SINGER Moritz (Maurice)

Par Daniel Grason

Né le 23 février 1910 à Neunkirchen (Allemagne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; représentant en TSF.

Moritz Singer à Rivelsates en 1940.
Moritz Singer à Rivelsates en 1940.

Moritz Singer, fils de Lasor et de Berta, née Wang, vivait à Neunkirchen de sa profession de représentant en TSF. Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles de 1919 accorda à la France la propriété des mines de charbon et plaça le territoire du bassin de la Sarre sous mandat de la Société des Nations (SDN) pour quinze ans. À l’approche du référendum, l’industriel Hermann Röchling, de Völklingen, fonda le Deutsche Front qui s’investit pour rallier le territoire de la Sarre à l’Allemagne. Le Front se présentait comme un mouvement n’étant pas lié à un parti politique particulier. En réalité, il était contrôlé par le parti national-socialiste. L’enjeu, véritable démocratie ou dictature fasciste, fut masqué. Les socialistes tentèrent de faire repousser la date du référendum, puis menèrent campagne pour le statu quo, sous le mot d’ordre : « Jamais rattaché à Hitler ». Le 13 janvier 1935, les résultats furent sans appel : 8,8 % des électeurs votèrent pour le statu quo ; 90,4 % pour le rattachement à l’Allemagne ; 0,8 % (soit deux mille Sarrois) votèrent pour une Sarre française.
Le 19 janvier 1935, Moritz Singer, qui était partisan du statu quo, se réfugia en France muni de sa carte d’identité sarroise délivrée le 5 octobre 1933. Il continua à exercer sa profession de représentant en TSF pour différents fabricants. Il habita dans des hôtels, 49 rue de Malte et 50 rue Popincourt à Paris (XIe arr.). Le 16 novembre 1936, le gouvernement de Front populaire créa l’Office des réfugiés sarrois, dont la direction fut confiée à Max Braun, dirigeant social-démocrate sarrois. Moritz Singer en obtint un certificat. En septembre 1939, il s’engagea dans l’armée française, mais ne fut mobilisé que le 3 juin 1940 dans le 23e régiment de marche des volontaires étrangers (RMVE), formé à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) en mars ou avril 1940, et monté au front le 3 juin 1940. Après la bataille de Soissons (Aisne), le 10 juin 1940, il y eut un regroupement à Orcenais près de Saint-Amand-Montrond (Cher), des restes des 21e, 22e et 23e RMVE, en un seul régiment, dissous le 1er juillet, le 21e RMVE. Le centre de démobilisation de Montauban (Tarn-et-Garonne) libéra Moritz Singer le 26 janvier 1941.
De retour à Paris, il habita un hôtel 10-12 rue de Trévise (IXe arr.). Lui qui s’était porté volontaire pour défendre sa nouvelle patrie se retrouva sans possibilité de travailler. Le gouvernement de Vichy promulgua le 3 octobre 1940 un statut des Juifs, et l’aggrava le 2 juin 1941 ; l’article 4 indiquait : « Les Juifs ne peuvent exercer une profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre. » Pour vivre, Moritz Singer n’eut pas d’autre choix que d’enfreindre la loi.
Selon des informations de la police, des « Israélites étrangers » se réunissaient quotidiennement à la Brasserie des Ailes, 34 rue Richer dans le IXe arrondissement, et « se livraient à une propagande clandestine très intense, soit en faveur de la IIIe Internationale et des Soviets, soit en faveur de l’Angleterre ». Une lettre prétendument anonyme rédigée en allemand mentionnait le même débit de boisson comme le lieu de réunion quotidien d’« Israélites étrangers » se livrant à du marché noir avec des marchandises contingentées, et quatre noms étaient précisés – après la Libération, une enquête menée sur cette affaire révélera que cette dénonciation était le fait de la Gestapo. Certains fréquentaient la brasserie, dont le capitaine Muller en relation suivie avec la préfecture de police.
Le 4 septembre 1941 vers 10 heures, la police vérifia les papiers de dix-huit personnes présentes dans la brasserie, des fouilles au corps eurent lieu. Cinq personnes furent immédiatement relâchées. Neuf interpellés, dont Moritz Singer, portaient sur eux d’importantes sommes d’argent, sans pouvoir en expliquer la provenance. Rien de précis ne fut prouvé concernant une éventuelle activité politique de Moritz Singer, Louis Sadosky, responsable du rayon Juif de la police et grand falsificateur, écrivit néanmoins à son sujet : « sans occupation définie, suspect au point de vue politique, dangereux pour l’ordre intérieur ». Moritz Singer prit la direction du camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs, en compagnie de neuf autres personnes. Six moururent à Auschwitz (Pologne), la destinée d’une septième, de nationalité suisse, déportée à Auschwitz, puis à Buchenwald en Allemagne et à Sachsenhausen, resta inconnue.
Le 14 décembre 1941, le général von Stülpnagel fit paraître un Avis : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteurs des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés. » Désigné comme otage, Moritz Singer fut passé par les armes le 15 décembre 1941 à 13 h 05, en compagnie de Jacob Flamm et de Nuchim Sperling, impliqués dans la même affaire.
Soldat de 2e classe Moritz Singer combattit dans l’armée française contre les allemands, il fut décoré de la Croix de Guerre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144828, notice SINGER Moritz (Maurice) par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 février 2013, dernière modification le 14 mai 2018.

Par Daniel Grason

Moritz Singer à Rivelsates en 1940.
Moritz Singer à Rivelsates en 1940.
Fiche familiale
Fiche familiale

SOURCES : Arch. PPo. BA 2439, KB 95, 77W 18, 77W 24, 1W 0638. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – FMD, Livre-Mémorial, op. cit. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Romillat, 1992. – Les bannis de Hitler. Accueil et lutte des exilés allemands en France, 1933-1939, ÉDI, 1985. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Gilbert Badia, Histoire de l’Allemagne contemporaine, t. II, Éd. Sociales, 1962. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – Nos remerciements à Alexandre Studeny-Singer, neveu de Moritz Singer, pour les informations apportées, les photographies de son oncle et sa fiche familiale provenant des Archives nationales. .

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément