NÉAUMET Philippe, Abel, Gaston, Jacques

Par Alain Dalançon

Né le 13 juillet 1917 à Migné-Auxances (Vienne), mort le 26 mai 2002 à Vincennes (Val-de-Marne) ; professeur d’éducation physique ; militant syndicaliste, secrétaire général du SNPEP puis du SNEP (1956-1969), membre du bureau fédéral de la FEN (1956-1969), secrétaire de la section départementale du Val-de-Marne ; militant socialiste.

Photo de Néaumet dans les années 1960. (collection familiale)
Photo de Néaumet dans les années 1960. (collection familiale)

Philippe Néaumet naquit dans le hameau de quatre maisons du Moulin-neuf dans la commune de Migné-Auxances près de Poitiers (Vienne). Son père, Philippe, était minotier et sa mère, Laure, Ablina Bachelier, institutrice.

Après l’école primaire de son village de Nanteuil, il fut élève au cours complémentaire de Neuville-du-Poitou (Vienne) où son père était devenu grainetier, puis élève-maître à l’École normale d’instituteurs de Poitiers (promotion 1933-1936). Il devint donc instituteur à 19 ans tout en étant animateur sportif. Il effectua son service militaire à Saumur où il fut élève officier de réserve et resta instituteur dans le département jusqu’en 1939.

Il épousa Catherine Castillo, sage-femme, le 18 février 1939 à Poitiers, avec laquelle il eut deux filles nées en 1940 et 1944. Mobilisé en septembre 1939, il fut démobilisé en 1940 et gagna Paris, d’où il rapatria sa famille à Neuville vers la fin de la guerre.

Remobilisé en 1945, il fut officier chargé des sports dans la 1ère Armée. Puis il sortit professeur d’État d’éducation physique de l’Institut régional d’éducation physique et sportive de Paris. Il fut alors nommé le 1er octobre 1946 au collège Lapie de Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine) où il demeura en poste jusqu’en 1968-1969.

Syndiqué depuis 1945, partisan de l’autonomie de la Fédération de l’Éducation nationale, Philippe Néaumet fut élu en mars 1948 sur la liste unique à la commission administrative nationale du SNPEP (Syndicat national des professeurs d’éducation physique) — devenu SNEP (Syndicat national de l’éducation physique) en 1958 —, membre du bureau national et secrétaire de la commission pédagogique en novembre 1948, à l’époque où Robert Surrel était secrétaire général. Il traça alors un plan ambitieux de reconnaissance de la discipline, conditionnée par la qualité de la pédagogie mise en œuvre, émergeant non point de théories mais de l’éclectisme des expériences individuelles, afin d’en élaborer une synthèse pour construire une doctrine syndicale.

En décembre 1952, Néaumet devint secrétaire corporatif adjoint du SNPEP, Germain Boutillier ayant remplacé Surrel comme secrétaire général. Il faisait également partie de la commission pédagogique de la CA nationale de la FEN (1950-1955) et de la commission de la jeunesse (1951-1955) dont il fut le responsable (1957-1959) mais sans être élu à la CA jusqu’en 1956, en raison du seul siège revenant à son petit syndicat.

Il militait en outre depuis sa jeunesse au Parti socialiste SFIO et devint en février 1953 membre du secrétariat de la fédération de Seine-et-Oise ; il signa l’année suivante, sous le pseudonyme de Gaston Jacques, la présentation du programme de la SFIO : « Éducation physique, sports-loisirs, éducation populaire ».

Toujours en 1953, il fut élu en novembre sur la liste de « la CA sortante » du syndicat, pour la première fois face à une liste concurrente des ex-cégétistes « Union pour la défense du corps des professeurs d’EPS et la démocratisation du syndicat », conduite par Jean Guimier et Robert Mérand − qui n’eut pas d’élus − et devint secrétaire corporatif. La même année, il prit la responsabilité de secrétaire de la section académique de Paris et le demeura jusqu’en novembre 1956 ; il fut alors remplacé par Maurice Charles, quand il fut élu secrétaire général à la tête d’une « liste unie pour la défense des intérêts de l’EPS » face à la « liste d’union syndicale » des ex-cégétistes, dont il pourfendit les « liens inconditionnels » avec le Parti communiste français. Il fit alors voter à la CA du SNPEP un texte saluant « l’insurrection hongroise » et affirmant « son indignation et réprobation devant l’intervention massive des troupes soviétiques en Hongrie pour écraser le soulèvement de tout un peuple aspirant à la liberté, à la démocratie et au mieux-être, bases fondamentales de tout véritable régime socialiste ».

Avec les militants « autonomes » de son syndicat, unique syndicat disciplinaire de la FEN, refusant toute idée de fusion dans le cadre d’un nouveau Syndicat national des enseignements de second degré en voie de création, Philippe Néaumet continuait à pratiquer un syndicalisme corporatiste, recourant exceptionnellement à l’action : première et unique grève d’une heure en 1956 sous la IVe République. Il insistait sur la compétence professionnelle et les capacités pédagogiques des professeurs, la défense de leurs intérêts corporatifs, et la nécessité de créer des postes pour faire respecter l’horaire officiel de 5 h hebdomadaires d’éducation physique, ce qui se traduisait dans le nom de la liste qu’il conduisait aux élections à la CA nationale : « Pour un syndicalisme indépendant, réaliste et constructif ». Une question épineuse résidait en outre dans l’arrêt du recrutement des maîtres d’éducation physique puis des professeurs adjoints, qui possédaient leur propre syndicat dans la FEN, le SNEEPS, avec lequel les relations furent de plus en plus difficiles, malgré l’appartenance de sa direction (Lucien Derry) à la même tendance.

Philippe Néaumet était pourtant, après son élection au secrétariat général de son syndicat, membre de la CA et du Bureau de la FEN composé de militants « autonomes ». Il n’était cependant pas toujours d’accord avec eux, étant socialiste « molettiste ». Ainsi en 1958, il manifesta son désaccord avec leur appel à combattre la naissance de la Ve République, estimant que le syndicalisme n’avait pas à prendre position sur un tel sujet politique. Il accorda ensuite à la nomination de Maurice Herzog au Haut-commissariat à la Jeunesse et aux Sports, un « préjugé favorable », selon ses adversaires de la tendance unitaire, qui le lui reprochèrent très vivement. Il estimait en effet, après l’immobilisme de la IVe République, avoir trouvé auprès du Haut-commissaire une écoute, perceptible à travers la séparation de l’éducation physique d’avec les sports et l’éducation populaire dans son ministère, la promesse d’une amélioration du recrutement, d’un plan d’équipement de grande envergure — décidé effectivement dans la loi-programme à la suite des piteux résultats des athlètes français aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 —, et l’introduction d’une épreuve obligatoire d’éducation physique au baccalauréat. Mais il s’opposa sur ce point aux positions de la FEN et du SNES qui obtinrent en 1960 de ne retenir dans cette épreuve que les points au-dessus de la moyenne, « vidant ainsi de son contenu le principe de l’obligation » selon lui. Il eut à ce sujet un fort différend avec Georges Lauré, secrétaire général de la FEN, qui lui reprocha de ne même pas être en mesure de faire des propositions concrètes sur la nature et la notation des épreuves.

Les relations entre Maurice Herzog et le SNEP se détériorèrent cependant rapidement, notamment à la suite du limogeage en 1960 de Jacques Flouret de la tête de l’Office du sport scolaire et universitaire et la création en 1961 d’une nouvelle organisation, le Comité national provisoire de gestion du sport scolaire et universitaire. Philippe Néaumet s’engagea alors résolument, avec le soutien de la FEN, dans la bataille contre l’autoritarisme du Haut-commissaire en titrant son éditorial du mois d’août 1961 : « L’OSSU poignardé ». Sous l’impulsion du SNEP, les associations sportives des établissements maintinrent leur affiliation à l’OSSU, contraignant Maurice Herzog à reculer, à remettre en vigueur l’ordonnance du 12 octobre 1945 et à conserver un statut associatif au sport scolaire. Philippe Néaumet proposa le sigle ASSU (Association du sport scolaire et universitaire) à la nouvelle association qui vit le jour le 21 décembre 1961.

Le SNEP s’opposa ensuite de plus en plus au Haut-commissaire, lui reprochant de n’avoir pris en compte que le secteur non-scolaire dans la loi-programme votée le 17 mai 1961 et de ne pas avoir créé les postes d’enseignants en nombre suffisant. En juin 1962, en collaboration avec le SNEEPS, il organisa donc pour la première fois une semaine d’action sur les trois thèmes de l’équipement, du recrutement et des horaires, en demandant aux enseignants de ne pas faire cours, tout en gardant leurs élèves afin de leur expliquer la situation. Cette « semaine d’avertissement » fut suivie d’une demi-journée de grève le 14 juin et connut une mobilisation sans précédent de toute la profession. Le déblocage de crédits à la rentrée fit écrire à Néaumet, dans son éditorial, que le SNEP avait obtenu une « amorce de redressement ».

Les militants unitaires, dont l’audience grandissait chez les plus jeunes, en particulier à l’ENSEP où militait Jacques Rouyer, avaient pesé dans cette inflexion de l’action syndicale et dans une approche pédagogique de l’éducation physique incluant la pratique sportive, alors que la majorité s’était jusque là accrochée à une « éducation physique de base ». Pourtant, Philippe Néaumet et Claude Pineau, secrétaire pédagogique national à partir de 1959, comprirent la nécessité de faire collaborer professeurs et acteurs du monde sportif, ce qui déboucha sur la création en juin 1964 de la SIEPEPS (Société d’informations et d’études pédagogiques en éducation physique et sportive).

En 1963, les tensions entre les deux tendances dans le SNEP s’apaisèrent donc dans le cadre d’une unité d’action en marche entre les confédérations syndicales et de la tentative de réalisation de l’union de la gauche souhaitée par les communistes face au pouvoir gaullien. Les élections à la CA nationale mirent en compétition les deux listes « autonome » et « d’union » mais sur la base d’un programme revendicatif commun. La liste autonome ayant obtenu la majorité (11 sièges contre 6), Néaumet refusa que des militants comme Guimier soient investis de responsabilité dans le BN, en se retranchant derrière le principe de l’homogénéité de la direction, inclus dans les statuts, et parce qu’il se méfiait de la stratégie des communistes. Aux élections suivantes de 1965, une liste commune fut présentée mais constituée sur la base des résultats de 1963.

Philippe Néaumet continuait de pratiquer un syndicalisme de lobbying en entretenant un réseau de relations au sein des ministères de la Jeunesse et des Sports et de l’Éducation nationale pour obtenir la satisfaction des revendications corporatives du syndicat, le retour de l’éducation physique et sportive dans le giron de l’Éducation nationale, et pour influencer la rédaction des instructions officielles sur l’enseignement de la discipline. La SIEPEPS, incapable de proposer une doctrine et d’impulser des expériences pratiques, avait disparu en effet sans gloire après s’être attiré les foudres de l’Amicale des anciens élèves de l’ENSEP. Philippe Néaumet restait partisan de la liberté pédagogique des professeurs dont la formation devait leur permettre de « penser leur enseignement, donc de refuser toute forme et tout schéma de leçon imposés ». Cette approche fut inscrite dans les instructions officielles de 1967 dans la rédaction desquelles Claude Pineau avait joué un rôle important. Mais des divergences se manifestèrent avec les « unitaires » à propos de ces instructions, introduisant le concept d’APS (activités physiques et sportives) qui opposait deux démarches philosophiques et pédagogiques, l’une plus abstraite, l’autre plus pragmatique et « culturaliste ».

Si la santé du syndicat apparaissait florissante comme en témoignait le doublement du nombre de syndiqués (passant de 2 093 en 1960 à 4 065 en 1968) avec un taux de syndicalisation tournant autour de 80 %, cette étonnante progression correspondait à celle de la création massive de postes et au rajeunissement considérable de la profession. Or celle-ci se retrouvait de moins en moins dans un syndicat répugnant à l’action, dirigé par les trois têtes pensantes qu’étaient Philippe Néaumet, Maurice Charles et Claude Pineau. La critique du trio collaborant avec l’administration s’étendit même aux anciens secrétaires généraux, Surrel et Boutillier, appartenant pourtant à la tendance majoritaire. Les idéaux révolutionnaires progressaient dans la corporation.

Les unitaires décidèrent donc de sortir de la stratégie de la liste d’union en présentant en novembre 1967 une liste « Unité et Action » conduite par Marcel Berge, pour affirmer nettement leur identité et leur vocation à diriger le syndicat comme venaient de le faire victorieusement leurs camarades dans le nouveau SNES, dont ils venaient de prendre la direction. Mais ils ne furent pas les seuls, puisqu’une 3e liste du « Manifeste » fut constituée, conduite par Jean Le Boulch et Jean-Marie Brohm, dirigée à la fois contre la majorité sortante et contre l’influence montante des communistes. La liste conduite par Néaumet conserva de justesse la majorité en obtenant onze sièges, six revenant à « Unité et Action », quatre au « Manifeste ». La direction du SNEP était donc très fragilisée, elle fut contrainte de s’associer au mouvement de grèves par groupes d’académie en février-mars 1968 organisé par le SNES et elle fut incapable de trouver un souffle nouveau durant mai-juin 1968, qu’elle subit en collant aux seuls mots d’ordre de la FEN. L’épisode du délogement, le 9 juin, des militants trotskistes de l’École émancipée de l’occupation des locaux du SNI, notamment par les militants du SNEP « autonomes » et U-A, ne permit pas de redorer son blason.

La tendance de Néaumet perdit la majorité dans l’académie de Paris en avril 1969 alors qu’il conduisait la liste, avant sa défaite au congrès national de Nice (22-24 mai 1969) qui vit d’extrême justesse la prise de la direction par la liste U-A toujours conduite par Marcel Berge. Immédiatement après, le secrétaire d’État à la Jeunesse et aux sports, Joseph Comiti, prit un décret supprimant l’ENSEPS. Cette suppression, au bénéfice d’une nouvelle École normale supérieure, avait été en fait négociée par Néaumet et Pineau, au nom de la défense d’une éducation physique et sportive plus humaniste et progressiste, et de la perspective d’un professorat supérieur d’EPS. La nouvelle direction du SNEP combattit cette suppression, et défendit au contraire l’idée que cette voie tournait le dos à une reconnaissance universitaire de la profession et à l’intégration de l’EPS dans un grand ministère de l’Éducation nationale.

Charles et Pineau passèrent à cette époque dans le corps de l’inspection. Néaumet n’étant plus membre du bureau fédéral après le congrès de décembre 1969, mais seulement membre de la CA, cette fois au titre de la section départementale du Val-de-Marne, dont il était secrétaire, se retrouva donc assez seul dans les années qui suivirent, pour tenter de reprendre la direction de son syndicat. Il échoua dans toutes ses tentatives, y compris en essayant en 1971 de constituer un autre syndicat avec le SNEEPS de Derry. On ne retrouva même pas son nom comme signataire de la motion d’orientation « Unité, indépendance et démocratie » pour le congrès fédéral de décembre 1971. « L’ère Néaumet » était bien close. Une seule section académique (S3) du SNEP, celle de Poitiers – dirigée par de plus jeunes militants qu’il avait formés, Maurice Pin puis Michely − resta à majorité UID jusque dans les années 1980.

Philippe Néaumet avait été nommé en 1969 professeur à l’Université de Nanterre où il dirigea le premier cycle préparatoire à la 1ère partie du certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement de l’éducation physique et sportive. Après 1971, il abandonna ses activités syndicales pour se consacrer à son enseignement. En 1977, il obtint que le « cycle P1 » de son université devienne UER-EPS dont il fut promu directeur, et la fit doter d’un complexe sportif omnisport avant son départ à la retraite. Il fit également partie de jurys du CAEPS et du brevet d’État d’éducation sportive et publia des ouvrages de préparation aux exercices de ces épreuves. Il écrivit ensuite plusieurs ouvrages sur l’évolution de sa discipline et de son administration. Il continuait d’appartenir à l’amicale des anciens élèves de l’EN de Poitiers, dans le bulletin de laquelle il écrivit en 1996 un long article historique sur « Pierre de Coubertin et les Jeux olympiques ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147012, notice NÉAUMET Philippe, Abel, Gaston, Jacques par Alain Dalançon, version mise en ligne le 3 juin 2013, dernière modification le 6 avril 2019.

Par Alain Dalançon

Photo de Néaumet dans les années 1960. (collection familiale)
Photo de Néaumet dans les années 1960. (collection familiale)
Au début des années 1970

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comprend une dizaine de références dont Les institutions éducatives et sportives en France, éditions Vigot, 1979, qui connut au moins trois rééditions. — Des brochures importantes furent publiées dans le cadre de la revue EPS : L’éducation physique et sportive et ses enseignants au XXe siècle (1992). — L’éducation physique. Repères historiques (1993) et L’institutionnalisation des APS en France (2000).

SOURCES : Arch. du SNEP et de la FEN (Guy Putfin). — Arch. de l’OURS, fédérations de la Seine et de la Seine-et-Oise. — Bulletin de l’EN de Poitiers, n°2 de mai 1996. — Autobiographie à la fin de L’éducation physique et sportive et ses enseignants. — Interview de Marcel Berge et Jack Rouyer par A. Dalançon en 2001. — Michaël Attali, Le syndicalisme des enseignants d’éducation physique 1945-1981, Paris, L’Harmattan, Espaces et Temps du Sport, 2004. — Guilhem Véziers, Une histoire syndicale de l’éducation physique 1880-2002, la force du militantisme, Nouveaux Regards, Syllepse, Centre EPS et Société, 2007. — Renseignements fournis par l’une de ses filles. — Notes de Jacques Girault.

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