KNAPAJS Szama, Wolf

Par Daniel Grason

Né le 8 mai 1901 à Varsovie (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; brocanteur.

Né dans une famille juive polonaise, fils de Sélick et de Kaïla, née Cutsrutejen, Szama Knapajs épousa en 1928 à Varsovie Dwojra Szpajzman, née en 1900 à Varsovie. Le couple eut quatre enfants : David né à Varsovie (1930), Hélène (1931), Cyrka (1934) et Joseph (1941) nés à Paris. Ces trois derniers devinrent français après leurs déclarations à la justice de paix. Le 7 octobre 1929, muni de son passeport polonais visé par le consul de France à Varsovie, le chef de famille quitta la Pologne pour la France. Il respecta la réglementation et obtint une carte d’identité d’étranger à la préfecture de police de Paris valable jusqu’au 11 octobre 1941. Son épouse fit de même. La date de validité expirait le 5 janvier 1943.
La famille Knapajs habita 88 rue des Amandiers (XXe arr.), puis au 66 rue de Romainville (XIXe arr.) dès 1933. En septembre 1939, lors de la déclaration de guerre, Szama Knapajs, se considérant comme un citoyen du pays d’accueil, s’engagea dans l’armée française. Mobilisé en octobre, il fut renvoyé dans ses foyers en raison de ses charges de famille. Il avait fait son service militaire en Pologne et combattu l’Armée rouge quand elle entra en Pologne en 1920.
En 1937 fut créée, au sein des Renseignements généraux, une Section spéciale de recherche (SSR) chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons » : « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »... Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les Français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus question de les surveiller, et la direction du « rayon juif » fut confiée à son ex-responsable, le brigadier-chef Louis Sadosky, nommé inspecteur principal adjoint en janvier 1941. Celui-ci n’eut qu’un objectif : donner satisfaction à ses chefs de la direction des Renseignements généraux. Chargé d’arrêter des Juifs, il ne faillira pas, il établira un fichier des « Juifs suspects ». Il n’hésitera pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il eut sous ses ordres. Lui-même se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts personnes.
Le gouvernement de Vichy promulgua le statut des Juifs le 3 octobre 1940, puis le 2 juin 1941. L’article 4, indiquait : « Les Juifs ne peuvent exercer une profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre ». Brocanteur, inscrit au registre du commerce de la Seine depuis le 18 octobre 1935, Szama Knapajs exerçait son métier au marché aux Puces de Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis).
Interné pour des raisons raciales dès le 14 mai 1941 au camp de Pithiviers (Loiret), il travailla dans une ferme à Mainvilliers (Eure-et-Loir). Il s’évada le 4 août 1941. Réduit avec sa famille à la misère, il continua à aller sur les lieux où il exerça son activité. Des inspecteurs des Renseignements généraux effectuèrent le 8 septembre 1941 des contrôles dans les rues des Rosiers, Jules-Vallès et sur l’avenue Michelet, où, selon un rapport policier : « de nombreux israélites continuaient à vendre leur marchandise au public ».
Il y fut arrêté le 8 septembre 1941 et interné à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis). Dans les archives des Renseignements généraux, aucun rapport ne mentionnait qu’il eût une activité politique. « Ne s’est pas conformé à la loi du 2 juin 1941, continuant son activité commerciale en public », écrivit Louis Sadosky. Il ajouta une dimension politique imaginaire : « Propagandiste clandestin en faveur de la IIIe Internationale, suspect au point de vue politique. Susceptible de constituer un élément dangereux pour l’ordre intérieur ».
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel faisait paraître un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés ». Szama Knapajs fut passé par les armes le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, inhumé au cimetière de La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Sur les six brocanteurs juifs appréhendés, Beirel Feiler et Josef Kape ont été fusillés ; Yvette Rembielinska et Kalman Stievelmacher sont morts au camp d’extermination d’Auschwitz (Pologne).
Dwojra Knapajs, son épouse, trente-huit ans, témoigna après la Libération devant la commission d’épuration de la police : « Mon mari, ne s’est jamais occupé de politique et n’a jamais adhéré à un mouvement d’extrême gauche », déclara-t-elle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144861, notice KNAPAJS Szama, Wolf par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 février 2013, dernière modification le 28 février 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, BA 2439, KB 95, 77W 40. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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