PECQUEUR Constantin, Séraphin, Nicolas

Par Notice revue et complétée par J. Thbaut

Né le 4 brumaire an X (26 octobre 1801) à Arleux (Nord), mort le 18 décembre 1887 à Taverny (Seine-et-Oise). Écrivain et théoricien socialiste. Membre de la Commission du Luxembourg en 1848.

Son père, moine d’Arras, devint en 1791 curé constitutionnel d’Arleux, abdiqua sa fonction ecclésiastique le 2 avril 1794 pour gérer le chef-lieu de canton avec le frère du conventionnel Merlin de Douai et épousa une pauvre illettrée qui lui donna cinq enfants dont Constantin, le quatrième et troisième vivant.

Celui-ci, travaillant à Lille pour les Ponts et Chaussées, y découvrit le capitalisme naissant et le prolétariat lillois. Il fréquenta, en curieux, l’École de médecine de l’Hôpital militaire, pépinière de médecins progressistes. À Paris en 1830, il participa au saint-simonisme (articles dans Le Globe) dont il retint l’idée de l’organisation économique et sociale. De 1832 à 1834, il se passionna pour le fouriérisme et collabora au Phalanstère jusqu’à sa disparition, le 1er février 1834 à La Revue Encyclopédique, à La Revue du Progrès Social. Il appartint à l’équipe de La Phalange. Mais aucune de ces deux écoles ne put satisfaire complètement ses aspirations. Il fut pourtant l’un des premiers à rendre justice à Charles Fourier et il n’est pas douteux que dans ce domaine l’influence de Pecqueur fut profonde sur la pensée d’hommes comme Benoît Malon*.

À partir de1839, il publia plusieurs ouvrages importants dont Théorie nouvelle d’Économie sociale et politique fort appréciée par Marx pour le « matérialisme » de sa méthode (et rééditée en 1971 à New York !). En 1844, il publia La République de Dieu.

En 1848, il apparut comme franchement communiste et il jouit d’une solide réputation pour ses connaissances en histoire et en économie politique. Louis Blanc en fit son secrétaire particulier à la Commission du Luxembourg. Là, avec Considérant, il fut de ceux qui élargirent les idées de Louis Blanc sur les colonies agricoles, les habitations ouvrières, la détermination des salaires et les conditions de travail dans un esprit d’inspiration fouriériste

De 1849 à 1850, les six numéros du Salut du peuple, qu’il publia lui permirent un excellent exposé de sa pensée et une polémique acerbe avec Proudhon à travers une série de lettres. Dans la première il lui rappela ce qui, à son insu peut-être, le rapprochait de Fourier : « Restituez à Fourier toutes les grandes lumières qui vous ont guidé dans la critique de l’organisation économique et des vices de la civilisation, toutes les conceptions positives qui vous donnent l’apparence d’un organisateur, telles que la banque d’échange, sa formule du droit au travail, ses séries que vous avez défigurées ou transformées jusqu’à en faire un je ne sais quoi de ridicule et d’inintelligible... »

En 1849, Pecqueur assistait aux réunions du groupe d’instituteurs socialistes avec Pauline Roland, Pérot, Lefrançais. Il publia alors un résumé simple des théories communistes sous le titre Catéchisme social. Sous-bibliothécaire au Palais Bourbon depuis le 1er mai 1848, et en butte à la malveillance des tenants de l’ordre, il ne signa pas cet ouvrage qui parut sous le nom de Greppo, de Lyon, un de ces députés de l’extrême gauche qu’il aidait dans la préparation de leurs interventions. Les vertus qu’exigeait Pecqueur devaient être, selon lui, suscitées par l’évolution économique. Il affirmait que les progrès matériels déterminent les progrès moraux. Ainsi les locomotives qui ont rapproché les hommes et leur ont permis d’échanger produits et idées, allaient imposer la fraternité entre les individus qui se haïssaient parce qu’ils s’ignoraient. Pecqueur fut un de ceux grâce à qui se sont rapprochés socialisme et science économique.

Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il fut révoqué, pour refus de prêter serment, mais grâce à l’influence de ses anciens amis saint-simoniens, il fut immédiatement réembauché comme sous-bibliothécaire auxiliaire (mais avec un traitement réduit de 25 %). Dans l’ombre et le silence du Second Empire, il resta en relation avec les exilés (Blanc, M. Nadaud, Nétré, Mallarmet...), écrivit dans des revues suisses et collabora à L’Homme publié à Jersey puis à Londres.

Oublié, ignoré ensuite, comme tous les quarante-huitards, il se vit rendre un hommage rare par Benoît Malon dans un numéro spécial de sa Revue socialiste sous le titre « Constantin Pecqueur, doyen du collectivisme français », en 1886, un an avant sa mort.

Le 22 décembre 1887, au cimetière de Ville-d’Avray, Martin Nadaud parla de son « ami » et « initiateur », Eugène Fournière prononça un vibrant éloge de ce « précurseur » et de son « œuvre immense ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article143485, notice PECQUEUR Constantin, Séraphin, Nicolas par Notice revue et complétée par J. Thbaut, version mise en ligne le 12 décembre 2012, dernière modification le 14 avril 2017.

Par Notice revue et complétée par J. Thbaut

ŒUVRES : Économie sociale, 1839. — Des améliorations matérielles dans leur rapport avec la liberté ; introduction à l’étude de l’économie politique, Paris, 1840. —De la législation et du mode d’exploitation des chemins de fer, 1840. — Réforme électorale, appel au peuple à propos du rejet de la pétition des 240 mille, Paris, 1840. — De la paix, de son principe et de sa réalisation, Paris, 1842. — Des armées dans leurs rapports avec l’industrie, la morale et la liberté, ou Des devoirs civiques des militaires, Paris, 1842. — De la paix, de son principe et de sa réalisation, Paris, 1842. — Théorie nouvelle d’économie sociale et politique, ou Études sur l’organisation des sociétés, Paris, 1842. — De la République de Dieu ; union religieuse pour la pratique immédiate de l’égalité et de la fraternité universelles, Paris, 1844. — Le Salut du peuple, Paris, 1849-1850, in-8°. — Catéchisme social, Paris, 1848 (paru sous le nom de Greppo).

SOURCES : Bibl. Palais Bourbon, Fonds Pecqueur. — IISG Amsterdam, Fonds Pecqueur. — Arch. Personnelles. — G. Lefrançais, Souvenirs d’un révolutionnaire — E. Antonelli, « Constantin Pecqueur », Revue d’histoire économique et sociale, t. XVIII, 1930, pp. 482-504. — G. Marcy, Pecqueur, fondateur du collectivisme d’État, Paris, 1934. — H. Raff, C. Pecqueur, ein religioser Sozial-theoriker an der Schwelle der modernen Maschinen Zeitalters, Zürich, 1949. — De la République de Constantin Pecqueur, dirigé par Clément COSTE, Ludovic FROBERT et Marie LAURICELLA, édité par les Presses universitaires de Franche-Comté. Ouvrage de 466 pages intégrant 12 contributeurs.

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