FLAMM Jacob [dit Jacques]

Par Daniel Grason

Né le 3 janvier 1914 à Jankowitz (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; tailleur.

Né dans une famille juive polonaise, Jacob Flamm, célibataire, demeurait 40 rue de la Verrerie à Paris (VIe arr.). Il était titulaire d’un récépissé de demande de carte d’identité de travailleur, délivré à Paris le 1er avril 1940, au titre de tailleur dont la validité expirait le 6 mai 1941.
En 1937, fut créée au sein des Renseignements généraux une Section spéciale de recherche (SSR) chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons », « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »... Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les Français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus question de les surveiller. La direction du « rayon juif » fut confiée à son ex-responsable, Louis Sadosky, qui n’eut qu’un objectif : donner satisfaction à ses chefs de la direction des Renseignements généraux. Chargé d’arrêter des Juifs, il ne faillit pas, il établit un fichier des « Juifs suspects » et n’hésita pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il eut sous ses ordres. Lui-même se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts personnes.
Selon des informations de la police, des israélites étrangers se réunissaient quotidiennement à la brasserie des Ailes, 34 rue Richer (IXe arr.), et « se livraient à une propagande clandestine très intense, soit en faveur de la IIIe Internationale et des Soviets, soit en faveur de l’Angleterre ». Une lettre anonyme rédigée en allemand mentionnait le même débit de boisson comme le lieu de réunion quotidien d’israélites étrangers se livrant à du marché noir avec des marchandises contingentées ; quatre noms étaient mentionnés. Après la Libération, une enquête menée sur cette affaire révéla que cette dénonciation était le fait de policiers allemands. Certains fréquentaient la brasserie, dont le capitaine Muller, en relation suivie avec la préfecture de police.
Le 4 septembre 1941 vers 10 heures, la police vérifia les papiers de dix-huit personnes présentes dans le café, des fouilles au corps eurent lieu et cinq suspects furent immédiatement relâchés. Neuf interpellés portaient sur eux différentes sommes d’argent, et aucun ne fut en mesure d’en expliquer la provenance. Jacob Flamm fut le seul qui tenta d’ameuter les passants, il cria à voix haute : « Pourquoi m’arrêtez-vous ? Je suis juif, je ne suis pas un criminel. C’est honteux ce que vous faites. Pourquoi persécuter les Juifs, nous ne sommes pas des bandits, vous n’avez pas le droit de faire cela. »
Jacob Flamm ne faisait pas de politique, mais il devint pourtant, sous la plume de Louis Sadosky, un « Juif polonais. Communiste. Se livrait à la propagande clandestine communiste et gaulliste. Trafiquant du marché noir ». Le jour même, il fut interné au camp de Drancy, en compagnie de neuf autres arrêtés ; six moururent à Auschwitz (Pologne), la destinée d’un septième de nationalité suisse déporté à Auschwitz, puis en Allemagne à Buchenwald et Sachsenhausen, resta inconnue.
Désigné comme otage, Jacob Flamm fut exécuté le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien en compagnie de Moritz Singer et Nuchim Sperling, impliqués dans la même affaire. Après la Libération, à cause de sa nationalité étrangère, la mention « Mort pour la France » ne fut pas accordée à Jacob Flamm par le ministère des Anciens Combattants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144827, notice FLAMM Jacob [dit Jacques] par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 février 2013, dernière modification le 27 février 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, BA 2439, KB 95, 77W 24. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Delphine Leneveu, Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – FMD, Livre-Mémorial, op. cit. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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