NEFF Anne-Marie, Emma

Par Michèle Rault

Né le 21 avril 1921 à Paris (XIe arr.), morte le 15 septembre 2012 au Havre (Seine-Maritime) ; ouvrière, enseignante ; membre de la Mission de France féminine (MDFF) à partir de 1949, permanente de la MDFF à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1959 à 1965, membre des équipes MDF de Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), Givors (Rhône), Alger (Algérie), Melun (Seine-et-Marne), Le Havre (Seine-Maritime).

La famille d’Anne-Marie Neff subit les conséquences de la guerre de 1870. Pour ne pas avoir à servir l’armée allemande, son grand-père paternel quitta Mulhouse (Haut-Rhin), ville annexée à l’Allemagne, et s’installa en Russie. Autodidacte faisant des recherches sur les teintures de tissus, il travaillait comme ouvrier dans une usine de tissage en France et devint contremaître dans son pays d’adoption. Son père naquit, au cours de cet exil, à Moscou en 1890. De retour en France, il obtint un brevet commercial et exerça la profession de vendeur avant la Première Guerre mondiale. En 1915, il fut grièvement blessé à Verdun et entra dans l’administration sur le contingent des emplois réservés aux mutilés de guerre. Du côté maternel, la famille quitta également l’Alsace après 1870 pour s’établir à Gérardmer (Vosges) où son grand-père créa, au début du siècle, une petite fabrique de cuisinières. Celui-ci, tombé malade pendant la Grande Guerre, confia la gestion de l’entreprise à sa fille. Au cours d’un voyage qu’elle effectua pour acheter des pièces détachées, elle rencontra Roch Neff, employé aux écritures à la Préfecture de Paris. De leur union naquirent cinq enfants dont Anne-Marie Neff fut l’aînée. L’un et l’autre étaient influencés par le catholicisme social et le Sillon de Marc Sangnier*. Adhérents à la CFTC et au Mouvement des démocrates chrétiens, ils étaient lecteurs de Temps présent et de La Vie spirituelle, publications dominicaines.

À l’âge de treize ans, Anne-Marie Neff se sentit attirée par Dieu et commença la lecture des Évangiles. Elle fit sa scolarité dans différentes écoles privées à Paris puis à Melun (Seine-et-Marne) où la famille s’était établie. Élève brillante, elle obtint le baccalauréat à l’âge de dix-sept ans. Elle intégra alors la Faculté des sciences et l’Institut catholique de Paris pour étudier la chimie et la géologie. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale la conduisit sur les chemins de l’exode jusqu’à Brive (Corrèze). De retour à Paris, ressentant un « besoin de réflexion », elle s’engagea dans des études de philosophie, fit deux années de khâgne au lycée Fénelon et décrocha la licence en 1943. Elle enseigna la philosophie pendant l’année scolaire 1943-1944 et envisagea de passer l’agrégation. Malgré un début de tuberculose, elle prépara son mémoire préalable qui avait pour sujet, la connaissance de Dieu chez Saint-Augustin.

Depuis ses années au lycée, Anne-Marie Neff était militante de la Jeunesse étudiante catholique (JEC). La participation aux camps organisés par ce mouvement d’action catholique, des rencontres – notamment celle du jésuite Yves de Montcheuil, professeur de théologie – et la lecture des numéros clandestins de Témoignage chrétien nourrissaient son aspiration à une Église plus ouverte. Elle entendit parler de la Mission de France (MDF) qui formait des prêtres en vue de leur insertion dans le monde ouvrier, rencontra des militants ouvriers et un responsable jociste. Elle s’intéressait aux actions des instituts de culture ouvrière fondés par la JOC et pensait s’investir dans le monde ouvrier par le biais de la culture, voie qu’elle abandonnera. En 1947, elle prit la décision de ne pas continuer ses études de philosophie et d’aller travailler en usine. Elle trouva un emploi dans l’industrie pharmaceutique à Melun et adhéra à la CGT. La même année, elle fit la connaissance, décisive, de membres de la Mission de France féminine (MDFF), vivant dans une cabane en bois sans confort à Colombes (Seine), puis celle du prêtre François Laporte et d’Émilienne Josset. Celle-ci coordonnait ces équipes MDFF de femmes chrétiennes laïques ayant choisi de partager la vie des ouvriers, au moment où nombre de chrétiens s’interrogeaient sur le rapport de l’Église à la classe ouvrière. L’année suivante, certaine de vouloir « se consacrer au monde ouvrier », ne se sentant pas attirée par une vie religieuse classique et désirant rester laïque, Anne-Marie Neff rentrait à la Mission de France féminine dont elle suivit, de septembre 1948 à juillet 1949, la session de formation qui se déroulait à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Elle rejoignit une équipe MDFF du Petit-Colombes (Seine) et travailla comme manœuvre dans plusieurs usines, une chocolaterie, une fabrique de bottes en caoutchouc. En 1951, elle partit « en mission » à Givors (Rhône) où se trouvaient des prêtres de la MDF, afin de former une équipe MDFF avec Renée Robert, une autre équipière qui, venant d’un milieu très pauvre, l’influença beaucoup. Elle trouva un emploi dans une usine de pâtes alimentaires.

L’année 1959 marqua un tournant dans l’engagement d’Anne-Marie Neff. Élue permanente de la MDFF, elle quitta le travail en usine. Elle revint donc à Ivry-sur-Seine pour assurer la formation des nouvelles équipières et le suivi des équipes réparties dans l’hexagone et outre-mer (Algérie, Tunisie). Parallèlement, elle donnait des cours d’alphabétisation à des femmes algériennes et dans une usine du XIIIe arrondissement. Après avoir été permanente pendant six ans avec Andrée Soulard puis Claude Boussac, elle voulut partir en Algérie où se trouvait une équipe depuis 1952. En attendant la disponibilité de sa co-équipière, Odette de Jandin, elle fit de la formation professionnelle pour des adolescents étrangers en échec scolaire. En septembre 1967, elle arriva à Hussein Dey (Algérie), travailla comme employée aux ateliers de la SAEMAF (entreprise de freinage pour camions) puis devint professeur de français dans un lycée algérien de filles à Kouba, dans la proche banlieue d’Alger. Elle faisait équipe avec Odette de Jandin, infirmière à l’hôpital Mustapha. Pour des raisons familiales et éthiques, ne voulant pas « prendre le travail des Algériennes », elle décida de revenir en France en 1974. Elle reprit ses cours pour adolescents étrangers à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) et travailla à la maison familiale de Melun. En pré-retraite à soixante ans, après avoir été licenciée pour raisons économiques, elle suivit des cours de « français langue étrangère » à la Faculté de Vincennes (Val-de-Marne) et se consacra à l’alphabétisation, au soutien scolaire et milita pour la défense des droits des immigrés. En 1988, elle partit pour Le Havre (Seine-Maritime) afin de former une nouvelle équipe avec Lucienne Chatain. Proche de l’équipe de prêtres de la MDF et du mouvement ATD-Quart monde, elle s’engagea à l’Association havraise pour l’intégration des populations étrangères (AHIPE) dont elle devint secrétaire et se consacra, jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, à l’entraide scolaire, à l’alphabétisation ainsi qu’à l’organisation d’ateliers de vie quotidienne pour des femmes d’Afrique noire et du Maghreb. Enfin, elle se chargea du classement des archives des équipes d’Ivry et de leur transfert aux Archives nationales du monde du travail à Roubaix.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article146372, notice NEFF Anne-Marie, Emma par Michèle Rault, version mise en ligne le 12 mai 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Michèle Rault

SOURCES : Archives de la Mission de France féminine et des Équipes d’Ivry, Archives nationales du monde du travail, Roubaix. — Jean Giard, Cinquante ans aux frontières de l’Église. De la Mission de France aux Équipes d’Ivry, L’Harmattan, 1995. — Michèle Rault, « Femmes missionnaires en banlieue rouge », La mission en France des années 1930 aux années 1970, Karthala, 2009, p. 43-55 ; « Missionnaire dans le monde ouvrier : naissance de la Mission de France féminine », L’autre visage de la mission : les femmes, Karthala, 2011. — Témoignage d’Anne-Marie Neff, 1997-1998. — Entretiens avec Alain Le Négrate, 2003.

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