TRIBIÉ Pierre

Par Jeanne Siwek-Pouydesseau

Né le 3 juillet 1910 à Puteaux (Seine), mort le 12 mai 2002 à Sartrouville (Yvelines) ; fonctionnaire des services du Trésor à la direction de la Comptabilité publique ; secrétaire général de la Fédération des Finances Force ouvrière en 1952 et 1953 ; secrétaire général de la Fédération générale des Fonctionnaires FO de 1954 à 1973 et trésorier confédéral de la CGT-FO de 1954 à 1977.

Pierre Tribié, dont le père était métallurgiste et la mère au foyer, poursuivit sa scolarité jusqu’au brevet élémentaire.

En 1926, Pierre Tribié devint auxiliaire de perception, passa ensuite le concours d’agent de recouvrement et gravit la hiérarchie des agents du Trésor pour finir sa carrière comme trésorier principal. Il adhéra en 1930 au syndicat des personnels du Trésor, affilié à la Fédération générale des Fonctionnaires CGT. Il entra, en 1934, au bureau de la section syndicale de la Seine, dont il fut secrétaire de 1935 à 1939. Il était aussi secrétaire départemental de la Caisse de Secours et de Mutualité du Trésor qui groupait, depuis 1927, les différentes mutuelles de la profession. Il adhéra à la SFIO de 1935 jusqu’au congrès d’Épinay.

De 1939 à 1945, il fut membre du comité central des personnels du Trésor et fut également trésorier de la section parisienne de la Fédération générale des Fonctionnaires. La dissolution des organisations syndicales en 1940 n’impliquait évidemment pas, pour les syndicalistes résistants, la fin de leurs mandats et de leurs responsabilités. Durant cette période, Pierre Tribié était toujours commis à la recette perception de Courbevoie, où il bénéficiait de facilités pour s’occuper de la Caisse de Secours, non dissoute. Il pouvait ainsi se déplacer librement pour maintenir les contacts avec des militants. Pierre Tribié participa aux activités de résistance de l’ancienne tendance confédérée avec Pierre Neumeyer, le secrétaire général-adjoint de la FGF et Adrien Lavergne, responsable de la CGT pour la région parisienne. Pierre Tribié fut désigné comme secrétaire départemental CGT de la Seine et trésorier régional. Les réunions de la FGF clandestine se tenaient rue Mazarine, au siège de la Fédération des Fonctionnaires Retraités qui avait le statut d’association, ainsi qu’à la Coopérative des Fonctionnaires rue d’Hauteville. Alors que Neumeyer et des militants confédérés étaient déjà entrés la veille à la Fédération des Fonctionnaires, 10 rue de Solférino, Pierre Tribié accompagna, le 20 août 1944, les FTP en armes pour « libérer » et occuper les locaux.

A la Libération, Pierre Tribié fut désigné comme représentant à la fois des fonctionnaires et des autres syndiqués confédérés à l’Union régionale parisienne de la CGT réunifiée. Les confédérés de la région parisienne avaient auparavant refusé d’appliquer les accords du Perreux et l’UD de Paris dût comprendre huit ex-unitaires ainsi que deux ex-confédérés, Tribié et Georges Delamare, de la Fédération de la métallurgie, encore en déportation. De 1944 à 1947, Pierre Tribié fut permanent de l’Union départementale CGT de la Seine, en service détaché et payé par le syndicat. Il appartint également au conseil d’administration de la Mutuelle du Trésor de 1944 à 1952.

En 1946, Pierre Tribié devint permanent de la Fédération CGT des Finances, dont le secrétaire général fut Pierre Swerry puis Léon Colas, des Douanes. Lorsque l’UGFF remplaça la FGF en 1946, Pierre Tribié soutint la candidature de Lavergne au secrétariat général contre celle de Le Léap, élu avec le soutien de la tendance unitaire. En 1948, Pierre Tribié, qui avait participé à la création de Résistance Ouvrière où il représentait les fonctionnaires ainsi que l’UD de Paris, fut un des fondateurs de la CGT-FO chez les fonctionnaires. En 1951, il envisagea de réintégrer l’administration du Trésor comme percepteur et fut nommé à la recette générale de Paris, à nouveau détaché à la Fédération des Finances mais payé par l’administration. Il remplaça Colas au secrétariat général de la Fédération des Finances en 1952 et 1953.

A la suite des grèves de 1953, Pierre Tribié, René Auzanneau du syndicat des préfectures et Roger Lapeyre des Travaux publics, décidèrent de reconstituer une Fédération générale des Fonctionnaires FO pour mettre au point une plate-forme revendicative et mieux coordonner les fédérations qui, depuis la scission, étaient regroupées dans un comité interfédéral dont le secrétaire général était Neumeyer. La Fédération des postiers FO reprit sa traditionnelle autonomie. Pierre Tribié exerça les fonctions de secrétaire général de la FGF-FO en 1954 et de 1956 à 1973 et, à la demande de Bothereau, remplaça Neumeyer, âgé de 76 ans, comme trésorier confédéral de 1954 à 1977. Comme Neumeyer, il fut déchargé des opérations matérielles par un chef-comptable, Marcel Fliss, et partagea son temps entre la FGF, 78 rue de l’Université, et son bureau avenue du Maine. Au secrétariat de la Fédération, il fut assisté par Henri Lubin, secrétaire-adjoint et par Pierre Irénée, du ministère des Finances. Pierre Tribié resta membre du comité confédéral national Force Ouvrière, de la commission exécutive de 1948 à 1954, puis du bureau confédéral jusqu’en 1977.

Dans les années cinquante, l’essentiel des activités syndicales des fonctionnaires consistait à gérer l’application de la nouvelle grille indiciaire et la mise en place du statut, dont la tendance FO n’avait pas été l’initiatrice. Les relations de la FGF-FO, aussi bien au niveau des ministères que de la Fonction publique, relevaient d’une certaine « collaboration » au sens donné avant la guerre par la CGT de Léon Jouhaux. Les liens tissés pendant la Résistance entre syndicalistes, hommes politiques et certains hauts fonctionnaires aboutissaient, en effet, à des arrangements officieux, en marge des organes de concertation qui avaient peu d’influence réelle. Ainsi, le secrétaire général de la FGF n’était-il que suppléant au conseil supérieur de la Fonction publique, laissant à ses fédérations constitutives le soin de défendre leurs propres intérêts. En 1959, Michel Debré prit acte du peu d’impact de ces instances, qui n’avaient jamais été acceptées par la haute fonction publique, et limita encore leurs compétences.

En 1968, Pierre Tribié participa en première ligne aux négociations de Grenelle avec la confédération et à la mise au point du protocole Oudinot pour les fonctionnaires. Il siégea, par ailleurs, au Conseil Économique et Social de 1959 à 1972, dont il assura la vice-présidence puis la présidence de la section des Finances. Il fut nommé membre du Conseil National du Crédit en 1960, administrateur de la Société générale en 1962, ainsi qu’au conseil d’administration de la Croix Rouge. Il fut également président-fondateur de la Préfon (retraite complémentaire des fonctionnaires) qui vit le jour le 1er janvier 1968, et membre du conseil d’administration des chèques-vacances en 1971. De 1971 à 1975, il fut nommé Conseiller d’État en service extraordinaire.

Pierre Tribié fit valoir ses droits à la retraite en 1975, mais demeura trésorier confédéral jusqu’en 1977. Il prit alors en charge l’organisation des fonctionnaires retraités FO qui, jusque là, appartenaient à la Fédération générale des Retraités, restée autonome en 1948 et à laquelle cotisent toujours certains syndicats de fonctionnaires FO. En 1987, la section des fonctionnaires retraités se transforma en Union fédérale avec, à sa tête, Pierre Tribié. Devenue union interfédérale, avec les retraités de la Fédération des Services publics et de Santé, elle resta présidée par Pierre Tribié, avec André Giauque comme secrétaire général.

Pierre Tribié fut l’une des premières personnalités à s’engager dans le projet Préfon en février 1964, et il fut élu président de la Préfon lors de l’assemblée constitutive du 8 mai 1964. Pendant les quatre années de ce mandat, il mena avec les membres du bureau de la Préfon toutes les négociations devant aboutir à la mise en place du régime au 1er janvier 1968. Présent pendant vingt ans au Bureau de la Préfon, il quitta ces fonctions le 30 janvier 1984, mais il resta membre du conseil d’administration jusqu’à son décès en 2002.

Il était officier du Mérite et de la Légion d’Honneur.

Pierre Tribié est mort le 12 mai 2002 à la Villa Berthe, maison de retraite à Sartrouville (Yvelines).

Il s’était marié le 11 janvier 1936 à Puteaux avec Madeleine La Gravière et était père de trois enfants.

Un de ses fils, prénommé Francis, milita également à FO et fut le secrétaire général de l’UD FO du Val d’Oise au cours des années 1980 et 1990.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article144278, notice TRIBIÉ Pierre par Jeanne Siwek-Pouydesseau, version mise en ligne le 30 septembre 2013, dernière modification le 1er octobre 2013.

Par Jeanne Siwek-Pouydesseau

SOURCES : FO Hebdo, n° spécial 19 décembre 1977, p. 59-60. – Entretien du 8 décembre 1999 avec l’intéressé. — Jeanne Siwek-Pouydessea, ’Les syndicats des fonctions publiques au XXe siècle, Berger-Levrault, 2001. — FO Hebdo, 29 mars 2002. — Jeanne Siwek-Pouydesseau, « Les cols blancs, fonctionnaires et employés dans la CGT-FO », dans Michel Dreyfus et alii, La naissance de Force Ouvrière, PU Rennes, 2003, p. 117-129. — État civil.

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