L’HERMITTE René

Par Claude Pennetier

Né le 14 mars 1918 à Paris, mort le 12 mars 2009  ; instituteur puis professeur et universitaire  ; linguiste ; titulaire d’une chaire de russe à la Sorbonne puis à Paris IV  ; correspondant de l’Humanité à Moscou puis éloigné du Parti communiste.

Fils d’un tourneur ajusteur blessé de guerre et d’une mère qui mourut lorsqu’il avait dix-huit mois, René L’Hermitte fut élevé à Montfermeil (Seine-et-Oise) puis à Gagny. Il fréquentait l’église et l’école laïque, repéré dans les deux lieux comme un enfant intelligent. Un prêtre lui proposa d’entrer au petit séminaire mais ce fut finalement le cours complémentaire qui bénéficia de cet excellent élève. Major de sa promotion de l’École normale d’instituteurs, il apprit le latin seul (première de nombreuses langues qu’il découvrit par lui-même) et obtint le baccalauréat en 1938.

Passionné de mathématiques et de langues, il acquit l’anglais, l’allemand, le russe, l’espéranto qui lui permit de nombreuses correspondances internationales y compris en URSS . Instituteur à Gagny (Seine-et-Oise), marié en 1942, il obtint une licence et un DES d’allemand.

Désireux d’entrer dans la Résistance communiste, il travailla en liaison avec les équipes clandestines, comme traducteur à la préfecture de police et récolta des informations précieuses. Cette activité fut utilisée contre lui au début des années 1950 lorsqu’il fut écarté de l’Humanité. Il en souffrit d’autant qu’il ne s’agissait pas d’attaques frontales mais d’une rumeur persistance qui l’affaiblissait sans lui permettre de répondre.

Recruté à l’Humanité après la Libération, il fut affecté tout naturellement à la politique étrangère où son don des langues fit merveille. On le vit à Londres, à Saïgon et surtout à Moscou, comme correspondant permanent, où il joua un rôle important de janvier 1949 à décembre 1950, en pleine période de vigilance soviétique envers les partis d’Europe de l’Ouest. Ce séjour dans la capitale soviétique fut une expérience majeure qui ne semble pas avoir convenu à ses interlocuteurs français et soviétiques car il perdit son poste à l’Humanité et dut revenir dans l’enseignement. Il se confia à Georges Cogniot qui le réconforta en lui disant  : « Tu leur dis m…. et tu passes l’agrégation ». Reçu au CAPES de russe en 1954 et à l’agrégation en 1955, il devint professeur à Lille et de 1956 à 1964 au lycée Condorcet de Paris.

René L’Hermitte avait déjà publié une traduction de Djanssi Kimonko, Sur les bords de la Soupkaï, aux Éditeurs français réunis (EFR) en 1951. Parrainé par Marcel Cohen qui appréciait ses réflexions sur la linguistique soviétique, il entra à la Société de linguistique de Paris où il suivit les revues soviétiques. Il travailla avec le Groupe de linguistique marxiste, et avec notamment Maxime Rodinson* et Guy Serbat.

René L’Hermitte soutint une thèse sur l’absence du verbe « être » au présent en russe, fut nommé assistant à la Sorbonne, maître de conférences puis professeur.

Personnage chaleureux, passionné, amical, il jetait un regard critique et exigeant sur l’histoire du communisme, se penchant sur les rapports de Staline avec l’Allemagne en mai 1941. En 2004,il commença une histoire du Komintern pendant les années 1939-1943, que sa santé ne lui permit pas de terminer. Il se penchait aussi sur un épisode douloureux, l’exécution par erreur de son professeur d’espéranto et ami Paul Couesnon par la Résistance communiste et le silence qui entoura longtemps cette méprise.

Homme de la banlieue nord de Paris , il vivait avec son épouse à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145820, notice L'HERMITTE René par Claude Pennetier, version mise en ligne le 28 mars 2013, dernière modification le 5 novembre 2019.

Par Claude Pennetier

SOURCES  : Témoigne oral de René L’Hermitte auprès de Claude Pennetier, 2003-2004. — Jean Breuillard, « En hommage au professeur René L’Hermitte », Revue d’études slaves, 1990, n° 62, p. 7-11 (nous devons tout sur l’itinéraire professionnel à cet hommage  ; voir aussi sa bibliographie complète).

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