NODIN Jacques, André

Par Romain Vila

Né le 6 mai 1947 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; secrétaire administratif, sous-préfet puis préfet ; responsable de la section CFDT de la préfecture du Val-de-Marne (1972-1976), du syndicat Interco du Val-de-Marne (1974-1976), permanent de la branche des communaux (1976-1977) puis secrétaire général de la Fédération Interco CFDT (1977-1992), membre du bureau national de la CFDT (1980-1992), vice-président du Conseil supérieur (CSFPT) (1989-1992) et du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).

Jacques Nodin
Jacques Nodin

Fils d’André Nodin, contremaître à la SNCF, et d’Hélène Miossec, femme au foyer, Jacques Nodin, aîné d’une fratrie de cinq enfants, était issu d’une famille catholique et militante : son père fut responsable syndical CFTC-CFDT à la SNCF de Marseille, milita au PSU (candidat sur la circonscription de François Billoux en 1968) et au PS ; son grand-père maternel, Louis Miossec, rejoignit à partir du 1er juillet 1940 les Forces françaises libres (FFL) en Bretagne (mort pour la France), tandis que son grand-père paternel, Élie Nodin, jaurésien, était un cheminot syndiqué à la CGTU, fier d’avoir participé aux grèves de 1936. Un grand-oncle maternel (famille Le Cauguan) participa à la Résistance à Marseille. Enfin, l’un de ses frères, Joël Nodin, allait être responsable régional de SUD-Rail (région PACA) et son beau-frère militera à la CGT-FO cheminots.

Dès l’âge de dix-douze ans, Jacques Nodin accompagna son père pendant les vacances aux Écoles normales ouvrières (Bédoin, Vaucluse) et, les années suivantes, participa aux réunions en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Alors qu’il habitait les quartiers nord de Marseille à La Cabucelle – où les militants communistes étaient bien implantés autour de François Billoux –, il fréquenta des patronages animés par les prêtres-ouvriers Jacques Loew et Antoine Coulange. En 1961, il adhéra à la JOC, puis siégea au Conseil national restreint (CNR) en tant que responsable pour le sud-est sans toutefois être permanent. En même temps, il rallia les rangs du PSU en 1965 et de l’UNEF en 1967. S’il fut sensibilisé à l’importance de la dimension collective, son engagement lui fit abandonner la pratique religieuse.

Jacques Nodin avait fréquenté des lycées professionnels (brevet supérieur d’enseignement commercial) et les universités d’Aix-Marseille et de Paris I (licence en sciences économiques). En 1972, il débuta sa carrière professionnelle comme secrétaire administratif contractuel à la nouvelle préfecture du Val-de-Marne. Marqué par le contexte syndical marseillais, il créa la section CFDT de la préfecture. Celle-ci, comptant de nombreux adhérents, souvent jeunes, bouscula les traditions feutrées des préfectures. Elle releva d’abord du syndicat des préfectures du département avant de s’affilier en 1974 au syndicat Interco du Val-de-Marne. En parallèle, Jacques Nodin s’investit dans la 20e section du PSU de Paris (Créteil) où il milita jusqu’à la fin de l’année 1976. À cette date, il fut appelé à la Fédération Interco pour occuper le poste de permanent fédéral issu des personnels communaux – et non des préfectures et départements –, fonction qu’il exerça aux côtés de Georgette Bidet. Il fut rapidement sollicité pour occuper le poste de secrétaire général de la Fédération, en remplacement d’Yves-Marie Marionneau qui ne put assumer cette responsabilité pour raisons personnelles.

En 1977, au cours du IIe congrès fédéral (Autrans, 19-23 avril 1977) qui constitua l’acte fondateur de l’organisation, il fut élu secrétaire général de la Fédération Interco CFDT en remplacement de René Bellanger* (issu du secteur de la police). Dans un premier temps, Jacques Nodin travailla étroitement avec les secteurs organisation et formation de la confédération. Dès lors, l’activité fédérale qui se chargeait de la gestion courante des carrières, des promotions et de la discipline, s’étoffa.

Plusieurs grands chantiers marquèrent ses mandats de secrétaire général : la reconnaissance de la Fédération comme un interlocuteur crédible par les pouvoirs publics – le 17 décembre 1979, il conduisit une délégation fédérale qui, pour la première fois, rencontra le ministre de l’Intérieur Christian Bonnet ; les lois de décentralisation de 1982 ; la création du statut de la Fonction publique territoriale ; l’accord salarial – dit « accord Durafour » – sur les classifications et la grille de rémunération des fonctions publiques (notamment la suppression de la catégorie D) ; l’introduction du Glissement vieillesse technicité (GVT) dans le pouvoir d’achat ; la participation à la création du RMI et au Code de déontologie de la police ; l’expérimentation des 35 heures dans plusieurs mairies ; la convention collective unique de l’eau ; la déconcentration des service de l’État ; le statut des assistantes maternelles, des gardiens de HLM et des sapeurs-pompiers professionnels engageant la Fédération dans une politique d’action et de négociation avec les pouvoirs publics ; la défense d’un service public de qualité.

Jacques Nodin, marqué par le socialisme autogestionnaire, fut très proche des Groupes d’action municipale (GAM) et de l’Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale (ADELS), proposant la création d’entreprises publiques locales. Il contribua au lancement du débat sur le syndicalisme de résultats (faire de la négociation le moteur de l’avancée des revendications), prémices au syndicalisme d’adhérents (en lien avec le développement de la syndicalisation, mettre l’individu au centre de l’action de transformation sociale), en participant, par exemple, les 11 et 12 juin 1991, aux côtés de responsables confédéraux, du Groupe d’action pour la syndicalisation (GAPS) et d’autres fédérations, à une réunion à Bierville sur les « développeurs ». Il engagea également la Fédération dans le syndicalisme international : adhésion à l’Internationale des services publics (ISP), relations suivies avec l’UGTA (Algérie) – ou européen : contacts suivis avec le DGB (Allemagne), l’UGT (Espagne), LO (Suède), et la CGIL (Italie), participation, au nom de la Fédération, à la première conférence européenne des syndicats des collectivités locales (Belgrade, 21 au 24 novembre 1977).

En vue de l’élection présidentielle de 1981, Jacques Nodin affirmait à propos de la Fédération, qu’elle « a tout fait » pour la victoire de François Mitterrand. Lorsqu’en 1983, face à l’annonce de la politique de rigueur, la CGT appela à une grève de 24 heures afin d’obtenir une revalorisation du pouvoir d’achat par une augmentation des pourcentages, estimant que cette politique économique « était très difficile à admettre », il co-signa avec Jean-François Trogrlic une tribune libre dans Le Monde où ils souhaitaient l’intégration du GVT dans le pouvoir d’achat et des points uniformes, proposant une autre approche salariale. La rupture du partenariat traditionnel avec l’homologue cégétiste était dès lors consommée. Afin de ne pas rester isolé au CSFPT, Jacques Nodin rencontra officieusement Guy Milan et Camille Ordonneau, dirigeants de la Fédération des services publics de la CGT-FO, et entretint de bons rapports avec la FEN.

Il était devenu en 1980 membre du bureau national de la CFDT – le poids de la Fédération était reconnu –, et ce jusqu’en 1992, partageant à partir de 1989 ce mandat avec Annick Garonne. Sous la présidence de Jean-Claude Peyronnet, il exerça la fonction de vice-président du CSFPT et, à titre personnel, fit partie du courant de pensée de Pierre Héritier, étant attaché à l’unité d’action et même à un rapprochement entre la CFDT, la CGT et la CGT-FO pour la création d’une grande organisation syndicale. Si la Fédération qu’il dirigea était partie prenante du courant Edmond Maire-Michel Rolant* – en 1978, elle avait soutenu le rapport Moreau – plus tard, Jacques Nodin exprima quelques divergences sur l’orientation confédérale, comme en 1986, souhaitant que la confédération s’investissât davantage dans la mobilisation contre le projet Devaquet, marqué par la mort de l’étudiant Malik Oussekine. Bientôt, il soutint Jean Kaspar* et se rapprocha du groupe de responsables dit « groupe des 12 ». En 1991, il fut candidat à la commission exécutive de la CFDT mais ne fut pas élu. Tandis que Nicole Notat remplaçait Jean Kaspar au poste de secrétaire générale de la CFDT, il quitta l’organisation. Contre l’avis de certains responsables confédéraux qui lui préféraient Annick Garonne, Jacques Nodin choisit Alexis Guénégo pour lui succéder. La transition fut officialisée au conseil national fédéral de Paris du 19 mai 1992. Après quinze années, il laissa une Fédération qui était devenue l’une des premières organisations de la CFDT en nombre d’adhérents.

Avec l’appui du président François Mitterrand et du Premier ministre Pierre Bérégovoy, Jacques Nodin fut reclassé dans le corps préfectoral. Il occupa différents postes : directeur de cabinet du préfet de l’Allier, sous-préfet de Clamecy (Nièvre), sous-préfet de Corte (avec le préfet Érignac). En février 2009, il était entendu comme témoin au procès d’Yvan Colonna. Il fut chargé de mission au SGAR de Bourgogne, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, secrétaire général pour les affaires régionales de Franche-Comté et préfet en mission de service public.

Préfet honoraire à partir de 2007, il demeura très actif, étant tour à tour membre du cabinet de la présidente de la région Franche-Comté, Marie-Marguerite Dufay, notamment en charge de l’emploi et du dialogue social, président de l’entreprise d’insertion Envie Dijon, président du Centre régional d’études et d’actions sur les handicaps et les inadaptations (CREIA) Bourgogne, vice-président de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) de Bourgogne, membre du Comité emploi de la Fondation de France, membre du FRAC Bourgogne...

Militant de la section PS de Dijon, il fut suppléant de la candidate Françoise Tenenbaum aux élections cantonales de Côte-d’Or des 20 et 27 mars 2011. En 2012, il soutint la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle. Le 29 août 2012, avec Hervé Chaygneaud-Dupuy – vice-président de Synergence et fondateur des Ateliers de la citoyenneté –, il co-signa une tribune dans Le Monde : « Des emplois d’avenir qui manquent tristement d’imagination », appelant à une politique plus ambitieuse pour l’emploi des jeunes. En vue du 76e congrès du PS (Toulouse, 26-28 octobre 2012), il fut signataire de la contribution « Remettre l’humain au centre de la société connectée ».

En 1997, il fut fait chevalier de l’Ordre national du Mérite en tant que préfet de Corte pour ses vingt-deux ans de services civils par décret du président de la République du 10 novembre, et en 2004 le ministère de l’Emploi, du travail et de la cohésion sociale le nomma chevalier au titre de secrétaire général de préfecture, chargé de la politique de la ville, et de ses trente-deux ans d’activités professionnelles, sociales et de services civils.

Jacques Nodin s’était marié avec Marie-José Nambotin, assistance sociale au ministère des Finances, militante à la CFDT et au PS. Il avait deux enfants d’un premier mariage : Émilie Nodin (céramiste et militante associative) et Olivier Nodin (technicien supérieur et militant CFDT).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145900, notice NODIN Jacques, André par Romain Vila, version mise en ligne le 4 avril 2013, dernière modification le 1er août 2018.

Par Romain Vila

Jacques Nodin
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ŒUVRE : « Réponse sur l’orientation », Interco CFDT, 100, février-mars 1987, p. 12.

SOURCES : Arch. interfédérales CFDT, Interco CFDT, cartons 1MP2 et 2MP1. — « Première conférence européenne des syndicats des collectivités locales », Interco CFDT, 24, février 1978, p. 14. — « Des luttes... Des acquis », Interco CFDT, 42, janvier 1980, p. 2. — Didier Chastanet, « La CFDT : quelle santé ! », Interco CFDT, Édition collectivités locales, 123, septembre-octobre 1991, p. 2. — Aurélien Gaudriot, « Cantonale : 115 candidats sur les starting-blocks », La Gazette de Côte-d’Or, 237, 23 février 2011. — Avec Hervé Chaygneaud-Dupuy, « Des emplois d’avenir qui manquent tristement d’imagination », Le Monde, 29 août 2012. — Contribution thématique « Remettre l’humain au centre de la société connectée » pour le 76e congrès du PS (Toulouse, 26-28 octobre 2012). — Décret « ordre national du mérite », JORF, 265, 15 novembre 1997, p. 16 539 ; décret du 9 avril 2004 portant promotion et nomination, JORF, 87, 11 avril 2004, p. 6 830, texte n° 3. — Romain Vila, Histoire de la Fédération Interco CFDT. Du Front populaire au début du XXIe siècle, 2013, Nancy, Arbre bleu éditions. — Entretien avec Jacques Nodin, 17 mai 2010 à Dijon. — Sites internet de légifrance (http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000568610 et http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000249556&dateTexte=&categorieLien=id) (consultés le 18 mars 2013), du CREAI Bourgogne (www.creaibourgogne.org/uploads/bulletins/archives/.../332-01-0.pdf) (consulté le 18 mars 2013), de la Fondation de France (http://www.fondationdefrance.org/La-Fondation-de-France/Notre-organisation/Les-comites-d-experts/Emploi) (consulté le 18 mars 2013), de la CRESS Bourgogne (http://www.cress-bourgogne.org/la-cress/instances) (consulté le 18 mars 2013).

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