MICHELIN Alfred, Marie, Charles

Par André Caudron

Né le 27 avril 1883 à Wassy (Haute-Marne), mort le 1er septembre 1975 à Meudon (Hauts-de-Seine) ; journaliste à La Croix ; vice-président de la CFTC ; président directeur général de la Bonne Presse.

De souche lorraine, Alfred Michelin vécut une grande partie de sa jeunesse dans le sud-ouest où son père, commis principal des contributions indirectes, s’était installé avec sa femme et ses sept enfants à la faveur d’une mutation. Elève du lycée de Bordeaux (Gironde), le jeune homme acheva ses études à Paris, à la Sorbonne où il obtint les licences de lettres et de droit, et un diplôme d’études supérieures en histoire et géographie. Lié à l’abbé Loutil qui allait se distinguer dans le journalisme sous le nom de Pierre L’Hermite, il se fit connaître lui-même dès 1905 par un reportage remarqué sur les Inventaires dans la paroisse parisienne du Gros Caillou (VIIe arrondissement). Entré au journal La Croix, chargé des informations religieuses, il n’appréciait pas les tendances antidreyfusardes de la majorité de ses confrères du journal fondé par les Assomptionnistes. Membre du jeune Syndicat national des journalistes français à partir de 1908, il se mit deux ans plus tard en relation avec le Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI), matrice de la future CFTC.

Parti sous les drapeaux en 1914 avec les galons de lieutenant, fait prisonnier, Alfred Michelin survécut à de graves blessures grâce aux soins reçus en captivité. Après les hostilités, il prit la présidence de l’Association des informateurs religieux. En 1922, appelé au bureau confédéral de la CFTC, il en fut aussitôt l’un des vice-présidents et le resta jusqu’en 1937. Président de la commission des publications, il assura la parution de La Circulaire confédérale (1919-1931), à laquelle succéda Syndicalisme chrétien, devenu un véritable journal depuis 1936.

Quand Pie XI avait condamné l’Action française dix ans plus tôt, Alfred Michelin figurait, à La Croix, parmi les minoritaires qui acceptaient sans réticence la décision du Saint-Siège. Cofondateur du bureau international des journalistes catholiques en 1927, il fut sollicité par la CFTC pour la représenter aux congrès de la Confédération internationale des syndicats chrétiens. (1932, 1934).

Selon un usage assez fréquent dans la presse, Alfred Michelin, empruntant le nom de jeune fille de sa mère, signait volontiers ses articles du pseudonyme d’Alfred Pierrey. Il écrivait aussi dans La Vie catholique, apparue en 1924, La Gazette de Liège, Les Dossiers de l’action sociale. En 1935, sa carrière changea d’orientation : il fut alors choisi comme administrateur de la Maison de la Bonne presse, éditrice de La Croix, et quitta ses fonctions syndicales. Il resta toutefois en relation avec ses amis de la CFTC auxquels il ne refusait pas ses conseils. Il retrouvait également certains d’entre eux dans les instances dirigeantes du Parti démocrate populaire.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, menacé plusieurs fois d’emprisonnement, il supporta la responsabilité de La Croix, repliée à Limoges (Haute-Vienne). Elle y parut dans des conditions difficiles. Au lendemain de la Libération, il lui fallut néanmoins accomplir des démarches assez pénibles pour obtenir que son journal puisse être à nouveau publié. Celui-ci avait pourtant été considéré en zone sud comme un des piliers de la résistance spirituelle.

La guerre achevée, Alfred Michelin, devenu président-directeur général de la Bonne Presse (1954-1956), assura en même temps la direction des éditions Spes et siégea au comité directeur des Semaines sociales de France, surnommées « université itinérante du catholicisme social ». En 1958, à la demande de Robert Lecourt, ministre MRP de la Justice puis ministre d’État, il joua un rôle important dans la commission nationale scolaire de conciliation dont les travaux débouchèrent sur l’adoption de la loi Debré. Les formules d’accord autour de l’enseignement privé ne se concrétisèrent pas toutes avant le 15 mai 1958 mais certaines allaient être reprises par la commission que mena Pierre-Olivier Lapie*. La présence d’Alfred Michelin fut appréciée par tous, croyants ou non, au sein du comité de conciliation ; il en était l’un des participants les plus actifs.

Il s’était marié à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le 15 juillet 1909 avec Jeanne-Marie Zaepffel dont il eut huit enfants. Grand-croix de la Légion d’honneur, il avait aussi obtenu la grand-croix de Saint Grégoire le Grand, distinction pontificale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145230, notice MICHELIN Alfred, Marie, Charles par André Caudron, version mise en ligne le 25 février 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par André Caudron

ŒUVRE : Respect aux églises de France, 1911. — Conseils aux aînés de mon patronage, 3 volumes, Maison de la Bonne Presse, 1922-1927. — Les syndicats de l’Union centrale des syndicats féminins de l’Abbaye, Spes, 1927. — La préparation au mariage, Spes, 1927. — Avec Henri Venard, Terre de France et cœurs de Français, Lyon, E. Vitte, 1909. — Avec Maurice Deslandres, Il y a cent ans. État physique et moral des ouvriers au temps du libéralisme, t. I, Témoignage de Villermé, Spes, 1928.

SOURCES : Encyclopedia Universalis, Universalia, 1976. — Catholicisme, 38, Letouzey et Ané, 1980. — Robert Lecourt, Entre l’Église et l’État. Concorde sans concordat, Hachette, 1978. — Le Monde, 6 septembre 1976. — Notes de Michel Launay. — Notice par Jean-Louis Panné, DBMOF, t. 36, 1990.

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