MOUILLET Edmond [né MOUILLET François, Edmond]

Par Jacques Girault

Né le 30 mars 1911 à Provenchères-sur-Meuse, commune fusionnée et devenue Val-de-Meuse (Haute-Marne), mort le 29 septembre 2001 à Chaumont (Haute-Marne) ; instituteur en Haute-Marne ; militant syndicaliste du SNI, membre du bureau national ; militant socialiste.

Edmond Mouillet dans les années 1990
Edmond Mouillet dans les années 1990

Descendant d’une famille d’enseignants, fils d’instituteurs, Edmond Mouillet reçut les premiers sacrements catholiques. Élève de l’école de Bourbonne-les-Bains, il entra à l’École normale d’instituteurs de Chaumont en 1927. Titulaire du brevet supérieur, nommé instituteur à Maranville, il effectua son service militaire d’avril 1932 à mars 1933. Devenu athée, il se maria religieusement en août 1933 à Chaumont. Le couple eut deux enfants qui reçurent les premiers sacrements.

Après quelques mois d’enseignement à Riaucourt, instituteur en octobre 1934 en classe unique à Rennepont, Edmond Mouillet fut mobilisé le 29 août 1939 dans l’infanterie. Démobilisé en août 1940, il reprit son poste.

Edmond Mouillet fut nommé, à la Libération, instituteur dans les classes nouvelles (6e et 5 e) du lycée de Chaumont. Sa désignation comme professeur principal irrita les professeurs de l’établissement secondaire. Déçu de l’échec de cette tentative de démocratisation, il préféra, en 1948, retourner enseigner le français, comme professeur au cours complémentaire Voltaire de Chaumont dont il assura la direction après le décès de René Naudin* en octobre 1962. Maintenu comme directeur de l’établissement devenu collège d’enseignement général, il refusa d’en devenir principal lors de sa transformation en collège d’enseignement secondaire qui ne se fit qu’après son départ à la retraite en 1966. Son implication dans la vie culturelle locale s’exerça principalement dans le ciné-club et les Jeunesses musicales de France.

Membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, Edmond Mouillet devint secrétaire général de la section à partir de l’année 1957-1958. Il participa aux débats des congrès nationaux ou des conseils nationaux, exprimant souvent des divergences avec les analyses de minoritaires « cégétistes » qu’il écoutait attentivement.

Lors des congrès du SNI, Edmond Mouillet intervenait et « quand il était annoncé à la tribune pour intervenir, la salle se remplissait, tous courants confondus » (Guy Georges). Il donna son avis sur les luttes laïques dans la discussion du rapport moral, le 18 juillet 1957. Il fit partie de la commission des résolutions lors de la première séance du congrès de Brest, le 17 juillet 1958. Il intervint le lendemain pour lever "des équivoques", car selon lui, les amis de la « tendance Fournial », qui prétendaient que « le SNI s’est racheté depuis mai », feraient mieux de se consacrer « constamment » à la « défense de la liberté », comme la majorité du syndicat. Le 7 juillet 1959, il répondait « aux critiques de la minorité sur les luttes laïques ». Après s’être réjoui du succès de la pétition laïque, le 5 juillet 1960, il se félicitait de l’appel du SNI pour la négociation autour d’une « table ronde […] pour mettre fin à la guerre d’Algérie ». Le 13 juillet 1962, il nota que le FLN souhaitait la coopération du SNI, ce qui constituait, selon lui, la « meilleure réponse à ceux qui accusaient le SNI pour sa politique algérienne ». Il se distinguait par sa position sur la guerre d’Algérie, sa sévérité vis-à-vis du pouvoir gaulliste (« 400 cervelles d’oiseaux sous un même képi », juillet 1958), sa fidélité au plan Langevin-Wallon avec la continuité de l’école et du collège.

Lors des réunions du conseil national, Edmond Mouillet fut assesseur le 31 mars 1958. Le 23 décembre 1960, il souhaita que le SNI ne donne pas de consigne de vote lors du référendum sur l’autodétermination de l’Algérie, estimant que le projet devait être adopté « à une indiscutable majorité ». Dès 1959, devant les menaces vis-à-vis des libertés (presse, réunions ....), il proposa, au nom du SNI, de créer un comité départemental de défense des libertés pour que les partis de gauche et les organisations syndicales puissent se rencontrer périodiquement. Ce comité, qu’il anima avec Guy Georges, permit des prises de position commune dans la presse et une meilleure connaissance réciproque des diverses sensibilités.

Edmond Mouillet signait régulièrement les motions d’orientation présentées par la majorité pour les congrès du SNI intitulées à partir de 1963 « Pour un syndicalisme indépendant, réaliste et constructif ».

Lors de la journée d’études du SNI, le 15 février 1963 sur les CEG, Edmond Mouillet présenta un rapport intitulé « Éducation et loisirs dans les CEG et autour des CEG ». Au congrès, le 8 juillet 1963, il prit position contre le projet d’intégrer les CEG dans les enseignements de second degré et lança un appel « pour que chacun reste instituteur d’esprit et de cœur et se sente fier de le rester. » A partir de 1964, furent mises en place des journées nationales d’études au printemps de chaque année. L’organisation de ces journées d’études pédagogiques fut confiée à Jeanne Lordon qui les conçut comme résultant d’une préparation collective. Elle s’occupa spécialement des conditions de travail, de l’action éducative et de la formation des maîtres. La première en 1964 examina les conséquences de la prolongation de la scolarité ; la deuxième en avril 1965 prolongea le rapport d’André Ouliac* au congrès de Lille sous le titre général « L’enseignement primaire, élément fondamental de la mise en œuvre d’une véritable réforme de l’enseignement ». Mouillet anima le groupe d’études sur « Le prolongement de l’école primaire : l’enseignement au niveau du premier cycle va devenir un enseignement de masse : plus que jamais les méthodes primaires y ont leur place et répondent aux besoins d’enfants de plus en plus nombreux ». Il présenta un rapport sur ce thème lors de la session générale et syndicale d’études à Paris (8-10 avril 1965) sur le thème « Sauver et ennoblir l’École primaire ». Il y préconisa l’application des méthodes de l’enseignement primaire aux classes de CEG qui devaient permettre notamment le succès des classes de transition.

Ses activités pédagogiques et culturelles se traduisirent dans des chroniques régulières sur les disques dans L’Ecole libératrice à partir d’avril 1962, puis par des lectures expliquées en liaison avec une œuvre d’art et, plus tard, « Les langages de la culture » au début des années 1970.

Edmond Mouillet fut élu au bureau national du SNI en seizième position sur la liste conduite par Pierre Desvalois, le 22 décembre 1963. Membre des commissions sociale, des œuvres et des réalisations sociales, il présenta, lors du congrès de Lille, le 7 juillet 1964, le rapport sur « l’Université face aux moyens d’information des masses ». Responsable du comité de spécialité des CEG, il ne fut pas candidat au BN en décembre 1965.

Edmond Mouillet, animateur de la Fédération de parents d’élève (Cornec), affichant une hostilité aux orientations du Parti socialiste SFIO dirigé par Guy Mollet, devint responsable départemental de la Convention des institutions républicaines. Ses membres adhérèrent au Nouveau Parti socialiste en 1969. Après le congrès d’Épinay, il rejoignit le Parti socialiste en 1971 et approuva avec ses amis les analyses du CERES. Devenu premier secrétaire fédéral du Parti socialiste en 1972, il fut reconduit dans cette responsabilité en 1975. Des sections locales furent créées et un journal gratuit, financé par la publicité La Haute-Marne socialiste, vit le jour. Des difficultés intervinrent par la suite. Pressenti pour être candidat aux élections législatives de 1973 par la fédération dans la deuxième circonscription, il refusa. Il eut à gérer le ralliement au programme commun de gauche, puis l’adhésion du PS d’Edgar Pisani lors de son élection au Sénat en 1974. La direction du Parti socialiste tenait à aider Robert Genest, adjoint au maire radical-socialiste, à conquérir un siège de conseiller général alors qu’il avait soutenu la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle. Pour les élections de septembre 1973, dans le canton de Chaumont-Sud, le bureau exécutif national décida que le candidat socialiste se retirerait pour ce radical-socialiste en raison des accords nationaux. Mais le comité fédéral, malgré la décision nationale, décida qu’il y aurait un candidat socialiste Jacques Greliche au premier tour. Le bureau exécutif du PS fit déférer le secrétaire fédéral devant la commission nationale des conflits qui blâma la fédération pour "indiscipline", suspendit Edmond Mouillet pour deux ans et exclut Greliche. Peu de temps après, son remplaçant n’assurant plus ses fonctions, il se chargea de l’intérim. Il démissionna du Parti socialiste et se replia sur ses activités culturelles (musique, conférences périodiques à Chaumont).

Sympathisant de la Libre Pensée et de la Ligue des droits de l’Homme, animateur du club des retraités de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, Edmond Mouillet fut enterré civilement. Guy Georges lui rendit hommage lors des obsèques et son texte fut publié dans le Bulletin de l‘association des anciens des écoles normales de Haute-Marne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article146495, notice MOUILLET Edmond [né MOUILLET François, Edmond] par Jacques Girault, version mise en ligne le 16 mai 2013, dernière modification le 19 novembre 2018.

Par Jacques Girault

Edmond Mouillet dans les années 1990
Edmond Mouillet dans les années 1990
Edmond Mouillet dans les années 1990
Edmond Mouillet dans les années 1990

ŒUVRES : Recueils poétiques édités par Dominique Guéniot à Langres, Le temps va, sais-tu bien ? (1985) et Haltes heureuses ; reflets de jours ( 1987). — En collaboration avec Marc Vaisbrot, « La vie populaire de la France du Moyen-Age à nos jours », t. IV du Peuple en lutte, Editions Diderot, 1966, p. 156-362.

SOURCES : Renseignements fournis par les enfants de l’intéressé. — Arch. Fondation Jean Jaurès, 13 EF 52. — Presse syndicale. — Notes de Guy Georges et de Gilles Morin. — Sources orales.

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