PATUREAUX André, Émile, Charles

Par Didier Bigorgne

Né le 25 janvier 1922 à Joigny-sur-Meuse (Ardennes), mort le 17 février 2014 à Charleville-Mézières (Ardennes) ; employé de mairie, puis secrétaire général de mairie ; résistant, syndicaliste, militant socialiste et mutualiste, coopérateur ; dirigeant de l’UD-Force ouvrière des Ardennes (1961-1965) ; président de la Caisse médico-chirurgicale des Ardennes, puis de la Mutualité ardennaise (1970-2002) et de la Mutualité des Ardennes (1995-2001) ; maire de Bogny-sur-Meuse (1989-2001).

André Patureaux
André Patureaux

Fils d’un ouvrier ajusteur et d’une tenancière de café, André Patureaux est l’aîné de deux enfants. Après avoir fréquenté l’école primaire de Joigny-sur-Meuse, puis le cours complémentaire de Nouzonville où il obtint le certificat d’études primaires deuxième degré, il entra dans le monde du travail en 1938. D’abord embauché à la SNCF, il se tourna vers l’administration publique en devenant employé de mairie à Charleville le 1er avril 1939. Il occupa ce poste jusqu’au 15 janvier 1947, date à laquelle il fut nommé secrétaire général de mairie à Braux (Ardennes). Le 1er janvier 1967, André Patureaux devint secrétaire général de la mairie de Bogny-sur-Meuse, ville née de la fusion des communes de Braux, Château-Regnault et Levrézy. Il le demeura jusqu’à son départ à la retraite le 31 janvier 1982. Pendant son activité professionnelle, il fut secrétaire du syndicat intercommunal du personnel des collectivités locales des Ardennes de 1955 à 1977.

En mai 1940, le jeune André Patureaux évacua avec sa famille dans le département des Deux-Sèvres. À son retour dans les Ardennes, il reprit son travail à la mairie de Charleville. Il procura vite des faux-papiers pour une filière d’évasion de prisonniers de guerre. Il s’engagea ensuite dans la Résistance en rejoignant le maquis Prisme des Manises constitué en avril 1944 sous le commandement de Jacques Paris de Bollardière. André Patureaux fit partie de la cinquantaine de résistants qui réussit à échapper à l’attaque allemande, le 12 juin suivant ; cent jeunes gens furent capturés, puis torturés avant d’être fusillés, Aujourd’hui, il est titulaire de la croix du combattant volontaire de la Résistance.

L’année 1947 marqua le début du militantisme politique, syndical et mutualiste d’André Patureaux. Au début du mois de janvier, il adhéra au Parti socialiste SFIO, se définissant lui-même « humaniste et anticommuniste viscéral ». A partir du 1er mai, il devint administrateur de la société mutualiste de Braux ; il occupa cette fonction jusqu’au 1er août 1958, puis il présida la société de 1959 à 1970. Enfin, il vécut la scission de la CGT, en approuvant la rupture prononcée par la conférence des Amis de Force ouvrière réunie les 18 et 19 décembre 1947.

Dans les premiers jours de l’année 1948, André Patureaux rejoignit le syndicat Force ouvrière des communaux et hospitaliers qui venait de se constituer ; il y resta fidèle jusqu’à la fin de sa vie professionnelle en siégeant à la commission exécutive de 1957 à 1977. Lors du congrès de l’UD-Force ouvrière des Ardennes qui se tint le 29 octobre 1961, André Patureaux fut élu membre de la commission exécutive ; il conserva son mandat jusqu’en 1966. Dans le même temps, il fut désigné comme délégué pour participer au congrès national qui se déroula à Paris, du 22 au 25 novembre 1961. Homme de tempérament, il quitta Force ouvrière avec fracas en 1997 : « Je n’étais pas d’accord avec Blondel ; ça m’a fait mal de le voir s’opposer au plan Juppé », expliqua-t-il.

L’engagement mutualiste d’André Patureaux prit une dimension départementale et régionale. Administrateur de la Caisse médico-chirurgicale des Ardennes depuis le 1er juin 1959, il en devint le président le 1er juillet 1970. Il remplit cette fonction, tout en occupant la vice-présidence de l’Union régionale des caisses chirurgicales de l’Est de 1970 à 1983. À la Caisse médico-chirurgicale des Ardennes succéda la Mutualité ardennaise : André Patureaux la présida jusqu’au 31 décembre 2002.

Avec la création d’Alteis-Mutuelles (Mutuelle régionale Champagne-Ardenne), il fut nommé vice-président le 1er janvier 2003. Plus généralement, il joua un rôle important dans le mouvement mutualiste ardennais. D’abord membre du conseil d’administration de l’Union départementale des sociétés mutualistes de 1960 à 1970, puis vice-président après 1970, il finit par occuper la présidence de la Mutualité des Ardennes du 1er décembre 1995 au 6 octobre 2001. Sur un plan plus professionnel, il fut président-fondateur de la Mutuelle des communaux des Ardennes en 1961. Celle-ci fut transformée en Mutuelle générale du personnel des collectivités locales dans le courant de l’année 1979 : André Patureaux y occupa les postes de trésorier adjoint et de vice-président jusqu’en novembre 1991.

Parallèlement à son activité mutualiste, André Patureaux exerça des responsabilités dans les organismes sociaux. Il fut d’abord vice-président de la section de Monthermé de la Sécurité sociale du 1er mai 1947 au 1er avril 1968, et membre de la commission régionale d’invalidité de 1950 à 1959. Il entra ensuite au conseil d’administration de la CPAM (Caisse primaire d’assurances maladie) des Ardennes le 1er octobre 1959. Il y siégea jusqu’au 31 octobre 1970, en occupant la vice-présidence de 1963 à 1967. Pendant ces années, il fut aussi vice-président de l’URSSAF des Ardennes de 1962 à 1969 et administrateur du Centre hospitalier de Charleville-Mézières de 1968 à 1970 ; Il redevint administrateur et vice-président de la CPAM des Ardennes de 1982 à 1992.

André Patureaux devint un élu socialiste sur le tard. Conseiller municipal de Joigny-sur-Meuse du 26 mai 1970 au 14 mars 1977, il quitta le Parti socialiste en 1976 ; de tendance rocardienne, il n’appréciait pas François Mitterrand « pour son passé trouble et ses manières monarchiques ». Après un silence d’une dizaine d’années, André Patureaux réintégra le Parti socialiste. Il conduisit sa liste à la victoire aux élections municipales des 12 et 19 mars 1989 à Bogny-sur-Meuse. Élu maire, il fut reconduit dans sa fonction après un nouveau succès le 11 juin 1995. Il ne se représenta pas en 2001.

Travailleur infatigable, André Patureaux fonda à Joigny-sur-Meuse, village où il résida à la retraite, une société coopérative « La Prospérité » en février 2002 ; il en devint naturellement le président.

Père d’un garçon né d’un premier mariage, André Patureaux avait épousé en secondes noces, Yvonne Lebas, rédactrice de mairie, le 30 avril 1971 à Joigny-sur-Meuse. Titulaire de la médaille de la reconnaissance mutualiste depuis 1978, il était officier de l’ordre national du Mérité (1989) et chevalier de la Légion d’honneur (2004).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144902, notice PATUREAUX André, Émile, Charles par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 10 février 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Didier Bigorgne

André Patureaux
André Patureaux

SOURCES : Archives de l’UD-Force ouvrière des Ardennes. — Bulletin municipal de la ville de Bogny-sur-Meuse, 1989 à 2001. — L’Ardennais, 2 juin 1967, 19 janvier 1989, et 2 janvier 2005. — Presse locale. — Jérémy Dupuy, Histoire de la Mutualité dans les Ardennes, Charleville-Mézières, Éditions Terres Ardennaises, 2006. — Témoignage de l’intéressé.— Etat civil de Joigny-sur-Meuse.

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