MURY Gilbert, Jean, François

Par Jacques Girault

Né le 12 février 1920 à Paris (XVIe arr.), mort le 16 mai 1975 à Rueil-Malmaison (Yvelines) ; professeur ; intellectuel communiste puis « maoïste ».

Fils d’un lieutenant-colonel, Gilbert Mury reçut une éducation religieuse dans des établissements scolaires catholiques et se destinait au séminaire. Au début de la guerre, il milita et rencontra des communistes. Il adhéra aux étudiants communistes en octobre 1940 et participa à des actions de résistance, notamment en milieu universitaire à Bordeaux. Étudiant à la Faculté des Lettres de Bordeaux puis à la Sorbonne en 1941-1942, puis à nouveau à Bordeaux, il obtint une licence et des diplômes de sociologie. Il publia des textes choisis de Descartes avec une présentation en 1947. Il réussit à l’agrégation de philosophie au milieu des années 1950. Il publia, avec d’autres auteurs, dans la deuxième moitié des années 1960 un cours de philosophie aux éditions Didier. En octobre 1968, il fut chargé de cours avec le statut de maître-assistant à l’Institut universitaire de technologie de Bordeaux spécialisé dans les « Carrières de l’information ». En octobre 1969, il soutint une thèse de troisième cycle en sociologie industrielle et fut inscrit sur la liste d’aptitude aux fonctions de maître-assistant. Pour des raisons politiques, il ne fut pas renouvelé dans ses fonctions à Bordeaux et nommé professeur en septembre 1970 au lycée de Charleville-Mézières (Ardennes). Il ne rejoignit pas ce poste et devint professeur de philosophie au Centre national de télé-enseignement.

Gilbert Mury se maria en août 1942 au Bouscat (Gironde). Le couple eut un fils. Après avoir habité à Bagnolet, dans le XVIe arrondissement de Paris, dans un pavillon à Nanterre, à partir de 1965, ils demeurèrent à Charenton (Val-de-Marne).

Gilbert Mury, dirigeant du Mouvement de Libération nationale, fortement marqué par son expérience de la Résistance depuis 1940 qui éveilla en lui « la haine de classe », adhéra au Parti communiste français à Bordeaux à la Libération et devint journaliste à Action et à Ce Soir dans lequel il dirigea la politique étrangère jusqu’à sa disparition en 1953. Il participa au lancement du Mouvement de la paix à la fin des années 1940 et fit partie de son conseil national au début des années 1950. En 1950, il signa un ouvrage sous le titre Franco contre l’Espagne. Il était responsable de l’organisation dans le XVIe arrondissement de Paris.

Selon certains témoignages, lors du XXe congrès du Parti communiste d’Union soviétique de 1956, Gilbert Mury aurait déclaré à propos du rapport Khrouchtchev, « C’est un faux. Car sinon ma vie n’a plus de sens ». Il ne cachait pas son opposition à la déstalinisation.

En 1960, le PCF créa le Centre de recherches et d’études marxistes et Gilbert Mury en devint le secrétaire général au milieu des années 1960. Engagé dans des recherches sociologiques et politiques, il participa à des séminaires sur divers sujets et ses conférences furent l’objet de Cahiers du CERM. Il écrivit Essor et déclin du catholicisme français ? (Éditions sociales, 1960) qui réunissait plusieurs de ses articles et un article en 1964 sur les relations entre communistes et catholiques à travers le concile. Il collabora avec Maurice Bouvier-Ajam*, se considérant comme intellectuel au service du Parti pour écrire en 1963 Les classes sociales en France (Éditions sociales). Il fut chargé d’intervenir sur des questions socio-économiques dans les écoles centrales du PCF. Membre du comité de parrainage de l’Université nouvelle, il collaborait parfois à l’Humanité. Lors de la Semaine de la pensée marxiste en 1963, il prit la parole sur le thème « Les classes sociales dans l’agriculture française ». En mars 1966, le thème étant consacré aux questions féminines, dans son intervention dans la séance où fut évoqué le contrôle des naissances, avec Jeannette Thorez-Vermeersch*, il développa avec rudesse les analyses hostiles du PCF en réponse à la présidente du Planning familial, Simone Iff.

Favorable aux analyses du Parti communiste chinois, Gilbert Mury participa, le 7 octobre 1966, à un meeting à Paris des Amitiés franco-chinoises dont il était membre, en l’honneur du 17e anniversaire de la République populaire chinoise. Exclu du PCF en novembre, il rejoignit le Mouvement (qui devint « Parti » en décembre 1967) communiste français marxiste-léniniste, et entra dans son bureau politique et dans son comité central.

Gilbert Mury apparut alors comme un des principaux intellectuels acquis à un nouvel idéal communiste d’inspiration maoïste. Le 5 janvier 1967, dans une interview au Figaro littéraire, il présenta la Révolution culturelle et le phénomène des Gardes rouges, entretien qui fut condamné par la direction du MCF(ml) car il n’avait pas demandé l’autorisation du bureau politique. Le 26 juin, lors d’une réunion du comité central du MCF(ml), il présenta un rapport intitulé « Arborer le drapeau rouge pour lutter contre le drapeau rouge – Qu’est-ce que l’Union des Jeunesses communistes ? », qui répondait à un article de Garde rouge qui ne tarda pas à être condamné. Les RG indiquaient qu’il avait été exclu pour « indiscipline » en juin 1968 puisque, à partir de décembre 1967, membre du Mouvement révolutionnaire avec Jean-Pierre Vigier*, il tentait d’unifier les tendances marxistes-léninistes présentes en France. Lors de son décès, selon l’article d’hommage paru dans Front rouge, il n’avait pas participé au congrès de fondation du PCF(ml) en décembre 1967 parce qu’il avait « douté à l’époque, des conditions dans lesquelles pouvait s’édifier le Parti ». Il s’en était rapproché à nouveau quand « il a pu apprécier la portée de notre rupture avec l’opportunisme » et quand « il a saisi concrètement comment notre Parti se liait à la classe ouvrière ». En février 1970, membre du bureau politique du PCMLF, il en fut exclu, avec d’autres dirigeants qui fondèrent le groupe et le journal Le Travailleur dit PCMLF-Le Travailleur. Il collabora par la suite à Que faire ?, revue du Centre d’études et d’initiatives révolutionnaires, fondée au même moment. En octobre 1970, il fut inculpé à la suite d’articles parus dans L’Idiot international. En 1974, il participa à la fondation du Parti communiste révolutionnaire marxiste-léniniste, anima le groupe de Nanterre et assura le fonctionnement de son école centrale de formation et la parution de Front rouge tout en collaborant à la revue Octobre. Il présenta en 1973 des textes sous le titre De la révolution culturelle au 10e congrès du Parti communiste chinois (UGE). Le 3 novembre 1974, il participa au « rassemblement communiste pour le pouvoir des ouvriers et des paysans » à la Mutualité organisé par le PCR(ml).

À partir de mai-juin 1968, Gilbert Mury s’engagea dans d’autres combats après avoir livré une analyse personnelle dans La Société de répression (Éditions universitaires, 1969). Dès lors, il prit position dans de nombreuses manifestations contre les atteintes aux libertés. Ainsi dans un article de Combat, le 17 novembre 1969, titré « Ce n’est qu’un début, camarades… », il se demandait comment « greffer une action révolutionnaire sur celle d’une organisation réformiste » et pour le moment appelait à s’opposer à la garde à vue et aux arrestations préventives. Dans une tribune du Monde, le 12 août 1970, sous le titre « La paix des esclaves », il appelait à former des comités de défense de la Palestine.

Gilbert Mury enseignait toujours à l’IUT de Bordeaux. Le ministre de l’Éducation nationale Olivier Guichard en 1970 refusa de renouveler son détachement et le nomma à Charleville à partir de la rentrée d’octobre. Devant cette mesure, une protestation s’éleva, animée par les militants d’extrême-gauche. Les articles dans la presse se multiplièrent dont « L’escalade continue » (Le Monde, 15 octobre 1970). Des étudiants de l’IUT se mirent en grève le 23 novembre 1970 et publièrent, à partir de décembre, Le Bâillon. Mensuel débile et pas politique pour deux sous réalisé par les étudiants grévistes de l’IUT.

Du 8 au 15 août 1967, Gilbert Mury participa à un voyage en Albanie avec une délégation du MCF(ml) et en revint convaincu par la nature de ce régime dirigé par les communistes. Selon le rapport des renseignements généraux du 9 mars 1970, alors qu’il éditait un livre, chez Maspero, sous le titre L’Albanie terre de l’homme nouveau, il allait être reçu à l’ambassade d’Albanie. Il devint secrétaire général des amitiés franco-albanaises fondées le 4 mai 1972. Chez Maspero, il présenta l’ouvrage de Enver Hoxha, Face au révisionnisme (1972).

Depuis 1971, Gilbert Mury, secrétaire général du bureau d’aide à la Révolution palestinienne, s’efforçait de créer des comités Indochine-Palestine encouragés par Front rouge, parcourant le pays pour tenir des réunions (ainsi à Paris ou à Toulouse, en mars 1973). Il défendait les droits des travailleurs immigrés. Fondateur du comité de soutien aux luttes de libération nationale des peuples arabes, membre du Mouvement contre le racisme antiarabe depuis 1968, il anima la campagne de Front rouge contre la circulaire Fontanet contre les travailleurs immigrés. Depuis 1972, il était le responsable du groupe de lutte contre la répression au Maroc. Il fut le fondateur d’un Comité antimafia. Il exprima son avis, sous des titres transparents, à divers moments de la vie politique française, ainsi dans Le Monde, « "Élections : trahison » (15 janvier 1973), ou des événements internationaux, comme « Le coup de Beyrouth et la guerre du peuple » (Le Monde, 16 avril 1973). Membre du comité de rédaction de L’Humanité rouge, il collaborait aussi à La cause du peuple et à L’Idiot international. Il signa une enquête sur les accidents du travail, Le sang ouvrier (Cerf, 1974) et, toujours aux éditions catholiques du Cerf, un autre, dans la collection « Pourquoi je vis » en 1973, On leur fera la peau, où il rassembla des articles et documents sur les mouvements pro-palestiniens et sur les bidonvilles, en tant que créateur du comité de soutien aux habitants des bidonvilles. Une autre enquête sociologique parut après son décès, cosignée par Vincent de Gauléjac sur Les jeunes et la rue. Ce qu’ils disent de leur vie quotidienne, famille, travail, violence, sexualité, drogue (Privat, 1977)

Des intellectuels français affichèrent leur solidarité. Ainsi, après son décès, Maurice Clavel signa dans Le Nouvel observateur du 2 juin 1975, un article titré « Ceux qui se cognent aux murs ». Son épouse rappela dans Front rouge, qu’elle l’avait accompagné dans ses engagements et qu’il était « profondément et fidèlement attaché » à l’œuvre de Staline.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article146593, notice MURY Gilbert, Jean, François par Jacques Girault, version mise en ligne le 20 mai 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comprend une trentaine de titres, dont les principaux ont été cités dans le texte dessus.

SOURCES : Arch. Nat., F7/15750 2, dossier 26815 (Renseignements généraux). — Presse nationale. — Divers sites Internet.

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