NACE Rémy

Par Gérard Leidet

Né le 1er octobre 1934 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le 17 mai 2016 ; employé puis représentant de commerce (VRP), militant associatif (FSGT), syndicaliste CGT et membre du Parti communiste français (1952-1988).

Rémy Nace est le fils de Aimé Nace* et Mireille Imbert. Son père serrurier de profession était militant ajiste et syndicaliste à la CGT. Militant communiste aux ADN (Aciéries du Nord), il diffusait le journal Rouge-Midi (un temps quotidien) et était considéré comme un « meneur », un homme d’une grande rigueur morale. Sa mère était employée à l’entreprise de fabrication des bandes Velpeau.

Dans son enfance Rémy Nace fut marqué par l’influence de son instituteur, Monsieur Bourdelon, un militant libertaire qui était un adepte de l’Espéranto auquel il initiait ses élèves lors des études surveillées. Il poursuivit ses études au cours complémentaire de la rue du Docteur Escat jusqu’en classe de troisième, un établissement scolaire marseillais qui fut l’un des premiers à intégrer des classes mixtes. On était en 1949 et le jeune adolescent qui avait perdu son père quelque temps auparavant – décédé prématurément en octobre 1945- ne put prolonger ses études (il espérait devenir professeur de mathématiques) car il dut subvenir aux besoins de sa famille. Il aida alors sa mère qui tenait un kiosque à journaux à Marseille après avoir été la secrétaire d’Yvonne Estachy (militante communiste et conseillère municipale de Marseille, qui fut plus tard députée entre 1951 et1958). L’engagement syndical puis politique de Rémy Nace prit sa source dans le souvenir du parcours militant de son père et dans le climat social agité de l’après-guerre à Marseille. Il participa à sa première manifestation le 14 novembre1947, lors des obsèques de Vincent Voulant*, un jeune ouvrier communiste tué dans des circonstances tragiques ; un contexte troublé donc qui marqua profondément le jeune adolescent.

En effet, la France de l’après-Libération était secouée par une vague de grèves dites « insurrectionnelles » qui se développaient et comptèrent parmi les luttes sociales les plus « âpres de ce demi-siècle ». Le mouvement de grèves toucha d’abord le sud du pays, en commençant à Marseille par l’arrestation en novembre de quatre militants de la CGT alors que montait la protestation contre l’augmentation du prix des tramways. Les incidents se succédèrent alors dans la cité phocéenne ; le Palais de Justice fut pris d’assaut après la décision de justice qui maintenait les inculpés en détention. La journée s’acheva tragiquement : des " nervis " tirèrent sur les manifestants qui mettaient à sac les " boîtes de nuit " des quartiers chauds : « À Marseille dans l’après-midi du vendredi 14 novembre, les obsèques de Vincent Voulant sont l’occasion d’une nouvelle extension du mouvement. Un cortège de plusieurs milliers de personnes part de la Bourse du Travail pour aller rejoindre le cortège funèbre devant les Aciéries du Nord (là où travailla le père de Rémy Nace, NDA) et l’accompagne jusqu’au cimetière Saint-pierre. Pendant cet après-midi, Marseille est pratiquement une ville morte, les commerçants ayant tiré les rideaux et les traminots immobilisé leurs véhicules… ». (Robert Mencherini, op cité, page 28).

De cette époque date sans doute son opposition manifeste à Gaston Defferre à qui il ne pardonna jamais son attitude « déloyale » du 27 octobre 1947 (lors de la première réunion du conseil municipal issu des récentes élections, celui-ci se maintint au troisième tour permettant ainsi au RPF Michel Carlini de l’emporter sur Jean Cristofol, le maire communiste sortant) et son hostilité face à la création du syndicat CGT-Force ouvrière. Ce double ressentiment allait accompagner sa vie militante et citoyenne.

A cette époque Rémy Nace militait déjà à la Fédération sportive et gymnique du Travail (FSGT), un des « actes fondateurs » de ses engagements où il disait « avoir tout appris et s’être révélé à lui-même ». Il eut très tôt des responsabilités régionales à la FSGT : à l’âge de quinze ans il était responsable des activités de plein air et membre des « Amis de la nature », puis membre du bureau régional du plein air il fut secrétaire de ce même BRPA en 1951, avant de devenir, une décennie durant (1968-1979), vice-président de la FSGT 13.

Dans l’intervalle, en 1950, Rémy Nace avait rejoint l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF) qui avec ses 250 000 adhérents depuis 1945 était alors le mouvement politique de jeunesse le plus important du pays, avant d’adhérer au Parti communiste français en 1952. Dans le même temps il fréquentait les Auberges de jeunesse de la région, notamment celle d’Allauch créée par le poète occitan Jorgi Reboul* pendant le Front populaire, animée par son père et par l’institutrice Antonia Gérardy puis celle de La Ciotat inaugurée plus tard. Il prit part aux débats qui agitaient les différents mouvements ajistes et les associations d’éducation populaire (AIL, Francas, mouvement Léo Lagrange). Depuis 1938 en effet, la longue période de développement où apparaissaient différents courants ajistes se clôturait et devait aboutir en 1956 à la création de la Fédération Unie des Auberges de Jeunesse (F.U.A.J.) qui rassemblait enfin tous les courants ; une unification qui se réalisa d’ailleurs à Marseille de manière anticipée puisqu’elle fut effective dès 1954. L’idée dominante pour lui et ses camarades, développée par le Parti communiste, était que « face à l’Etat il fallait être fort et uni ». Rémy Nace devint alors secrétaire adjoint départemental de la FUAJ avec Gaby Reynaud (secrétaire) et Etienne Giraud (président).

Sur le plan professionnel Rémy Nace exerça alors plusieurs métiers. Il fut ainsi, entre 1950 et 1952, embauché comme magasinier puis employé de bureau aux établissements Milhaud et Rosa, grossiste en fruits secs. En mai 1952, il opta pour l’optique et la lunetterie (fabrication de verres de lunettes). C’est en 1954 qu’il adhéra à la CGT sous l’influence de Fernand Bertrand journaliste au quotidien communiste La Marseillaise. En novembre 1959, Rémy Nace devint représentant-VRP chez Singer puis Phénix assurances pour enfin se fixer en octobre 1960 comme représentant et technicien pour les appareils de photocopie chez Kodak. Dans cette dernière entreprise le débat social, était animé par François Torelli, militant de la CGT-FO. C’est entre 1965 et 1968 que Rémy Nace devint secrétaire général CGT du syndicat des VRP pour les Bouches-du-Rhône, membre de fait de l’Union départementale CGT. En 1968, la grève qui éclata chez Kodak d’abord à Vincennes, Sevran, et Châlon-sur-Saône, suivie à 80 % par le personnel s’étendit à l’ensemble des autres établissements. Lors d’une réunion du personnel à Marseille, animée dans un premier temps par François Torelli qui insistait sur les aspects matériels des conditions de travail, Rémy Nace désireux d’apporter une analyse sociale plus complète, proposa l’adoption d’un cahier de doléances et fit voter à bulletins secrets l’appel à la grève, suivi par 70 % du personnel marseillais. À partir du 13 mai, et pendant trois semaines, l’entreprise Kodak-Marseille qui comprenait 300 salariés dont 200 ouvrières fut fermée et occupée dans un contexte de grève générale. L’inauguration du nouvel établissement, désormais situé au Redon (quartier du 9e arrondissement de Marseille), prévue ce jour du 13 mai avec la participation de Gaston Defferre, n’eut jamais lieu. Avec le soutien de Marius Colombini alors secrétaire général de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône (lequel devait laisser la place à Henri Sarrian* en 1970) et de Raphaël Marseille (CGT chimie), la création de la section syndicale d’entreprise (SSE créée par la Loi du 27 décembre 1968 en application des accords de Grenelle) était en cours. Rémy Nace en fut le premier délégué syndical CGT, élu également secrétaire du CE, ce qui fut contesté par la direction car l’entreprise du Redon n’était pas considérée comme un établissement autonome mais comme une antenne de Kodak-Paris. Il fut ainsi pendant près de vingt ans le représentant syndical de la CGT au CCE Kodak puis au comité européen du groupe après avoir suivi toutes les écoles de formation centrale de son syndicat. Enfin, entre 1988 et 1994, Rémy Nace assuma la direction des stages de formation au centre CGT Benoît Frachon à Courcelles-sur-Yvette en direction des CE et CCE pour la Fédération chimie.

Sur le plan politique, Rémy Nace fut très influencé par Célestin Dujardin, responsable communiste de la section du 6e arrondissement, considéré comme « le Maire de Castellane » (quartier de Marseille). Membre du Parti communiste durant près de quarante ans (1952-1988), il suivit l’école fédérale « moyenne » du Parti (15 jours), puis effectua plusieurs voyages dans les pays de l’Est, notamment en 1967 lors des « Spartakiades » de Prague qui durèrent un mois. En effet, l’URSS avait choisi quinze ans auparavant de rejoindre les Jeux olympiques d’Helsinki, en 1952, afin d’apaiser les tensions à propos de la Guerre froide et les Spartakiades internationales cessèrent. Cependant le terme demeura pour désigner différents événements sportifs internes, du local au national, avec les Spartakiades du Peuple et de l’URSS ; c’est ainsi que les premières Spartakiades soviétiques eurent lieu en 1956. À propos de ces années-là, s’il approuva la direction du Parti dans son analyse de l’insurrection de Budapest en octobre et novembre 1956 - craignant un retour d’une « dictature du type de celle de l’amiral Miklós Horthy » - il fut soulagé par l’intervention de Waldeck Rochet lors du printemps de Prague de 1968. Sa prise de distance avec le militantisme communiste s’exerça lors du tournant de la rigueur en 1983-1984. Rémy Nace ne reprit pas sa carte lors du soutien du PCF à François Mitterrand* à l’approche du second tour de l’élection présidentielle de 1988. A cela s’ajoutèrent des déceptions consécutives à des pratiques locales et départementales qu’il jugea trop « bureaucratiques » même si des militants tels Marcel Benassi, [Louis Gazagnaire-S24948] et Marcel Tassy* le marquèrent durablement. Désenchanté politiquement, il espéra longtemps connaître les temps de « l’homme nouveau » entrevu dans sa jeunesse militante. Toujours électeur communiste, lecteur assidu de l’Humanité, participant à toutes les initiatives du mouvement social à Marseille (manifestations, meetings), Rémy Nace conserve de fortes convictions demeurées intactes grâce à la constitution du Front de Gauche qui représente un espoir pour lui.

A la suite d’une rencontre avec l’historien Robert Mencherini, Rémy Nace adhéra en 2007 à l’association Promémo (Provence mémoire et monde ouvrier) qui rassemble les Amis du Maitron en Provence. Il en rejoignit le bureau l’année suivante pour y occuper la fonction de trésorier. Cette implication lui permit de mettre à profit un intérêt ancien pour l’histoire et la mémoire du mouvement ouvrier.

Rémy Nace s’était marié en juin 1956 avec Jacqueline Kac, rencontrée aux « Amis de la Nature ». De cette union naquirent Lionel en 1961 et Christian en 1963. Divorcé en juin 1971, Rémy Nace se remaria avec Gisèle Brito en 2002 avec laquelle il vivait maritalement depuis 1976. Il réside à Peynier (Bouches-du-Rhône) depuis 1979.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article146161, notice NACE Rémy par Gérard Leidet, version mise en ligne le 25 avril 2013, dernière modification le 24 octobre 2016.

Par Gérard Leidet

ŒUVRE : Rémy Nace a participé à la rédaction de la revue Promémo (« Mémoire ajiste », in le Bulletin de Promémo n° 7, décembre 2007 ; « une expérience culturelle avec le CE », in le Bulletin de Promémo n° 15, mai 2013). Il a rédigé une contribution, « La Commune en chantant » dans l’ouvrage collectif Autour de la Commune de Marseille, aspects du mouvement communaliste dans le Midi, ed Syllepse, 2013 (sous la direction de Gérard Leidet et Colette Drogoz).

SOURCES : Robert Mencherini, Guerre froide, grèves rouges ; Parti communiste, stalinisme et luttes sociales en France ; les grèves « insurrectionnelles » de 1947-1948 ; éd Syllepse, 1998. — Entretien avec le militant, 17 juillet 2012. — Archives FSGT 13. — Archives fédération des BDR du PCF.

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