BRITAN Élie

Par Daniel Grason

Né le 28 mai 1885 à Kichinev, Chisinau (Empire Russe, Roumanie, Union soviétique), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; traducteur.

Né dans une famille juive, Élie Britan fils d’Alexandre et de Sophie, née Gotlib, était veuf, père d’un fils, Alexandre né en 1927 à Berlin (Allemagne). Il vécut en Union soviétique et fut membre de l’académie de Saint-Pétersbourg. Emprisonné pour ses opinions politiques, libéré le 24 avril 1923, le Guépéou l’aurait sommé de quitter le territoire soviétique. Il résida à Berlin (Allemagne) où il aurait collaboré avec Carl Von Ossietzsky, intellectuel pacifiste qui éditait l’hebdomadaire Die Weltbühne (La Scène mondiale). D’après Élie Britan son soutien à Carl Von Ossietzsky lui valut un avis d’expulsion d’Allemagne dans un délai de dix jours à compter du 24 mars 1938. Ses économies, qu’il évaluait à trois millions de francs restèrent bloquées sur des comptes bancaires.
Officiellement, Élie Britan entra en France le 6 octobre 1938 avec son passeport soviétique, sans visa consulaire. Le 12, un refus de séjour lui fut signifié. Le Comité pour la défense des droits Israélites en Europe centrale et orientale intervint à plusieurs reprises en sa faveur. Le 18 novembre 1938, le ministère de l’Intérieur lui accorda un droit au séjour avec sursis renouvelable. Il était surveillé par les policiers des Renseignements généraux, qui s’étonnaient de la prolongation chaque année de la validité de son passeport par l’ambassade soviétique, du fait de sa situation d’expulsé. Il habita dans le XVIe arrondissement à l’hôtel, puis en juin 1940, 10 rue du Sergent-Maginot, dans un logement prêté par un ami parti à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il vivait modestement de travaux de traduction. Un autre ami, réfugié russe qui demeurait à New York l’aidait, ainsi que le Comité d’assistance aux réfugiés israélites qui lui versait une aide mensuelle jusqu’en juin 1940.
Quand le gouvernement de Vichy promulgua le statut des Juifs, le 3 octobre 1940 puis le 2 juin 1941, Élie Britan fut confronté à de nouvelles difficultés. L’article 4, indiquait : « Les juifs ne peuvent exercer une profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre ». À la demande des autorités allemandes, il fut arrêté et interné le 22 juillet 1941 à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), camp réservé aux Juifs.
Il protesta auprès de la direction du camp, expliqua qu’il était sans religion, qu’en conséquence, il n’était pas israélite et que son internement était donc « sans motif légitime ». Les autorités allemandes furent prévenues et une enquête policière eut lieu. Les Renseignements généraux estimaient qu’Élie Britan étant un : « Citoyen soviétique expulsé de Russie » et « n’était donc pas communiste » ; ils faisaient remarquer que son fils Alexandre était scolarisé dans un pensionnat israélite et que lui-même bénéficia d’aides d’associations juives. Louis Sadosky, inspecteur principal adjoint qui impulsait la traque des Juifs, ne formula, chose rarissime, aucune appréciation. Sur un carton récapitulatif des internés à Drancy, Die Weltbühne (La Scène mondiale) était qualifié « d’obédience communiste ». En conséquence Élie Britan était un : « Sympathisant des théories communistes, suspect et dangereux pour l’ordre intérieur ».
Élie Britan fut passé par les armes le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien et inhumé au cimetière de Suresnes. Étant de nationalité étrangère, la mention « Mort pour la France » ne lui fut pas accordée par le ministère des Anciens Combattants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144789, notice BRITAN Élie par Daniel Grason, version mise en ligne le 7 février 2013, dernière modification le 27 février 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : PPo, BA 2439, KB 95, 77W 16. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Delphine Leneveu, Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Romillat, 1992. – Gilbert Badia (sous la dir.), Les bannis d’Hitler. Accueil et lutte des exilés Allemands en France, ÉDI, 1985. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, ÉFR, 1979. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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