MOREL Yves

Par Éric Belouet, Michel Dreyfus

Né le 11 mars 1913 à Lanveoc (Finistère), mort le 1er janvier 1988 à Gap (Hautes-Alpes) ; contremaître EDF ; syndicaliste CFTC, secrétaire général de la Fédération CFTC du Gaz et de l’Électricité (1951-1962) et membre du bureau confédéral de la CFTC ; administrateur d’EDF (1948-1968).

Fils d’un quartier-maître, Yves Morel fut apprenti électricien à l’âge de quinze ans, ouvrier électricien en 1931 puis chef ouvrier électricien en 1941 dans les Bouches-du-Rhône. Il avait adhéré à la CFTC dès 1928. Il fut également membre de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) à Marseille et responsable départemental de cette organisation de 1930 à 1937. En 1936, il participa activement au mouvement de grèves. De 1945 à 1950, il travailla à Paris au service des compteurs puis il fut contremaître. Il l’était toujours en 1954 et travaillait à Paris Île-de-France-Sud. Il appartint au conseil d’administration d’EDF de 1948 à 1968. Il fut également membre de la commission supérieure nationale du personnel (CSNP) ainsi que de diverses commissions spécialisées.

Dès la Libération, Yves Morel avait joué un rôle actif au syndicat CFTC parisien du gaz et de l’électricité dont il fut le secrétaire général de 1947 à 1949. Il entra au bureau de la Fédération CFTC Gaz-Électricité en 1948 — voire avant — et joua dans cette organisation un rôle de premier plan jusqu’en 1964. Il succéda en effet à Fernand Hennebicq. Lors du Xe congrès fédéral, (octobre 1951), il fut élu secrétaire général et le resta sans interruption jusqu’en 1962. Dès son accession à cette responsabilité, il se situait dans le sillage de la minorité de la CFTC à laquelle avait appartenu Fernand Hennebicq. Yves Morel fut également membre du bureau confédéral mais en démissionna en octobre 1952. Un rapprochement se fit toutefois au sein de la CFTC entre sa majorité et sa minorité et Yves Morel fut chargé du rapport d’orientation au congrès confédéral de 1953. Avec Gilbert Declercq et René Mathevet, il fut à nouveau élu à cette instance à l’issue de ce congrès.

Yves Morel prit des positions particulièrement fortes durant les grandes grèves qui secouèrent la fonction publique en août 1953. Les 13 et 14 août, il fut parmi ceux qui poussèrent la CFTC à entrer dans le mouvement tout en s’opposant au même moment à ce que l’unité d’action puisse être envisagée avec la CGT. Néanmoins, la Fédération Gaz-Électricité fut parmi les organisations les plus combatives de la CFTC durant ces semaines et ce n’est que tardivement qu’elle appela à la reprise du travail. Yves Morel fut parmi ceux qui demandèrent, à l’issue de ces grèves, que soit réuni un congrès extraordinaire de la CFTC pour tirer le bilan d’une action qu’il aurait voulu pousser plus loin, mais cette proposition fut repoussée par 66 % des mandats. Poursuivant son action, Yves Morel fut, avec Albert Detraz, Gilbert Declercq et René Mathevet, parmi les proches d’Eugène Descamps qui contribuèrent à préparer la déconfessionnalisation de la CFTC dès la seconde moitié des années cinquante. Depuis 1951, présenté par le syndicat de la région parisienne, il était membre du bureau de la CFTC et il le fut jusqu’en 1955. À partir de cette date, et jusqu’en 1959, Yves Morel fut membre du conseil confédéral. Il fut un des signataires de la résolution présentée par la minorité au congrès de 1955 qui affirmait notamment : « ...le congrès reconnaît qu’en visant à une planification démocratique qui fera de la fonction d’investissement une responsabilité publique, l’action syndicale, dans tous les secteurs, s’attaque au régime capitaliste de l’entreprise ». Cette motion recueillit 40,2 % des voix et provoqua selon l’expression de Gérard Adam, « un réflexe de défense majoritaire » : certains minoritaires, mais non Yves Morel, furent écartés du bureau. Cependant, le dialogue reprit dès la fin de 1956 entre les deux tendances. À la suite de l’accord de décembre 1957 au sein de la CFTC entre « majoritaires » et « minoritaires », Yves Morel entra au bureau confédéral avec Eugène Descamps, où il fut chargé du secteur de l’organisation avec René Bonety comme conseiller technique. Deux ans plus tard, toujours avec Eugène Descamps, Yves Morel accéda à la vice-présidence de la Confédération. Il fut réélu à cette fonction au congrès suivant tenu deux ans plus tard.

Fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1962, Yves Morel reprit des activités professionnelles à Embrun (Hautes-Alpes), où il fut chef de subdivision EDF. Il fut également élu par trois fois conseiller municipal de cette ville.

Yves Morel avait épousé Simone Brignonen le 19 septembre 1936 à Champlitte (Haute-Saône).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article146680, notice MOREL Yves par Éric Belouet, Michel Dreyfus, version mise en ligne le 22 mai 2013, dernière modification le 21 juin 2017.

Par Éric Belouet, Michel Dreyfus

SOURCES : Archives FGE-CFDT : congrès fédéraux, présentation des candidats au bureau fédéral ; comptes-rendus du bureau fédéral et de la commission exécutive fédérale, année 1948. — Gaz-Électricité, n° 36 (septembre-octobre 1951), 55 (octobre 1954), 66 (novembre 1955), 72 (novembre 1956), 81 (novembre 1957), 99 (mai 1960), 122 (novembre 1962), 144 (novembre 1964) et 172 (décembre 1967). — G. Adam, La CFTC 1940-1958 : histoire politique et idéologique, Paris, A. Colin, 1964. — M. Branciard, Histoire de la CFDT : soixante-dix ans d’action syndicale, Paris, La Découverte, 1990 — F. Georgi, L’invention de la CFDT, 1957-1970, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1995. — Curriculum vitae, presse fédérale et confédérale. — Renseignements fournis par L. Battais et M. Rault.

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