MÉRAND Robert, Antoine, Albert

Par Michèle Vandevelde

Né le 5 novembre 1920 à Chamalières (Puy-de-Dôme), mort le 27 août 2011 à Paris (XIIe arr.) ; professeur à l’École normale supérieure d’Éducation physique, formateur et chercheur ; militant du PCF, de la FSGT et du SNEP.

Photographie extraite du DVD d’un entretien réalisé en 1992 par l’INSEP.
Photographie extraite du DVD d’un entretien réalisé en 1992 par l’INSEP.

Son père, Georges Mérand, mécanicien automobile de formation, entra en 1920 à la Banque de France où il devint contremaître principal après avoir inventé un receveur à encarteur. Il créa et entraîna l’Union sportive d’Orcet où Robert Mérand pratiqua la gymnastique et l’athlétisme dès l’âge de huit ans. Sa mère Jeanne, née David, fut employée de bureau à la Banque de France. Robert Mérand se maria en juillet 1945 à la mairie du XIIe arrondissement de Paris avec Gilberte Boussuge, professeur d’éducation physique. Le couple eut quatre enfants.

Robert Mérand, dans la deuxième moitié du XXe siècle, incarna en France et à l’étranger l’Éducation physique dont il fut un acteur décisif et l’une des pensées les plus marquantes. Homme d’action, d’innovation, il travailla en permanence dans des collectifs d’entraîneurs, d’enseignants ou de chercheurs dont les enjeux étaient toujours des enjeux de transformation des pratiques.

Après une activité fondatrice de joueur et d’entraîneur en sports collectifs, il fut professeur à l’École normale supérieure d’Éducation physique. Son engagement pour une « sportivisation » de la profession des enseignants d’Éducation physique et la construction d’un sport éducatif marqua durablement la forme originale de l’Éducation physique en France, puisant ses références dans le champ des pratiques sportives. Son enseignement influença toute une génération d’enseignants qui, pour beaucoup d’entre eux, furent des militants pédagogiques mais aussi politiques et syndicaux.
À partir de 1948, il milita pendant plus de quarante ans au sein de l’équipe dirigeante de la FSGT. Il fut responsable des stages Maurice Baquet qui, à partir de 1965 et pendant quinze ans, rassemblèrent des milliers d’éducateurs et d’enseignants français et étrangers.

Militant du Parti communiste français et du Syndicat national des professeurs d’Education physique devenu Syndicat national d’éducation physique, Robert Mérand mit constamment ses options politiques et philosophiques au service du sport et de l’éducation physique.

Après la fermeture de l’ENSEP en 1973, il devint formateur dans le cadre de la Formation professionnelle continue des enseignants d’EPS puis, en 1982, chercheur en didactique de l’EPS à l’Institut national de la recherche pédagogique. Retraité en 1986, il continua à être sollicité pour de nombreux stages ou conférences et poursuivit sa contribution à la réflexion au sein de la FSGT. Atteint d’une très grave maladie en 2002, il interrompit la plupart de ses activités.

Sportif de haut niveau, Robert Mérand fut champion de France junior en saut en longueur, international universitaire en basket-ball et capitaine de l’équipe de France de hand-ball puis entraîneur en hand-ball à Ivry et en basket-ball au Paris université club.

En 1939, il vécut les débuts d’un entraînement tactique en basket-ball avec Émile Frézot puis participa à la création en 1948 de l’Amicale des entraîneurs de basket-ball qui développa une conception de l’entraînement tout à fait nouvelle pour l’époque. Robert Mérand précisa que le matérialisme dialectique, option philosophique du marxisme, lui avait fourni une « méthode » pour comprendre le basket-ball et analyser le jeu. Penser dialectiquement, selon lui, c’était rechercher les rapports entre les choses. Le match était un rapport de forces entre deux équipes ou entre un attaquant et un défenseur au sein de ces équipes. L’observation du match devait permettre de recueillir des informations sur les rapports de forces attaquant/défenseur et l’entraînement avait pour objectif de résoudre les problèmes posés par l’adversaire dans ce rapport de forces. Cette analyse du jeu rompait avec les analyses dominantes de l’époque qui considéraient sur le plan technique les rapports joueur / ballon et sur le plan tactique l’application de combinaisons préétablies. L’analyse dialectique du jeu transformait également la conception du managérat : le joueur devenait acteur du match, créateur, inventeur de solutions et le manager devait repérer ces solutions pour en faire ensuite une base de l’entraînement. L’Amicale des entraîneurs publiait une revue, Servir le Basket, dans laquelle Robert Mérand écrivit plusieurs articles, en particulier sur le mécanisme de l’observation et la conception du managérat. Le match, la confrontation, le réel comme élément premier et l’activité créatrice du joueur comme base de l’entraînement étaient deux idées fondamentales pour Robert Mérand.

De 1936 à 1939, Robert Mérand fut élève à l’École normale d’instituteurs de Clermont-Ferrand puis, de 1940 à 1942, à l’École normale d’Éducation physique où se côtoyaient des étudiants sportifs, pour la plupart issus des ENI, et des athlètes de l’ancienne École de Joinville. La première année se déroulait au Collège national des moniteurs et athlètes d’Antibes, en zone libre puis la deuxième année à Paris dans la nouvelle ENEPS, transformée par le gouvernement de Vichy. En 1942, il fut reçu major au concours du nouveau Certificat d’aptitude au professorat d’éducation physique et sportive et nommé au lycée de Bourges puis au CREPS de Lille. Refusant le STO en Allemagne, il fut muté par décision administrative en 1943 comme moniteur dans les Chantiers de Jeunesse. En 1945, il fut nommé professeur à l’Institut régional d’EPS de Clermont Ferrand. En 1946, Jean Guimier, responsable de la formation des cadres à la Direction de la Jeunesse et des Sports, transforma l’ENEPS en deux ENSEP et proposa à Robert Mérand un poste de professeur à l’ENSEP Garçons où il enseigna les agrès puis le basket.

Dans une ENSEP où prévalait alors l’éclectisme des « méthodes », il milita pour une orientation donnant une large place au sport au cœur même de l’Éducation physique et non comme simple complément. La « sportivisation » de l’Éducation physique se fit par un recrutement favorisant l’entrée d’étudiants sportifs de haut niveau, l’idée étant de « recruter des pratiquants sportifs et de les former à la réflexion collective pour élaborer des contenus culturels sportifs en phase avec les finalités de l’école ». Robert Mérand parlait de « scolarisation » du sport à des fins éducatives. En 1965, les professeurs de sports collectifs de l’ENSEP furent à l’initiative de propositions pour une pédagogie des sports collectifs, moyens de l’éducation physique, en grande partie reprises dans les Instructions officielles de 1967 pour l’Éducation physique en collège et lycée.

La caractéristique de la pensée de Robert Mérand qui imprégna son enseignement à l’ENSEP était un lien permanent entre théorie et pratique, une problématisation constante des pratiques par un appel à une culture théorique, scientifique, philosophique très large.

Membre de la section du PCF de Joinville-le-Pont à partir de 1948, Robert Mérand fut un militant engagé en faveur de la paix, contre les armements nucléaires (appel de Stockholm), pour le soutien à Henri Martin*. Les travaux du Conseil national de la Résistance et le plan Langevin-Wallon influencèrent sa réflexion et son engagement. Il créa à l’ENSEP, en 1949, avec Maurice Lagisquet, professeur à l’ENSEP, et Marcel Berge, étudiant, une cellule du PCF dont il fut le secrétaire. Lorsqu’en 1950, il fut évincé de l’ENSEP par la publication d’un décret obligeant les professeurs à avoir enseigné au moins cinq ans en établissement scolaire, les étudiants déclenchèrent une grève le 14 novembre 1950 qui fut longue et dure. La FSGT le soutint et déposa un recours pour sa réintégration qui n’intervint qu’en 1956. Cette éviction s’inscrivait dans un contexte plus large de sanctions qui visaient de nombreuses personnalités engagées au PCF, notamment dans le domaine du sport : René Deleplace, évincé de l’Institut national des sports, Maurice Baquet*, remplacé comme directeur technique de l’INS, Jean Guimier, évincé de la Direction de la Jeunesse et des Sports, etc. De 1950 à 1956, Robert Mérand enseigna au lycée Buffon à Paris mais continua de participer aux réunions de la cellule communiste de l’ENSEP qui fut un lieu de débats politiques et philosophiques avec les étudiants.

Membre de la commission nationale de l’enseignement et de la commission sportive du PCF de 1960 à 1976, Robert Mérand fut régulièrement invité par le bureau politique sur les questions de sport et d’éducation. Il écrivit de nombreux articles dans L’école et la Nation ou Recherches internationales à la lumière du marxisme et participa aux travaux du Centre d’études et de recherches marxistes.

Syndiqué durant toute sa carrière professionnelle au Syndicat national des professeurs d’éducation physique (devenu Syndicat national de l’éducation physique), Robert Mérand joua un rôle actif dans le développement de la tendance « unitaire » puis « Unité et Action » dans les années 1950-1960. En 1953, il fut à l’initiative avec Jean Guimier de la création d’une « liste d’Union pour la défense des professeurs d’EPS et la démocratisation du syndicat » pour les élections à la commission administrative nationale du SNEP mais qui n’eut pas d’élu. Il figura ensuite sur toutes les listes d’union syndicale qui prirent différents noms, conduites par Guimier puis Marcel Berge, opposées à celles de la majorité conduites par Philippe Néaumet*. Il fut élu à la CA de 1956 à 1958 puis en 1967 sur la « liste B », mais pas durant la période de « liste commune » entre 1963 et 1966. Lorsqu’en 1969 la tendance « Unité et Action » devint majoritaire au sein du SNEP-FEN, il fut à nouveau membre de la CA et participa au débat d’orientation sur le rôle et l’activité du syndicat. La tendance « UA » défendait l’option d’une Éducation physique prenant ses références dans les activités sportives et l’intérêt d’un secteur pédagogique au sein de l’organisation syndicale. Robert Mérand fut ensuite fréquemment consulté par le SNEP sur les questions pédagogiques. Il participa activement à la réflexion syndicale sur la question de l’intégration universitaire de l’EPS puis du développement de la recherche didactique et intervint dans les nombreux colloques organisés par le secteur pédagogique du SNEP.

Pendant plus de quarante ans, Robert Mérand fut au sein de la FSGT militant d’une conception humaniste, émancipatrice du sport populaire, mettant l’accent sur l’esprit omnisports dans la formation des jeunes et la nécessité de développer une culture sportive intégrant toutes les facettes de la vie sociale d’un club.

De 1948 à 1965, il fut membre du Comité national, engagé sur le terrain de la formation des cadres dirigeants et techniciens. À partir de 1951, secrétaire de la commission fédérale de basket-ball, il initia avec René Rival les « stages de type nouveau » que la FSGT poursuivit pendant dix ans et qui révolutionnèrent les méthodes pédagogiques de formation des entraîneurs et cadres techniques. Ils reconstituaient toute la réalité du monde du basket - joueurs, entraîneurs, arbitres - et s’appuyaient sur des pratiques réelles pour impulser des innovations. En 1957, Robert Mérand devint membre du Cercle d’étude central de la FSGT qui réunissait les techniciens des différentes spécialités sportives. De 1967 à 1984, Robert Mérand, président du Conseil pédagogique et scientifique, joua un rôle de conseiller dans les nombreuses transformations au sein de la FSGT (développement des sections enfants, ouverture à l’International, stratégie autogestionnaire au sein des instances dirigeantes et des congrès, etc.).

De 1965 à 1980, Robert Mérand fut le concepteur et l’organisateur des stages Maurice Baquet à Sète (Hérault) dont l’un des objectifs majeurs était d’élaborer des outils pédagogiques pour l’animation des sections-enfants que la FSGT cherchait à développer.

Les stages regroupaient jusqu’à 800 participants en 1975, parmi lesquels de nombreux enseignants d’EPS et des éducateurs français et étrangers. Ils constituèrent un immense terrain d’innovation dont l’enjeu était de passer des pratiques traditionnelles d’un « sport pour l’enfant » à la construction de pratiques nouvelles d’un « sport de l’enfant », centré sur l’animation, l’observation et l’interprétation de l’activité de l’enfant confronté à la pratique sportive. Lors de ces stages, se forgèrent une grande partie des forces vives de l’EPS qui permirent le développement en France d’une Formation professionnelle continue des enseignants d’EPS originale et autogérée, moteur de l’évolution de la discipline entre 1975 et 1990. Le CPS assura le pilotage et l’animation des stages, publia de nombreux documents (dont les « Mémentos », largement diffusés) et organisa plusieurs colloques internationaux. Lieu d’échanges et de rencontres avec de nombreux chercheurs sur le thème du « sport de l’enfant », le CPS compta jusqu’à mille adhérents et plus de cent membres actifs en 1976.

De 1965 à 1975, les stages furent surtout centrés sur la construction d’un « sport de l’enfant ». De 1975 à 1980, ils s’ouvrirent à d’autres thèmes de travail, notamment l’étude des rapports entre la haute performance sportive et les pratiques éducatives, avec l’observation des Jeux olympiques de Montréal. Après 1980, ils furent répartis sur plusieurs sites géographiques et plus centrés sur la formation des cadres de la FSGT.

Durant toute cette période et jusqu’aux années 1990, Robert Mérand eut une forte activité au plan international. Il intervint dans de nombreux colloques, stages ou conférences à l’étranger et publia des articles dans de nombreuses revues (Éducation Physique et Sport, Hyper de l’Amicale des anciens élèves de l’ENSEP, L’homme sain de la FFGEGV, Vers l’éducation nouvelle des CEMEA, Mouvement au Québec, Éducation Physique en Belgique). Il fut professeur associé à l’Université Laval de Québec et donna de nombreuses conférences. Il intervint comme professeur invité en Tchécoslovaquie, anima des actions de formation en Belgique, fut invité dans les écoles de formation de cadres en Côte d’Ivoire et au Congo, etc.

Dès les années 1960, Robert Mérand intervint dans les « stages de recyclage » des enseignants d’EPS organisés par l’Amicale des anciens élèves de l’ENSEP. À partir de 1973, il poursuivit ce rôle de formateur dans le cadre des stages de sports collectifs de Montpellier qui devinrent ensuite des Universités d’été. Il joua surtout au sein de la FPC-EPS un rôle déterminant pour la poursuite de la construction de la discipline EPS, après la fermeture de l’ENSEP comme Ecole de formation d’enseignants en 1973. Refusant toute mutation, il s’impliqua avec Jacqueline Marsenach dans l’animation de stages visant à former les animateurs de cette FPC et à impulser et diffuser les innovations dans les pratiques pédagogiques et les contenus d’enseignement. Pour lui, rénover les contenus d’enseignement ne pouvait venir que des enseignants eux-mêmes, à condition d’être « rassemblés ». La construction collective de contenus rénovés fut un élément essentiel de l’évolution de l’EPS dans cette période.

En 1981, avec l’intégration de l’EPS à l’Éducation nationale, fut créé un département EPS à l’Institut national de la recherche pédagogique. Robert Mérand et J. Marsenach y furent nommés et développèrent leurs recherches dans le cadre du Département des didactiques des disciplines.

Leurs premiers travaux sur l’évaluation formative en EPS dans les collèges permirent une meilleure compréhension des pratiques d’enseignement et dégagèrent des pistes de recherche. Robert Mérand développa ensuite deux « recherches - interventions » en établissement scolaire : l’une sur l’enseignement de l’entraînement à l’endurance aérobie comme contribution à une meilleure adaptation des pratiques scolaires en EPS aux exigences de santé des adolescents, l’autre sur l’enseignement du basket-ball comme piste pour une contribution possible de l’EPS à l’éducation à la sécurité routière, dans le contexte d’actions pluridisciplinaires.

La problématique au cœur des travaux de Robert Mérand et de toute l’équipe EPS de l’INRP était celle de l’articulation d’activités de recherche en didactique et d’actions de formation, dans une visée de production de contenus. La rénovation des contenus d’enseignement était pour lui inséparable de la dynamique de la formation professionnelle continue des enseignants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145564, notice MÉRAND Robert, Antoine, Albert par Michèle Vandevelde, version mise en ligne le 14 mars 2013, dernière modification le 16 février 2019.

Par Michèle Vandevelde

Photographie extraite du DVD d’un entretien réalisé en 1992 par l’INSEP.
Photographie extraite du DVD d’un entretien réalisé en 1992 par l’INSEP.

SOURCES : APPo, 77W300 (153941). — M. Vandevelde, Éducation physique et Basket-ball. Robert Mérand : un regard neuf sur l’activité de l’élève. Ed. Syllepse, 2007. — P. Goirand, J. Journet, J. Marsenach, R. Moustard, M. Portes, Les stages Maurice Baquet 1965 – 1975. Genèse du sport de l’enfant. Ed. L’Harmattan, 2005. — Articles des revues Sport et Plein air de la FSGT et Education Physique et Sport. — Entretiens avec Robert Mérand entre 1988 et 2001. — Notes d’Alain Dalançon et de Jacques Girault.

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