NICK Georges, Henry, dit Henri

Par André Caudron

Né le 16 avril 1868 à Paris (IXe arr.), mort le 9 mars 1954 à Lille (Nord) ; pasteur de la Mission populaire évangélique de France, animateur du Foyer du peuple de Fives-Lille (1897-1954) ; médaillé de la fondation Yad Vashem.

Le père du pasteur Nick, directeur d’agence à la Société générale, mourut alors que son fils n’avait que dix ans. Celui-ci fréquenta le lycée Jeanson-de-Sailly à Paris puis le lycée de Montpellier (Hérault) avant de suivre l’enseignement de la faculté de théologie de Montauban (Tarn-et-Garonne). Il y soutint en 1890 sa thèse sur La notion de la metanoia d’après le Nouveau Testament et l’expérience chrétienne et fut ensuite pasteur à Mialet (Gard), en pleine terre protestante. Cette position de notable local ne lui convint pas. Il préféra se trouver là où les gens souffraient. C’est ainsi qu’il quitta les Cévennes en 1897 pour le quartier de Fives-Lille, au milieu d’un prolétariat anticlérical que menaçaient la tuberculose et l’intempérance.

Pasteur auxiliaire de Lille, il entra ensuite au service de la Mission populaire évangélique de France (Mission Mac All). La Société chrétienne du Nord, organisation protestante chargée de collecter et de gérer des fonds, assurait son traitement. Au début, il loua une salle de café où prononcer des conférences puis il installa un modeste « Foyer du peuple » dans un baraquement (1901), remplacé enfin par un bâtiment en dur, rue Pierre-Legrand, à quelques encablures de la vaste entreprise métallurgique de Fives-Lille-Cail. Ses réunions rassemblaient surtout des ouvriers auxquels vinrent se joindre d’autres professionnels : enseignants, médecins, intellectuels. Le dimanche soir, les chants, une fanfare animaient la fête. Le lundi soir était réservé à l’étude de la Bible. Deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, le pasteur racontait l’Évangile aux enfants.

Henri Nick organisait aussi des consultations médicales, surtout pour les femmes enceintes et les nourrissons. Il créa une colonie de vacances à Sangatte (Pas-de-Calais) et une coopérative de consommation. « La Croix-Bleue » l’aida dans sa croisade contre l’alcoolisme, lorsqu’il suivait les ivrognes d’estaminet en estaminet. Le dimanche matin, ses tournées le menaient dans les rues et les courées où les chants, les prédications en langage accessible débouchaient sur des dialogues très libres. Tous les ans, au début de septembre, le pasteur distribuait ses publications dans la foule de la grande braderie de Lille. Il prenait part aussi à de nombreuses réunions où il apportait la contradiction aux orateurs de la Libre Pensée, comme André Lorulot* et Sébastien Faure*.

Aumônier du 1er corps d’armée pendant la guerre 1914-1918, il reçut la Légion d’honneur. L’abbé Achille Liénart, futur évêque de Lille et cardinal, également mobilisé, se lia d’amitié avec lui, à telle enseigne qu’il tint à l’inviter plus tard au banquet servi à l’occasion de son sacre (1928).

En 1919, la colonie de vacances avait pu reprendre ses activités près de Wimereux (Pas-de-Calais). Par la suite, le pasteur acquit un hôtel qu’il transforma en maison de vacances à Sainte-Cécile, dans le même département.

Adversaire de tout sectarisme, il n’hésitait pas à inviter tel professeur des Facultés catholiques de Lille à prendre la parole au Foyer du peuple ; il en prêtait aussi la salle aux communistes. Lors de la grande grève du textile, en 1931, il se mit d’accord avec le cardinal Liénart pour prendre le parti des ouvriers et fit placarder des affiches qui mettaient en relief l’écart entre les salaires et le coût des denrées principales. Sans être partisan résolu de l’objection de conscience, il ne refusait pas les échanges avec ceux qui la prônaient.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il porta assistance aux personnes traquées par l’occupant, communistes, résistants, juifs, en particulier lors de la rafle du 11 septembre 1942, de connivence avec son fils Pierre Nick, médecin dans le Cambrésis, et sa belle-fille Odile. Ils contribuèrent au sauvetage de nombreux enfants de familles israélites. La médaille de la fondation Yad Vashem, honorant les « Justes parmi les nations » lui fut décernée à titre posthume en 1992, ainsi qu’aux siens. Le pasteur était venu lui-même en aide après 1945 aux prisonniers allemands.

Depuis sa jeunesse, il s’était maintenu en permanence à la lisière du Christianisme social. « La pente est glissante et l’on risque d’oublier l’essentiel, la conversion et la vie vécue […] en harmonie avec Dieu », aimait-il dire, prudemment. Il était proche du piétisme, du revivalisme. L’Armée du Salut appuyait du reste son ministère. Il n’en tenait pas moins à combattre l’exploitation et l’oppression. De nombreux étudiants en théologie passaient faire un stage à Fives où il avait près de lui un excellent auxiliaire : Charles Vallée, professeur de mathématiques à l’École des arts et métiers de Lille, qui avait pris en charge les tâches d’intendance au Foyer du peuple dès le début et jusqu’en 1940.

Henri Nick, en dépit de son humilité profonde, était devenu très populaire grâce à sa forte personnalité. Il faisait montre parfois d’une fierté inébranlable. Sa douceur allait de pair avec des colères imprévues. Il savait demander et obtenir l’argent nécessaire pour ses œuvres. À quatre-vingts ans, tombé de bicyclette, il se brisa le col du fémur mais remonta néanmoins à vélo. Manifestant un grand intérêt pour le mouvement pentecôtiste, il avait fait du Foyer du peuple une assemblée évangélique indépendante en 1947.

Un demi-siècle plus tôt, en 1895, au Vigan (Gard), il avait épousé Hélène Lèques (1870-1917) dont il eut six enfants. Celle-ci seconda beaucoup son mari. Leur fille Jeanne fonda une troupe d’éclaireuses où se mêlèrent des filles de tous les milieux sociaux.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article143969, notice NICK Georges, Henry, dit Henri par André Caudron, version mise en ligne le 5 janvier 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par André Caudron

ŒUVRE : « Difficultés spéciales de l’évangélisation de la classe ouvrière », Congrès de l’évangélisation, Société centrale évangélique, Paris, 1913, p. 17-46. — Pendant la guerre. Abstinents et abstinence antialcoolique, Agence de La Croix-Bleue, Paris, 1920, 18 p. — Discours du 23 décembre 1935 in Pour Thaelmann, Paris, 1935, 48 p.

SOURCES : Pierre Hamp, « Madame Nick », L’Humanité, 18 novembre 1917, et Église libre, 28 décembre 1917. — Pierre Bosc, « Le pasteur Henri Nick », Christianisme au XXe siècle, 18 mars 1954. — Henri Roser, « Monsieur Nick », Réforme, 20 mars 1954. – Philippe Vernier, « Henri Nick », Présent, mars 1979. — Henri Roser et autres, M. Nick. — Cinquante-sept ans dans le faubourg ouvrier de Fives-Lille 1897-1954, Paris, 1982, 104 p. — Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, 4. Lille-Flandres, 5. Les Protestants, notices de Joseph Valynseele, Beauchesne, 1990, 1993. — « Le pasteur Nick », Liens protestants, Lille, 219, novembre 2012.

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