ROUSSEAU Victor, Jean, Jacques, dit Martin, dit Dupré, dit Baudry

Par Daniel Grason

Né le 2 juillet 1907 à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 17 août 1943 à Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin) ; maçon ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTP ; déporté.

Fils de François et de Marie, née Lebourg, Victor Rousseau fit son service militaire dans l’infanterie, fut nommé caporal. Il épousa le 14 mai 1932 Simone Bertrand, dactylographe, à Courbevoie, le couple demeura dans la ville au 40 rue de Bezons, Simone accoucha d’une fille, Jeanine le 14 mai 1932. Ils déménagèrent en juillet 1934 dans l’immeuble HBM du 288 rue Jean-Jaurès à Maisons-Alfort, ils adhérèrent au parti communiste en 1936, Victor devint trésorier de cellule. Il partit à la mi-mars 1938 combattre dans les Brigades internationales de l’armée républicaine espagnole, fut incorporé comme soldat dans la XIVe Brigade. Il combattit sur le front de l’Ebre, blessé à la cuisse droite par une balle de mitrailleuse, son état nécessita son évacuation à l’hôpital de Barcelone.

À son retour il travailla dans une entreprise de travaux publics, fut mobilisé en 1939, resta en zone non occupée deux mois puis rentra à Maisons-Alfort. La faucille et le marteau, emblème du parti communiste tracé au goudron apparu sur plusieurs poteaux électrique de Maisons-Alfort et sur la façade de la mairie fin octobre 1940, des tracts furent collés dans plusieurs lieux : « Jeunes travailleurs ! Alerte ! », « Un seul parti », des papillons intitulés « L’Œuvre n’est pas un journal français ». Le 2 novembre, un gardien de la paix fit du zèle, il remit au commissaire un exemplaire de l’Humanité clandestine trouvé dans sa boîte aux lettres en indiquant que le concierge du HBM où il habitait pourrait fournir quelques renseignements. Les 6, 8 et 9 novembre des gardiens de la paix lacérèrent des tracts communiste collés dans les urinoirs de la place de la Gare, la faucille et le marteau restait tracée sur un autre édicule place Salanson. Des tracts intitulés « À bas les camps de travail » étaient ramassés avenue Gambetta, une inscription à la craie était tracée sur un mur « Le communisme espoir du peuple », une autre au goudron d’une hauteur d’une cinquantaine de centimètres demandait « Thorez au pouvoir », elle voisinait avec « Gloire à Vaillant-Couturier » tracé à la craie avec la faucille et le marteau.

Le 10 novembre 1940, dans un rapport un inspecteur soupçonnait Victor et Simone Rousseau. Le lendemain le commissaire de Charenton-le-Pont écrivit au directeur des Renseignements généraux : « Il n’est pas douteux que Rousseau est l’un des agents les plus actifs de la propagande communiste dans Maisons-Alfort […] son internement aurait une efficacité nullement négligeable ». Leur domicile était perquisitionné, une machine à écrire fut saisie et des feuilles dactylographiées sur la formation d’un comité populaire, d’aide aux prisonniers, aux chômeurs, aux femmes. Il devait être interné le 8 décembre, mais s’était réfugié dans l’illégalité, la Sûreté nationale reçut son signalement le 22 janvier 1941.

Séparé de sa femme à la suite d’une dispute, il partit chez ses parents, puis à Bernay (Eure), enfin en Bretagne où il travailla. Il revint en région parisienne en février-mars 1941, habita Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine) eut un contact avec le parti communiste. Il dirigea les Groupes Spéciaux, en était le responsable politique, en liaison avec Jean Debrais qui dirigeait le Groupe spécial de sabotage (GSE). Victor Rousseau était plus particulièrement chargé du Groupe spécial de récupération (GSR) et du Groupe spécial d’exécution (GSE) chargé de l’exécution des traîtres et des collaborateurs, notamment ceux du parti populaire français (PPF).

Il logeait 14 rue Etienne-Dolet à Paris XXe arr., était en contact avec le commissaire politique inter-régional, Roger Linet dit Rivière. Il participa ou organisa une trentaine d’actions, repéra Albert Vassart*, ex-maire communiste de Maisons-Alfort, donna les renseignements au commandant Benoît, le 27 juin 1942, un militant communiste tira six coups de revolver sur Vassart, sans l’atteindre. Victor Rousseau organisa des attentats et des attaques à main armée de centres de rationnement, participa à l’attaque de la mairie de Maisons-Alfort pour récupérer des tickets d’alimentation, un gendarme fut tué. Le 1er août 1942 il était en protection rue Daguerre où Lise London* prit la parole, la police l’identifia à ce jour-là. Le 3 janvier 1943, un membre du GSE tirait à bout portant sur une concierge 7 rue Neuve-Popincourt, membre du PPF et du comité d’action antibolchevique, elle mourut le lendemain à l’hôpital.

Les inspecteurs des Renseignements généraux de la BS 2 l’arrêtèrent le 13 janvier 1943 dans un pavillon de Draveil (Seine-et-Oise, Essonne). Lors de la perquisition furent saisis : trente-cinq kilos de plastic, des explosifs, deux parabellums, trois pistolets et revolvers, vingt chargeurs, deux poignards, des cartouches, des feuilles de tickets de produits rationnés que des FTP s’étaient procurés lors des attaques des mairies d’Ecouen et de Maisons-Alfort, ainsi que des documents émanant de Roger Linet. Marie-Jeanne Lefebure dite Marcelle agent de liaison de Rousseau fut interpellée alors qu’elle se présentait rue Dolet.

Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, il y resta dix jours, emprisonné le 23 janvier à la prison de Fresnes, mis à la disposition des Autorités allemandes. Le 11 juillet 1943, cinquante-six hommes quittaient la prison de Fresnes pour la gare de l’Est à destination du camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin), parmi eux vingt-et-un FTP dont dix-neuf furent arrêtés dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise. Classés « NN » (condamnés à disparaître), plus de la moitié moururent. Victor Rousseau matricule 4494 y mourut le 17 août 1943.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article143526, notice ROUSSEAU Victor, Jean, Jacques, dit Martin, dit Dupré, dit Baudry par Daniel Grason, version mise en ligne le 13 décembre 2012, dernière modification le 28 décembre 2015.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. RGASPI 545.6.1039 liste des Brigadistes français en Espagne républicaine ; RGASPI 545.6.45. – Arch. PPo., BA 2039, BA 2057, carton 14 activité communiste pendant l’occupation, KB 5, KB 64, 77W 1592. – Livre-Mémorial, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Éd. Tirésias, 2004. – JO n° 199 du 27 août 1996. – Site Internet GenWeb. – État civil, Courbevoie.

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