GOURDON Victor, Adrien

Par Gérard Leidet

Né le 21 septembre 1880 à Trans (Var), mort le 2 novembre 1952 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; instituteur dans les Bouches-du-Rhône ; militant syndicaliste, secrétaire du Syndicat général de l’enseignement ; membre du Conseil syndical puis de la commission exécutive de la section départementale du SNI (1927-1936) ;président de la Coopérative de l’Enseignement des Bouches-du-Rhône (1936-1952).

Fils d’un tonnelier et d’une marchande de tissus, Victor Gourdon entra en 1894 à l’École normale d’instituteurs Puget à Marseille et obtint le brevet supérieur en 1897. Il enseigna à Saint-Cannat (1900-1902), à Trets (1902-1904), à Salon de Provence (1904-1906) puis fut nommé directeur d’école à Marseille à l’école de la Madrague-ville ; il résidait alors 26 rue de Bruys.

Lors de l’Assemblée générale de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs (FNSI) du 22 juillet 1909 présidée par Pascal, la question du perfectionnement professionnel, liée notamment aux choix des livres d’apprentissage de la lecture fut posée. Suite à un échange de vues, un plan à suivre pour élaborer une nouvelle méthode fut ébauché. Victor Gourdon fit partie, avec Layreloup, Poirot, Tardieu et Vidal, de la commission chargée d’élaborer un manuel de lecture pour le cours élémentaire ; projet qui devait être ensuite discuté lors de la prochaine AG.

Victor Gourdon appartenait à l’équipe marseillaise qui mit sur pied L’Ecole émancipée en 1910 et qui en fit adopter les statuts au congrès de Chambéry de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs deux ans plus tard. Entre 1912 et 1914, délégué départemental pour L’Ecole émancipée avec Ismaël Audoye, Adolphe Bezot, Louis Lafosse, Emmanuel Triaire, il fut aussi administrateur-délégué de L’Ecole émancipée jusqu’en 1921.

Préfigurant le projet qui allait se stabiliser au cours des années 1930, il participa durant la Grande Guerre au lancement d’une coopérative d’édition qui tenta de publier un livre "courageux" par rapport au contexte patriotique ou nationaliste de la période de François Bernard, (le père d’Hélène Bernard institutrice et syndicaliste qui jouera un rôle essentiel durant les années 1950-1970 au sein du groupe des « Amis de l’École Émancipée » des Bouches-du-Rhône).

Après la guerre, les Marseillais étaient partisans de la fusion entre les « anciens » syndicats de la Fédération des syndicats des membres de l’enseignement laïque, à laquelle ils appartenaient, et les sections départementales du Syndicat national né en 1920 de la syndicalisation des amicales d’instituteurs. Mais le bureau fédéral élu en 1919 et dirigé par Louis Bouët était fermement contre. Dès lors, la polémique entre fusionnistes et anti-fusionnistes ne cessa de faire rage dans la Fédération jusqu’à la scission syndicale de 1922. Tous se réclamaient pourtant du syndicalisme révolutionnaire et faisaient partie de la minorité révolutionnaire de la CGT. La polémique entre fusionnistes et anti-fusionnistes faisait rage depuis le congrès de Tours de 1919. En août 1921, Victor Gourdon, au congrès de Paris de la Fédération de l’Enseignement qui aborda la question du choix de la nouvelle équipe dirigeante, fit savoir que les Marseillais abandonnaient la rédaction et la gestion de L’Ecole émancipée. Minoritaires dans la Fédération, ils estimaient qu’ils ne pouvaient plus assumer la responsabilité de la revue fédérale. Louis Bouët, parvenu au terme de son mandat de deux ans de secrétaire fédéral, déclara que le syndicat du Maine-et-Loire acceptait cette charge. Le transfert de la revue fédérale de Marseille à Saumur ne se fit pas sans difficulté…Audoye refusa de coopérer avec la nouvelle équipe ; Louis et Gabrielle Bouet eurent beaucoup de mal à faire paraître le numéro de rentrée. Cet incident montrait que les relations entre les dirigeants du syndicat des Bouches-du-Rhône et de nombreux autres militants de la Fédération s’étaient dégradées. L’évolution de la majorité de ce syndicat vers l’autonomie se décida en 1922. Lors du congrès de Brest en août 1923, la majorité se sépara du syndicat des Bouches-du-Rhône.

En 1925, Victor Gourdon militait au Syndicat général de l’enseignement des Bouches-du-Rhône, organisation de 500 instituteurs syndicalistes « dissidents » qui n’acceptaient pas la scission entre la CGT et la CGTU, entre le Syndicat national (78 000 membres) et le Syndicat des membres de l’enseignement laïque (3 600 membres) qu’ils refusaient de rejoindre. Le SGE, souvent désigné comme « Fédération Gourdon-Vielmas* », prônait une autonomie « provisoire » en attendant la « fusion » et la réunification syndicale. Le terme de « syndicat général » désignait, selon Bernard Varèse président du SN des Bouches-du-Rhône, deux réalités : « celle de la fusion qui a groupé pendant près de deux ans (jusqu’en janvier 1924) tous les membres des deux syndicats : SN et SMEL participant par leurs délégués aux congrès de leurs fédérations respectives ; et celle de la « dissidence » qui n’est plus affilié à aucune fédération… ».

Quelques mois plus tard, Victor Gourdon invitait les camarades du SN qui étaient partisans de l’unité, à rester dans leur organisation et d’y œuvrer de telle sorte qu’avant un an la poussée unitaire soit suffisamment puissante pour que les dirigeants des « deux groupements » soient obligés de l’accepter « dans le plus bref délai ». A. Bernard*, secrétaire du SN des Bouches-du-Rhône, délégué du SN à l’UL CGT (avec Varèse et Gautier) lui répondit dans une tribune libre du Bulletin mensuel intitulée ironiquement « un bon conseil ». Ce dernier lui répliqua qu’il était partisan de l’Unité « autant que lui, sinon plus ». Il ajouta qu’il ne comprenait pas qu’un troisième syndicat, « sans action nationale », put servir la cause de l’unité, ni qu’on put réaliser l’entente « en attisant les querelles et les conflits… ». De fait la fusion du SN et du SG allait être ratifiée par le Conseil syndical et l’assemblée générale du 11 mars 1926. Trois séries de questions avaient été proposées par référendum du SG (320 votants) : d’abord pour l’autonomie (92 voix), contre (216), abstentions (12), adhésion au SN (222) ; ensuite préférences pour le SMEL mais se ralliant à la majorité (39), autonomie mais se ralliant à la majorité (10), pour le SN (271) ; enfin adhésions au SMEL sans se prononcer sur la majorité (3), adhésions au SMEL (23), déclarent rester « sauvages » (23).

Victor Gourdon rejoignit le nouveau conseil syndical avec neuf autres militants dont Angélini* et Vielmas*. Par la suite, une polémique sérieuse dans la presse syndicale opposa les époux Mayoux et Victor Gourdon au sujet de la réintégration en octobre 1924 du couple dans les Bouches-du-Rhône (école de Cadolive). En 1926, Gourdon intervint pour demander la création d’une caisse spéciale pour soutenir les corporations en grève (conseil syndical du 20 mai). Lorsque le « Groupe des amis de l’Unité » adressa un appel au SN, Gourdon fut partisan de l’adhésion à ce groupe. A Varèse qui craignait une manoeuvre contre la CGT, il fit observer : « le syndicat sera toujours assez fort pour nous y opposer ou nous retirer… ». A Jouve, hostile à la création de ces groupes « bi-latéraux » qui ne parviennent qu’à diviser « en trois fractions au lieu de deux la force ouvrière », Gourdon rappela que les « autonomes » avaient été les principaux adversaires de la création d’une troisième CGT. Varèse proposa donc l’adhésion mais avec un engagement de se retirer « si une nouvelle CGT en sortait ». L’adhésion prononcée, Gourdon fut délégué à ce comité en compagnie de Varèse. (conseil syndical du 10 juin).

Dans L’Ecole Emancipée du 12 décembre 1926, Maurice Dommanget* écrivit à propos de la campagne en faveur de l’Ecole laïque et des camarades sanctionnés : « A Marseille, Gourdon touché, lui aussi par le papier d’Emile Glay, faisait des réserves sur le 22. Mais l’élan était tel que le SN des Bouches-du-Rhône dut participer au meeting ». Ce qui lui valut la réponse suivante de Dollo, militant de la section départementale du SN : « Comprenant qu’il s’agissait d’apporter à nos camarades frappés l’appui de notre section, nous avons pris place à côté des associations convoquées dans le même but. Quant à croire que c’est « à la manière des bourgeois de Calais » que nous avons participé au meeting, non ! Nous n’avons pas « dû » assister à cette manifestation, mais c’est en pleine connaissance de cause que nous y avons pris part ».

Victor Gourdon fut élu au Conseil syndical lors du renouvellement partiel du 10 novembre 1927. Auparavant, lors de l’assemblée générale du 20 octobre, Varèse posa la question de l’appartenance au CS pour un adhérent du SN et du Syndicat de l’enseignement laïque ; selon lui c’était impossible car ces deux syndicats étaient affilés respectivement à la CGT et à la CGTU. Gourdon, au contraire, estima que c’était possible ; il fit remarquer que Roussel* adhérait au SEL. Après un large débat, Mlle Labrosse, secrétaire général de la section départementale, mit aux voix deux options :
-  Un instituteur (trice) adhérent au SN et au SEL, peut-il faire partie du CS du SN ? (adopté par 23 pour et 14 contre).
-  Un instituteur (trice) peut-il faire partie du CS du SN, s’il fait partie du CS du SEL ? (repoussé par 32 voix contre et 6 pour).

Victor Gourdon, un peu "à l’arrière plan" (il ne siégea jamais au bureau départemental du SNI),conseilla les secrétaires successifs du syndicat : Jean Mouton, Marcel Babau, Marius Malosse. Négociateur efficace, il avait aidé la corporation à enregistrer des succès importants lors notamment de la grève des études surveillées au milieu des années 1920.

Après sa retraite, en juillet 1936, il fut désigné par la Conseil syndical, pour participer, sur des bases de départ très modestes, à la création de la coopérative de l’enseignement des Bouches-du-Rhône, alors située au 16 de la rue Pavillon. Celle-ci, déplacée dans les nouveaux locaux de la place Félix Barret, put se développer grâce au soutien du SNI mais aussi à l’activité inlassable et à la gestion rigoureuse de Victor Gourdon, lequel vécut jusqu’à la fin de sa vie pour "la coopérative" qu’il avait fini par personnifier.

Lors de sa mort, survenue le 2 novembre 1952 à Marseille, c’est Jean Briand qui rendit un dernier hommage au militant au nom du SNI et de la FEN : " Le syndicalisme enseignant vient de perdre avec Victor Gourdon une belle figure de l’époque héroïque où il fallait se battre et se sacrifier pour arracher des gouvernements autoritaires le simple droit syndical des fonctionnaires. Il était en effet, de la poignée d’instituteurs syndicalistes qui, malgré les révocations comme celle d’Ismaël Audoye, malgré la dissolution de leur syndicat "national", se regroupèrent dans le syndicat "départemental" de l’enseignement des Bouches-du-Rhône, lancé bien en avant de l"Amicale" où se rassemblaient le gros des instituteurs...".

Victor Gourdon s’était marié à Marseille le 4 août 1903 et se remaria le 24 juillet 1923.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145504, notice GOURDON Victor, Adrien par Gérard Leidet, version mise en ligne le 11 mars 2013, dernière modification le 29 décembre 2018.

Par Gérard Leidet

SOURCES : Bulletin du Syndicat national des institutrices et instituteurs des Bouches-du-Rhône, (ancien bulletin de l’Amicale, Union et association pédagogique), années 1925-1927. — Thierry Flammant, L’Ecole émancipée, une contre-culture de la belle époque, éd. Les Monédières, 1982. — Loïc Le Bars, La fédération unitaire de l’enseignement, 1919-1935. Aux origines du syndicalisme enseignant, Paris, Syllepse, 2005. — Notes de Loïc Le Bars. — Bulletin du Syndicat unique des institutrices et instituteurs des Bouches-du-Rhône, décembre 1952. — Bulletin bimestriel de l’émancipation. Sindicat des institutrices et des instituteurs publics des Bouches-du-Rhône (juin-juillet 1909), 8 R 22895 —

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