-Rhin « pour avoir été pendant trois ans l’âme et la pensée du parti socialiste, pour avoir perverti les opinions et corrompu les consciences par le journal le plus anarchique qu’il soit possible d’imaginer.. ». Selon le procureur général, « il a déployé un véritable talent dans la rédaction de son détestable journal. C’est sans comparaison l’homme le plus hostile et le plus dangereux du parti démagogique dans le Haut-Rhin ». Il s’était réfugié à Bâle en janvier 1852, mais, sur plainte de la France, il fut assigné à résidence à Aarau. En 1854, le conseiller fédéral Henri Druey persuada le conseiller d’État fribourgeois Julien de Schaller de l’engager comme rédacteur du "Confédéré" de Fribourg. Ce journal radical et anticlérical fut financé de 1858 à sa mort en 1865 par Jean-Baptiste Charras, gendre de Charles Kestner ; les adversaires strasbourgeois du régime impérial allaient le lire, de l’autre côté du Rhin, dans un café de Kehl (Bade). Schmitt publia également des brochures antibonapartistes, introduites clandestinement en France. En 1864, il fut naturalisé fribourgeois et il fut reçu en 1865 dans la bourgeoisie de Morat.

En décembre 1869, Alfred Koechlin-Steinbach , avec le concours de Charles Kestner et de Frédéric Hartmann, autres fabricants protestants du Haut-Rhin, le fit rentrer à Mulhouse pour prendre la direction de " L’Électeur souverain – Der Souveräne Wählmann", « organe de la démocratie radicale en Alsace » qui parut du 12 mars au 3 septembre 1870. Il anima la campagne pour le « non » au plébiscite du 8 mai 1870, mais son attitude fut plus embarrassée lors de la grande grève mulhousienne de juillet 1870. De cœur sans doute avec les grévistes, il lui fallait ménager ses industriels financeurs. Après la chute de l’Empire, le journal reprit le titre de "Volksrepublik" et continua à paraître jusqu’à l’expulsion de Schmitt par les autorités allemandes d’occupation le 17 décembre 1870. Il s’établit à Bâle (Suisse), où il collabora au journal radical, "Der Schweizerischer Volksfreund". La fin de sa vie est mal connue. Très pauvre, il semble être revenu un moment à Mulhouse. Selon une lettre à Edgar Quinet du 30 avril 1873, il avait été emprisonné le 1er mai 1872, mais on ignore si ce fut en Alsace ou en Suisse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147194, notice SCHMITT Georges Joseph par Léon Strauss, version mise en ligne le 13 juin 2013, dernière modification le 13 juin 2013.

Par Léon Strauss

ŒUVRE : Le Comité du « Confédéré » aux démocrates fribourgeois et suisses, Fribourg, 1865. – Essai d’instruction morale et civique. Manuel du citoyen français, Paris, 1872 (avec L. Bornet). – Essai d’instruction morale et civique à l’usage des familles et des écoles, Paris-Bâle, 1872.
SOURCES : Arch. Nat., BB 18 1470, BB 20 146, BB 30 376(1), F18 263, 494B. – Archives des Affaires étrangères, Correspondance politique Suisse 595. – BNF, Manuscrits , NAF ,20797, f°185-189 (lettres de Schmitt à Edgar Quinet). – Arch. Haut-Rhin, T466. – P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t.21. – M. Engelhard, La contrebande politique sur la frontière du Rhin pendant la Second Empire, Revue alsacienne, janvier 1883, p.116-123. – C. Staehling, Histoire contemporaine de Strasbourg et de l’Alsace, 1884, p.388. – E. Quinet, Lettres d’exil, IV, 1886, p.160. – Procès des accusés du Haut-Rhin dans l’affaire du 14 juin 1849 publié par le docteur Sieffermann, Colmar, 1889. – A. Scheurer-Kestner, Souvenirs de jeunesse, 1905. – P. Muller, La Révolution de 1848 en Alsace, Mulhouse-Paris, 1912, p.135. – H. Bessler , La France et la Suisse de 1848 à 1852, 1930. – Bovet, Les origines fribourgeoises de l’enseignement moral et civique, Revue de Théologie et de Philosophie, Lausanne, 1932 – Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, VI, Neuchâtel, 1932, p.48. – P. Hugonnot, Le Second Empire dans le Haut-Rhin, ses adversaires confessionnels, politiques et économiques, Paris, 1935. – M. du Pasquier, "E. Quinet et la Suisse", Revue Suisse d’Histoire, 1957. – M. du Pasquier, Edgar Quinet en Suisse, Douze années d’exil (1858-1870), Neuchâtel, 1959. – J.-J. Bouquet, "La politique du Second Empire vue par le Confédéré de Fribourg", Revue Suisse d’Histoire, 1959, p.46-75. – P. Leuilliot, "Le 15 juin 1849 à Colmar et au procès devant les Assises du Doubs", Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Colmar, 1960. – R. Oberlé, L’enseignement à Mulhouse de 1798 à 1870, Strasbourg, 1961, p.45,47, 101. – M. Spisser, Les élections et l’opinion publique en Alsace de 1848 à 1951, DES, Strasbourg, 1964. – P. Leuilliot, La presse et l’histoire. Notes sur la presse en Alsace sous la Seconde République et le Second Empire , Strasbourg, 1965 ( Cahiers de l’Association interuniversitaire de l’Est, 7). – L. Strauss, "Le plébiscite de 1870 dans le Haut-Rhin", dans F. L’Huillier (dir.), L’Alsace en 1870-1871, Strasbourg, 1971. – P. Leuilliot, "La fin de la Seconde République à Mulhouse (1849-1852)", Bulletin du Musée Historique de Mulhouse, 1972, p.133-173. – M. Vuilleumier, Georges Joseph Schmitt, “Le Confédéré de Fribourg et les républicains français", Revue Suisse d’Histoire, 1974, p.66-97. – F. Igersheim, Politique et administration dans le Bas-Rhin (1848-1870), Strasbourg, 1993, (dans l’index, Schmitt est prénommé par erreur Charles). – Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne, n°33, Strasbourg, 1999, p.3482-3483. – Dictionnaire biographique de la Suisse <http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/41618>

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