MULDWORF Bernard

Par Danielle Papiau

Né le 14 octobre 1923 à Radzin (Pologne), mort le 6 avril 2019 ; médecin psychiatre et psychanalyste, membre du PCF de 1946 à 1978.

Bernard Muldworf naquit à Radzin (Pologne). Ses parents juifs polonais émigrèrent en France lorsqu’il avait huit mois, et s’installèrent dans le Jura à proximité d’un sanatorium qui soignait la tuberculose de sa mère. Les parents étaient marchands forains en bonneterie et sillonnaient les marchés et les sanatoria de la région.

La famille valorisait le savoir et vécut comme une blessure le manque de qualification professionnelle. Aussi, contre l’avis de l’instituteur qui repéra un bon élève et conseillait de lui faire faire des études, la mère de B. Muldworf l’inscrivit dans une école professionnelle où il passa un CAP d’ouvrier des métiers du plastique. Il réussit le Brevet élémentaire, ce qui lui ouvrit la porte des études secondaires dans un collège de Nantua. Repéré comme juif et comme anti pétainiste, il en fut exclu en 1940 et dut terminer ses études dans l’établissement catholique de Saint-Claude, où il passa le Baccalauréat en 1942 et 1943.

Contraint de se cacher, après l’invasion de la zone sud par les Allemands, il rejoignit le maquis de l’Ain et participa à la libération de la région. Ce fut au maquis qu’il rencontra les communistes. Son adhésion au PCF en 1946 lui permit de surmonter le sentiment d’indignité que la stigmatisation de juif, de pauvre et d’étranger lui faisait ressentir.

Il s’inscrivit en première année de médecine à Lyon, réussit le concours de l’externat. Dès ses premières années de formation, il désirait devenir psychiatre « un médecin qui parle et qui écoute les malades ». Il « monta » à Paris et prépara le concours de l’internat de psychiatrie tout en travaillant comme médecin. Il fut accueilli par René Angélergues, marié à une jeune femme juive et déportée qui a vécu à Lyon. En stage chez Louis Le Guillant à Villejuif, celui-ci lui procura des vacations dans une clinique d’Ivry.

Il effectua son internat à partir de 1953, notamment auprès de Louis Le Guillant à l’hôpital de Villejuif (Seine, Val-de-Marne). Il devint son assistant de 1957 à 1964, tout en militant à la cellule communiste de l’hôpital.
Peu motivé pour les batailles institutionnelles en cours, au sein du secteur public, pour modifier les conditions de prise en charge des malades mentaux, il quitta l’hôpital de Villejuif en 1964, pour développer une clientèle privée et ouvrit un cabinet à Paris dans le XVIIe arrondissement. C’est dans cette période qu’il s’engagea dans une psychanalyse personnelle puis dans la formation de psychanalyste, sous l’égide de la Société Psychanalytique de Paris.

Entraîné par René Angélergues avec qui il avait fait une partie de ses études, il entra comme médecin salarié vacataire à la Polyclinique des Bleuets en 1953, polyclinique créée par la CGT des Métallurgistes où le Docteur Lamaze venait de mettre au point une technique d’accouchement sans douleur, fondée sur l’expérience soviétique et les théories pavloviennes. Il épousa une infirmière qui devint surveillante puis directrice de la Polyclinique. Il devint un « militant » de l’accouchement sans douleur, parcourut la France en animant les initiatives et les congrès organisées par l’Union des Femmes Françaises, afin de promouvoir cette méthode, où le médecin partageait avec la femme une partie de son savoir.

C’est lui qui le remplaça Angélergues, au sein de l’équipe de l’accouchement sans douleur, lors de la crise de 1956 qui amena R. Angélergues à quitter la clinique puis le PCF. Il en resta le salarié jusqu’en 1964.

Lié au réseau des médecins communistes, il devint l’ami de Roger Garaudy qui l’intégra comme membre du comité directeur du Centre d’Études et de Recherches Marxiste lorsque celui-ci fut créé en 1959.

En 1957 alors que la revue La Raison, revue crée par le PCF en direction des psychiatres et des psychologues, prit position contre « la vérité de parti » et la notion de science bourgeoise, dans le numéro intitulé « 27 opinions sur la psychanalyse » sa contribution marquait une modification de ton à l’égard de la psychanalyse. Il s’agissait d’engager « un effort de réflexion approfondi sur ce phénomène complexe et contradictoire qu’est la psychanalyse ». Ce fut sur cette même ligne qu’il travailla au sein du CERM : reconnaître l’apport de la psychanalyse comme thérapeutique, comme compréhension de la sexualité, comme connaissance pragmatique, mais en lui contestant d’être une théorie scientifique et d’être explicative des phénomènes de société. Cela lui valut des démêlés avec Jeannette Vermeersch lors de la semaine de la pensée marxiste de 1965 autour du thème de « la femme, la famille et l’amour ».

Ce fut lui qui, en 1967, dans France Nouvelle, journal destiné aux militants du PCF, officialisa le retour de la psychanalyse comme objet pensable au sein du parti dans son article intitulé « Comment lire Freud ».

Il participa en 1968 au groupe de réflexion mis en place par le CERM . Sous l’influence de la Société Psychanalytique de Paris, il resta à distance de Lacan et intervint pour que les intellectuels communistes ne prirent pas position au nom du parti, dans les querelles des psychanalystes. En 1970, il intervint dans l’Humanité pour condamner la liberté sexuelle conçue comme signe de la Révolution. Il participa aux débats intellectuels des années 1970 concernant les relations marxisme et psychanalyse.

À partir des années 1970, Bernard Muldworf fut reconnu au sein du PCF comme le représentant de la prise en compte de la vie affective de l’individu. Il se fit le vulgarisateur de la doctrine freudienne, le thérapeute des communistes et « l’éducateur » du peuple militant. Il écrivit sur l’adultère, sur la sexualité féminine, le métier de père, sur la liberté sexuelle et les besoins psychologiques, sur la société et l’érotisme, notamment aux Éditions Sociales.

Malgré une prise de distance avec le PCF à partir des années 1978, il se considéra encore, au cours de la première décennie du XXIe siècle comme idéologiquement communiste.

De 1986, et jusqu’en 2002, il poursuivit un travail d’écriture, réflexif sur son parcours personnel dans le militantisme et sur les mécanismes de la croyance et de l’engagement, à la lumière de la théorie freudienne.

Mort le 6 avril 2019 à 96 ans, il a été enterré au cimetière du Montparnasse le 11 avril.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article146994, notice MULDWORF Bernard par Danielle Papiau, version mise en ligne le 2 juin 2013, dernière modification le 4 octobre 2019.

Par Danielle Papiau

ŒUVRE : L’adultère. Casterman, 1970. — Sexualité et féminité. Ed. Sociales, 1970. — Le métier de père. Casterman, 1972. — Liberté sexuelle et besoins psychologiques, Éd le Pavillon Roger Maria, 1972. — Vers la société érotique. Grasset, 1972. — Le divan et le prolétaire. Messidor, 1986. — Figures de croyances, amour, foi et engagement militant. L’Harmattan, 2000. — Le t’aime, moi aussi. Les conflits amoureux, les comprendre. Marabout, 2002. — Militer quelle folie ! Messidor, 1991.

SOURCES : Entretiens B. Muldworf (12 février 2009). — B. Steinberg (5 janvier 2010). —
M. Caron Leulliez, J. Georges, L’accouchement sans douleur ed l’atelier 2004. — Revues : France Nouvelle, La Nouvelle Critique L’Humanité. — Archives Cahiers du CERM. — Politzer et la psychanalyse, (1968). — Transfert amour ou l’illusion thérapeutique (1978). — La Raison (1957). — L’Information Psychiatrique (1997). — La Pensée (1965) . — Fond F. Cohen dossier CERM archives PCF archives départementales 93

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