PARIGOT Guy, Lucien, Gilbert

Par Marion Denizot

Né le 3 novembre 1922 à Troyes (Aube), mort le 15 janvier 2007 à Rennes (Ille-et-Vilaine) ; comédien, metteur en scène, directeur de théâtre.

Homme de théâtre, comédien, metteur en scène et directeur de théâtre, Guy Parigot a participé au mouvement de la décentralisation dramatique en France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. À l’origine de la création du Centre dramatique de l’Ouest en 1949, il le dirigea ou co-dirigea de 1957 à 1985. Professeur au conservatoire d’art dramatique de Rennes, acteur local engagé dans diverses instances, Guy Parigot contribua également à l’animation et au développement culturel de la région bretonne.

Le premier souvenir de théâtre de Guy Parigot fut son rôle dans Les Petits jardiniers de la reine, interprété à sept ans, dans le cadre de la troupe de louveteaux de Bois-Colombes. En 1932, son père, fonctionnaire dans l’administration des Finances, fut nommé à Rennes. Élève du lycée de garçons de Rennes, Guy Parigot poursuivit le théâtre avec le mouvement scout, qui reprit le répertoire et les méthodes de Léon Chancerel, disciple de Jacques Copeau, fondateur des Comédiens-Routiers, auteur (sous le nom de l’Oncle Sébastien) d’un répertoire destiné aux enfants et dont l’influence fut capitale chez les pionniers de la décentralisation dramatique. À l’hiver 1940, Jean-Louis Bertrand, jeune avocat, et Guy Parigot décidèrent de créer une compagnie de théâtre, les Jeunes comédiens de Rennes, qui souhaitait s’inscrire dans l’esprit de la commedia dell’arte. Guy Parigot fit la rencontre de Maurice Jacquemont et de Jean Dasté de la troupe des Quatre saisons provinciales et d’André Clavé et de Jean Vilar* de la Roulotte, dans le cadre des activités de Jeune France, dont Jean-Louis Bertrand était le correspondant rennais. Pendant ces années de guerre et de privation, se mit en place un réseau d’hommes de théâtre qui devinrent les pionniers de la décentralisation dramatique. En 1942, Guy Parigot échoua au concours du conservatoire d’art dramatique à Paris, mais cette déception n’entama pas sa volonté de poursuivre l’aventure théâtrale. Il devint néanmoins clerc de notaire, mais, dès 1945, fut le correspondant de La Voix de l’Ouest pour les spectacles et le cinéma. Guy Parigot suivait les cours du Centre de formation des journalistes en 1947-1948 et assurait des chroniques régulières dans divers journaux ; de là, lui vint sans doute cette attention aux liens entre le théâtre et les médias. Il fut, en effet, chargé de programmes pour Radio-Rennes et contribua au lancement de la chaîne de télévision régionale en 1972.

À la Libération, la troupe des Jeunes comédiens de Rennes poursuivit son activité, en présentant ses spectacles dans toute la Bretagne, mais aussi en Allemagne, dans la zone française d’occupation. La troupe participa au Concours des jeunes compagnies en juillet 1946 avec la pièce Don Miguel Manara de Milosz et remporta le prix spécial du Figaro. À cette occasion, Georges Goubert entra dans la troupe ; il y resta, comme Roger Guillo, comédien, plus de trente ans. Ces longs compagnonnages marquèrent l’attachement de Guy Parigot aux valeurs de fidélité et à l’esprit de « troupe ». Ce concours, créé par Raymond Cogniat et soutenu par la direction des Arts et des Lettres, s’inscrivait dans la politique de rénovation théâtrale voulue par Jeanne Laurent, sous-directeur des spectacles et de la musique à la direction générale des arts et lettres au ministère de l’éducation nationale de 1946 à 1952. À l’occasion du Concours de 1948, au cours duquel les Jeunes comédiens de Rennes remportèrent le Grand prix amateur avec la pièce inédite Ça ne sert à rien de tuer un homme de Jean-Louis Bertrand, Guy Parigot rencontra Hubert Gignoux qui animait la Compagnie des Marionnettes des Champs-Élysées.

Cette même année fut créé à Rennes le Centre régional d’art dramatique de Bretagne, du Maine et de l’Anjou : Guy Parigot et Georges Goubert en furent les correspondants bretons. Dans ce cadre, les Jeunes comédiens de Rennes partirent en tournée à l’été 1948 dans toute la Bretagne. Les éléments recueillis à l’occasion de la tournée nourrirent un rapport en vue de la fondation d’un centre dramatique, à l’image de ceux créés à Colmar (1946) et à Saint-Étienne (1947). Avec les auteurs Jean-Louis Bertrand, Robert Merle et André Maheux, Guy Parigot rédigea un rapport qu’il transmit en mars 1949 à Hubert Gignoux, qui s’occupait de négocier auprès de Jeanne Laurent la création du centre. Dans ces mêmes années, Guy Parigot participa aux stages de réalisation dramatique, organisés par la direction générale de la Jeunesse et des sports dans une démarche relevant des mouvements de l’éducation populaire, qui contribuèrent au succès de la décentralisation dramatique.

Le 3 novembre 1949 naquit officiellement le Centre dramatique de l’Ouest, dirigé par Hubert Gignoux. Maurice Jacquemont, nommé conseiller artistique, assura la première mise en scène : Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche, dans laquelle jouèrent Guy Parigot et Hubert Gignoux. Commença alors la période pionnière du centre dramatique, marquée par une précarité financière et matérielle et une itinérance permanente à travers tout le grand Ouest, dans des salles mal équipées. Afin de toucher un public qui avait peu l’habitude du théâtre, le répertoire privilégia les pièces classiques, ce qui n’empêcha pas des créations contemporaines, qui, en revanche, remportèrent beaucoup moins de succès. En 1957, au départ d’Hubert Gignoux pour le Centre dramatique de l’Est, Guy Parigot, au secrétariat général, et Georges Goubert, à l’administration, assurèrent la co-direction du centre, tout en continuant l’un et l’autre à jouer et à mettre en scène. L’implantation du Centre dramatique, désormais baptisé la Comédie de l’Ouest, commença à porter ses fruits : la fidélité du public et la permanence de la troupe permit de proposer un répertoire laissant plus de place aux auteurs contemporains.

L’arrivée d’André Malraux au ministère des Affaires culturelles, en 1959, permit de relancer le dynamisme de la décentralisation dramatique. Avec le soutien du maire, Henri Fréville, le projet d’une Maison de la Culture fut validé par le ministère des Affaires culturelles, au début des années 1960, mais il fallut attendre l’automne 1968 pour que le centre dramatique puisse utiliser le nouveau bâtiment. Dotée d’un équipement fixe, la Salle de la Cité, qui lui permettait de jouer plus longtemps les spectacles à Rennes, le centre dramatique monta des spectacles ambitieux et donna à son travail une dimension internationale, comme en témoigne le très grand succès des Femmes savantes, dans une mise en scène moderne de Guy Parigot (1961-1963). Si Fin de partie (1961-1962), dans laquelle Guy Parigot incarna Hamm, fit scandale auprès du public, la presse nationale et locale faisait l’éloge des productions du centre. Guy Parigot s’illustra, notamment, dans le rôle d’Harpagon dans L’Avare qu’il mit en scène en 1967-1968 et qui lui valut le grade d’officier dans l’ordre des Arts et Lettres.

À l’automne 1968, la Comédie de l’Ouest s’installa au cœur de la Maison de la Culture. Au sein d’un vaste espace culturel, Guy Parigot et Georges Goubert prirent acte de l’évolution des demandes de la population. Le répertoire de la Comédie de l’Ouest s’orienta vers la création contemporaine, n’évitant pas les scandales que furent les représentations d’Outrage au public de Peter Handke ou de Il faut la balancer cette dame de Dario Fo (1968-1969). Fin 1973, alors que Guy Parigot, prenant en charge la classe d’art dramatique du conservatoire de Rennes, ne souhaitait pas renouveler son mandat à la tête de la Maison de la Culture, la candidature de Georges Goubert ne fut pas retenue. Désormais désunis, le centre dramatique et la Maison de la Culture poursuivirent séparément leur action, même s’ils devaient, dans les faits, cohabités. En juin 1974, Guy Parigot devint seul directeur du centre dramatique et le renomma Théâtre du Bout du Monde. En 1979, grâce au soutien de la ville de Rennes, il créa le Théâtre de la Parcheminerie, qui permit un rapport plus intime avec le public pour accueillir la création en Bretagne, qui s’était fortement développée et professionnalisée. Le spectacle d’inauguration, La Résistible ascension d’Arturo Ui, mis en scène par Pierre Debauche, et dans lequel Guy Parigot joua le rôle-titre, fut un grand succès.
Impliqué dans la vie locale (membre du Conseil économique et social, à partir duquel il présida la création du Fonds régional d’Art contemporain de Bretagne, mais aussi de l’Institut culturel de Bretagne), Guy Parigot revint, au début des années 1980, à une co-direction du centre dramatique. En 1986, Pierre Debauche vint à Rennes prendre la direction, de nouveau conjointe, du centre dramatique et de la Maison de la Culture, qui prit le nom de Grand Huit. Guy Parigot resta néanmoins conseiller artistique, metteur en scène et comédien au sein du centre dramatique. Une restructuration de l’établissement conduisit à la création du Théâtre national de Bretagne et à la disparition de la distinction entre centre dramatique et Maison de la Culture (1990). Guy Parigot continua sa carrière de comédien, en s’illustrant dans des mises en scène de Jean-Pierre Vincent (notamment dans Le Jeu de l’amour et du hasard). À quatre-vingts ans, il interpréta son dernier rôle : Sorine dans La Mouette de Tchekhov, dans une mise en scène de Philippe Calvario.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144915, notice PARIGOT Guy, Lucien, Gilbert par Marion Denizot, version mise en ligne le 11 février 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Marion Denizot

ŒUVRE : Guy Parigot, En scène ! 50 ans de théâtre dans l’Ouest, Éditions Ouest-France, 1989.

SOURCES : Entretien avec l’intéressé. — Presse (notamment Ouest-France). – Arch. Dép. Ille-et-Vilaine : Fonds Guy Parigot (150 J) et Fonds du Centre dramatique de l’Ouest (64 J). – Entretien de Daniel Dupont avec Guy Parigot, Cinémathèque de Bretagne / Université de Rennes 2 / Direction régionale des Affaires culturelles de Bretagne, 2005. – Marion Denizot, Jeanne Laurent. Une fondatrice du service public pour la culture. 1946-1952, La Documentation française, 2005. – Pascale Goetschel, Renouveau et décentralisation du théâtre, 1945-1981, PUF, 2004. – Denis Gontard, La décentralisation théâtrale, SEDES, 1973. – Nathalie Ribet, Aux origines du Théâtre national de Bretagne. La décentralisation théâtrale dans l’Ouest (1940-1963), L’Harmattan, 2000.

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