MOISSONNIER Maurice

Par Jacques Girault

Né le 26 juin 1927 à Roanne (Loire), mort le 23 juin 2009 à Oullins (Rhône) ; professeur, historien ; militant communiste dans le Rhône.

Maurice Moissonnier
Maurice Moissonnier

Fils d’un facteur, d’esprit laïc, ouvert au syndicalisme, et d’une future employée des postes, Maurice Moissonnier, après avoir obtenu le baccalauréat, devint étudiant à la faculté des Lettres de Lyon. Licencié, il fut titulaire d’un diplôme d’études supérieures d’Histoire sur La Commune de Lyon.

Maurice Moissonnier fut successivement maître d’internat au collège classique de Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire) en 1946, au lycée de Bourg-en-Bresse (Ain) en 1947, puis au collège moderne des Minimes à Lyon en 1948, adjoint d’enseignement au lycée Ampère à Lyon (mars-septembre 1953), stagiaire à Sens (Yonne), à Morez (Jura), à Villefranche-sur-Saône, délégué au collège technique Fays de Villeurbanne (Rhône) en 1954-1955. Titulaire du CAPES (1956-1957), il devint professeur d’histoire-géographie au collège Ponsard de Vienne (Isère) en novembre 1957. Il obtint sa mutation pour le collège Marie Vidalenc à Lyon en 1963 avant d’être nommé au lycée Lacassagne de la rue Antoine Charrial à Lyon (3eme arr.) en 1967. Promu agrégé en 1979, il y enseigna jusqu’à sa retraite en 1987.

En avril 1944, Maurice Moissonnier, interne au collège de Villefranche, adhéra aux Forces Unies de la Jeunesse Patriotique. La culture familiale et le souvenir du massacre en 1940 des troupes sénégalaises entre Villefranche et Lyon contribuèrent beaucoup à son engagement. Le 2 mai, il voulut rejoindre le maquis mais échoua dans sa tentative. En juillet 1944, entré en contact avec le maquis de la ferme Sainte-Marie près de Saint-Etienne les Oullières-La Varenne, il devint agent de liaison puis fut intégré dans les forces armées en août 1944 comme fusilier. Il assura la protection des parachutages, participa à des embuscades et à la libération de Lyon. En relations avec un ami qui travaillait pour la DGER, il transmit des renseignements aux futurs députés Rémy Boutavant et Waldeck Rochet. Ces rapports permirent de connaître, en 1947, l’activité de la DGER en Saône-et-Loire dans le cadre de la découverte du Plan bleu, de caches d’armes pour remettre au pouvoir Charles de Gaulle.

Maurice Moissonnier épousa en février 1950 à la mairie du VIIe arrondissement de Lyon avec Henriette Adam, professeur (voir Henriette Moissonnier). Julien Airoldi, secrétaire fédéral du PCF, maire du VIIe arrondissement, les maria. Le couple eut deux enfants.

Maurice Moissonnier effectua son service militaire (mars 1952- mars 1953) dans l’aviation comme soldat de deuxième classe.

Maurice Moissonnier adhéra à l’Union de la jeunesse républicaine de France à Villefranche en 1946 et devient membre du bureau du cercle de Bourg-en-Bresse (Ain) en 1947-1948. Il adhéra au Parti communiste français en octobre 1947. Dans l’Ain, en 1947-1948, il fit partie de la commission d’éducation. A la faculté des Lettres, en 1948-1949, secrétaire du comité étudiant, il devint secrétaire de la cellule après la conférence nationale étudiante. Il participa au festival mondial de la jeunesse en Hongrie en 1949. Membre du comité de la section communiste du quartier de La Guillotière, il entra au comité de la fédération communiste du Rhône. Mais son entrée fut différée car, dans la notice biographique remplie en 1949, il n’avait pas indiqué que les informations transmises à Waldeck Rochet et à Rémy Boutavant provenaient d’un membre du BCRA. Après avoir reconnu par écrit son erreur, le 29 octobre 1949, il réintégra le comité fédéral à la conférence fédérale suivante. Membre du bureau fédéral en 1957 mais en 1959 redevint membre du seul comité fédéral. En 1958, il fit partie d’une délégation communiste en Hongrie. A la suite de désaccords politiques, il demanda à être retiré du comité fédéral en 1977, ce qui se produisit après sa décision en 1978, de quitter le PCF.

Maurice Moissonnier, candidat aux élections législatives à Lyon en 1973 dans la troisième circonscription (quartier de la Croix-Rousse), où Jacques Soustelle fut élu, obtint 4 561 voix sur 42 823 inscrits.

Militant de l’association générale des étudiants de Lyon à partir de 1946, Moissonnier, entré dans l’Education nationale, adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire et à la FEN-CGT. Actif dans les sections syndicales, il fut notamment le secrétaire des sections (S1) du SNES du collège de Villefranche en 1956-1957 et du lycée Lacassagne. Membre titulaire de la commission administrative de la section scadémique (S3) de Lyon de 1969 à 1978, il devint suppléant de 1978 à 1980.

Militant du Mouvement de la paix, Moissonnier fit partie du comité départemental en 1950-1952.

Dans La Nouvelle Critique, en février 1954, Moissonnier signa un article intitulé « L’histoire de notre peuple vue par M. Duveau ou de l‘anticommunisme à « l’européanisme » ». Dès lors, il s’engagea dans la rédaction d’articles politiques à base historique dans la presse communiste. Il devint membre du comité de rédaction de La Nouvelle Critique et en resta membre jusqu’à la disparition de la revue. Il travailla avec régularité sur l’histoire du mouvement ouvrier et la Commune de Lyon et participa à divers colloques universitaires, dont celui sur le centenaire de la Commune en 1971 où il présenta un rapport sur les communes de province. Il publia divers ouvrages aux Éditions sociales/Messidor portant sur les ouvriers lyonnais dont La révolte des Canuts. Lyon novembre 1931 (1958) réédité et augmenté en 1975 et en 1988 sous le titre Les Canuts : "Vivre en travaillant ou mourir en combattant" et la présentation de l’ouvrage autobiographique du dirigeant ouvrier, Joseph Benoit, sous le titre Confessions d’un prolétaire (1968). En 1972, parut La Première Internationale et la Commune à Lyon 1865-1871, spontanéisme, complots et luttes réelles.

Il collabora aussi au DBMOF dès sa création en 1964, à des ouvrages collectifs comme La France ouvrière (1993) sous la direction de Claude Willard, à la participation au chapitre sur le Second Empire de l’Histoire du peuple français (Livre Club Diderot) et fut membre du comité des Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes. Il enseigna régulièrement à l’Université nouvelle à Lyon.

A l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, Moissonnier participa, sous l’égide de la Fédération des œuvres laïques du Rhône, à la création de l’Association "Rhône 89" qui publia, entre 1989 et 1996, vingt-trois numéros de son journal Rhône 89 complétés des documents dans seize Cahiers de Rhône 89 - Etudes historiques sur Lyon et le département du Rhône.

Parallèlement, Maurice Moissonnier participa aux contestations de la ligne du PCF à partir de 1977-1978, dans les mouvements des « rénovateurs » et des « refondateurs ». Il quitta le PCF en 1978. Il fut, avec le communiste Guy Bois et le socialiste Stellio Farandjis, l’animateur du mouvement « Union dans les luttes » après le lancement de la pétition en décembre 1979. À partir de 1995, il présida « Ras l’front » dans le Rhône.

Par la suite, il fut un des principaux auteurs de l’Histoire mondiale des socialismes (A. Colin, 1984) dirigée par Jean Elleinstein et il poursuivit ses recherches sur l’histoire du mouvement ouvrier lyonnais. Il signa des articles du Dictionnaire critique du marxisme (PUF, 1985) et fut un des auteurs d’Images et mouvements du siècle, édité par l’Institut d’histoire sociale de la CGT (1998). Dans son projet de publier une histoire du « Mouvement ouvrier rhodanien dans la tourmente », du milieu des années 1930 à la Libération, il termina les deux premiers tomes Le Front populaire (Lyon, éditions Aleas, 2004) et Déclin et mort du Front populaire (2005) sans avoir pu achever les deux autres volumes annoncés.

Maurice Moissonnier fut un des fondateurs des Instituts CGT d’histoire sociale sur le plan national et régional (Rhône-Alpes) dans lesquels il fut très actif tout en étant le vice-président des "Amis de la Commune de Paris 1871".

Il poursuivit sa collaboration au Dictionnaire biographique mouvement ouvrier, mouvement social. Il fut un des créateurs de l’association "Mémoire Rhône-Alpes" œuvrant à la valorisation du Maitron dans la région.

Claude Mazauric, dans son hommage à Maurice Moissonnier, indiquait « Syndicaliste et communiste de toujours, militant, toujours exigeant, jamais satisfait, protestataire, critique à satiété, de gauche, de droite, d’en haut, d’en bas, à l’égard de son parti. Mais dans le combat politique de classe, on ne l’a jamais vu « s’emboucaner » de l’autre côté." (l’Humanité, 26 juin 2009)

En mai 2010, son nom fut donné à une salle de la Bourse du Travail de Lyon.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145796, notice MOISSONNIER Maurice par Jacques Girault, version mise en ligne le 27 mars 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Jacques Girault

Maurice Moissonnier
Maurice Moissonnier

ŒUVRES : Le fichier de la BNF comprenait 17 titres en 2013.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Renseignements fournis par l’épouse de l’intéressé Henriette Moissonnier. — Presse. — Notes d’Alain Bujard.

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