MOEGLIN Marie-Joseph

Par Alain Dalançon

Né le 5 juin 1919 à Kaysersberg (Haut-Rhin), mort le 7 juin 2011 à La Madeleine (Nord) ; professeur agrégé d’allemand ; militant syndicaliste du SNES dans l’académie de Lille.

photo prise en 2005 lors de l’interview de 2005 © IRHSES
photo prise en 2005 lors de l’interview de 2005 © IRHSES

Son père était instituteur de l’école publique, sa mère sans profession. À sa retraite, son père exerça une petite activité de viticulteur. Son milieu familial était catholique pratiquant. Marie-Joseph Moeglin demeura d’ailleurs fidèle toute sa vie à sa religion en restant pratiquant.

Après l’école primaire dans son village natal, il effectua ses études secondaires au lycée de Colmar (Haut-Rhin) où il eut Paul Ricoeur comme professeur de philosophie. Après sa réussite au baccalauréat (philosophie) en 1937, il fut élève en khâgne durant trois années au lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg (Bas-Rhin) et fut reçu au concours d’entrée à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1940 (2e sur 22).

A l’ENS, il était catalogué comme catholique et fut même élu « Prince tala ». Il avait entre autres pour amis, Robert Escarpit, Jean Meyriat et Maurice Clavel. Au début de l’occupation allemande, il manifesta son opposition aux lois raciales du régime de Vichy et, par solidarité avec les Juifs, selon le témoignage de Georges Snyders, il participa à la manifestation de protestation du 7 juin 1942 en descendant le boulevard Saint-Michel avec une étoile jaune à son veston. Il apporta également son concours aux réseaux de résistance de l’ENS (notamment contribution à la fabrication et à la distribution de faux papiers) mais resta par la suite très discret sur cette activité car, par modestie, il estimait n’avoir pas joué un rôle digne d’être mis en avant, comme trop de résistants de la dernière heure le firent après la Libération. Durant sa scolarité à l’ENS, il vécut chichement, car il ne retourna jamais en Alsace chez ses parents, craignant que les Allemands ne l’enrôlent.

Il fut reçu 2e à l’agrégation d’allemand en 1943, et fut nommé professeur au lycée Faidherbe de Lille en 1944, où il enseigna d’abord comme professeur de première. Il fit toute sa carrière dans cet établissement où il enseigna ensuite dans les classes préparatoires littéraires. Professeur très écouté de ses élèves, son enseignement marqua un grand nombre d’entre eux et détermina parfois leur choix de carrière. Ainsi Jean-Pierre Lefebvre, traducteur (entre autres) de Marx, estimait lui devoir beaucoup pour sa vocation de germaniste. Ses auteurs préférés étaient Heine, qu’il révérait, Hölderlin (il en voulait beaucoup à Heidegger d’avoir multiplié les contresens sur ce poète) et Goethe.

Marie-Joseph Moeglin épousa le 31 juillet 1950 à Lille, Gisèle Bigeon, ancienne élève de l’ENS (Sèvres), agrégée de mathématiques, avec laquelle il eut trois enfants : Pierre (1951), Colette (1953) et Jean-Marie (1955), tous devenus normalien(ne)s et professeurs dans l’enseignement supérieur.

Il militait au Syndicat national de l’enseignement secondaire (classique) depuis la Libération puis au SNES (classique et moderne) à partir de 1949, tout en étant membre de la Société des agrégés. Il avait succédé à Raoul Courtoux comme secrétaire de la section académique (S3) de Lille à la rentrée 1948 et prépara la fusion du SNES avec le SNCM avec René Ringot. Il figura sur la liste « A » des majoritaires « autonomes » aux élections à la commission administrative nationale du SNES (classique et moderne), de 1949 à 1966. Il estimait que l’autonomie était la moins mauvaise solution, permettant de continuer à rassembler la grande majorité de la profession dans un syndicat représentatif. Il fut donc élu suppléant à la CA nationale en 1949 et en 1950, puis titulaire de 1951 à 1964.

Au congrès national de Pâques 1953, il défendit la position de son S3 demandant l’avancement uniforme de tous les professeurs au rythme le plus favorable, s’opposant ainsi au secrétaire de la commission corporative, Robert Guitton, qui défendait le maintien du principe de la promotion au choix. Le congrès se prononça en faveur de Guitton à la suite d’un vote par appel nominal des S3, qui n’étaient cependant pas tous mandatés sur cette question, suscitant la protestation des S3 de Strasbourg, Toulouse et Lille. Marie-Joseph Moeglin, estimant par ailleurs qu’il était « indispensable, pour la vigueur de l’activité syndicale, de prévoir régulièrement le renouvellement des militants responsables » refusa de continuer à être secrétaire académique au congrès de son S3 du 19 avril suivant ; tous ses camarades, notamment Cyprien Bocquet, militant cégétiste, lui demandèrent en vain de rester ; il fut alors remplacé par Fernand Matton, également militant autonome. Il resta cependant au bureau académique où il occupa la fonction de secrétaire de la commission corporative et le S3 réussit à obtenir satisfaction au congrès de 1956 sur la revendication de l’avancement automatique qui resta un élément fondamental de la plate-forme revendicative du SNES.

Marie-Joseph Moeglin continua par la suite de siéger à la CA et au bureau académiques jusqu’à la fin de sa carrière, occupant divers postes de responsabilité, dont celui de la commission pédagogique, et resta élu titulaire de la commission paritaire nationale des agrégés de 1955 à 1973, date à laquelle il fut promu dans la nouvelle catégorie des professeurs de chaire supérieure.

Dans le nouveau SNES (classique, moderne, technique) il fut surtout une des chevilles ouvrières, avec Matton, Bocquet, René Bacquaert et André Dubus, de la création en 1967 de la liste d’Union pour gérer le S3, dont la tradition se perpétua jusqu’à nos jours. Il fut d’ailleurs un des principaux rédacteurs des statuts du nouveau S3. Il goûtait fort peu les combats entre tendances et, tout en se rapprochant du courant majoritaire « Unité et Action » dans les années 1970, il ne s’en considéra jamais comme membre, cherchant à garder en toute circonstance sa complète liberté. Ce goût de l’indépendance intellectuelle le conduisit à refuser tout encartement politique même s’il avait des idées politiques de gauche affirmées. En revanche, son engagement syndical au service de la défense de la qualité des enseignements de second degré et de leurs personnels et de la laïcité du service public fut concret et total. Peu expansif, il fut toujours très écouté dans le syndicat aussi bien au plan national qu’au plan académique, en raison de son impartialité, de sa rigueur morale et de son autorité intellectuelle.

Retraité à partir de 1979, il continua à militer au SNES. Il raconta vers la fin de sa vie, lors de deux séances d’interview collective, avec humour et toujours une grande modestie, ce qu’avait été le militantisme syndical auquel il avait participé dans l’académie et au plan national, pour servir à son histoire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145707, notice MOEGLIN Marie-Joseph par Alain Dalançon, version mise en ligne le 21 mars 2013, dernière modification le 26 décembre 2016.

Par Alain Dalançon

photo prise en 2005 lors de l’interview de 2005 © IRHSES
photo prise en 2005 lors de l’interview de 2005 © IRHSES
Photo congrès du SNES de 1971  © IRHSES.
Photo congrès du SNES de 1971 © IRHSES.

SOURCES : Arch. IRHSES. — Arch. du S3 du SNES de Lille. — Interview collective des anciens dirigeants du S3 en 2005 à Lille par A. Dalançon. — Biographie par Giles Bescot, L’Archicube, n° spécial, février 2014, p. 119. — Renseignements fournis par son fils Pierre.

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