MERVILLE Marcel, Albert

Par Jacques Girault

Né le 25 mars 1920 à Paris (XIVe arr.), mort le 18 décembre 2004 à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) ; instituteur dans la Seine ; militant syndicaliste du SNI ; militant communiste.

Fils d’un ouvrier de la métallurgie syndicaliste (indiqué « employé » à l’état civil), d’esprit anarcho-syndicaliste, et d’une concierge, Marcel Merville reçut les premiers sacrements catholiques. Élève de l’école primaire et du cours complémentaire du pont de Lodi (1er arr.) dirigé par le militant syndicaliste Louis Dumas il entra à l’École normale d’instituteurs d’Auteuil (Paris) en 1936 où il demeurait à temps plein étant orphelin. Membre du Syndicat national des instituteurs depuis 1936, secrétaire de la sous-section de l’école normale de 1937 à 1939, il soumit à la direction nationale du SNI et à la commission nationale des jeunes un projet de commission nationale normalienne. Il participait aux sorties champêtres organisées pour les jeunes enseignants par Jean Roulon, militant de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement. Il fut le seul normalien solidaire des grévistes, le 30 novembre 1938, en ne se rendant pas au stage de l’école annexe. Cette action lui valut une exclusion temporaire. Parallèlement, il encadra une colonie de vacances d’enfants du XXe arrondissement de Paris en 1938 et 1939, au Tréport (Seine-Inférieure). Il publia, à partir de son expérience, une adaptation scénique du conte d’Andersen, Les habits neufs de l’Empereur.

Marcel Merville adhéra aux Jeunesses communistes en 1935 et devint le secrétaire du groupe antifasciste des élèves du cours complémentaire de la rue du Pont de Lodi. Il rédigea un tract qui fut imprimé et diffusé avec l’aide des jeunes communistes du VIe arrondissement. Il adhéra au Parti communiste en août 1939 en apprenant la signature du pacte germano-soviétique.

Marcel Merville se maria en avril 1941 à Paris (XIe arr.) avec une institutrice qui mourut peu après. Le couple eut une fille.

Mobilisé, démobilisé dans l’été 1940 dans le Tarn, Marcel Merville reprit un poste d’instituteur en région parisienne en janvier 1941 et habitait à Vincennes. Il reprit alors contact avec une douzaine d’anciens normaliens pour une activité clandestine (défense de l’école laïque et refus du Service du travail obligatoire). En 1942, membre du triangle de direction du Front national des instituteurs avec Jean Roulon* et Fernand Leriche, il fut détaché pour diriger un centre de repli pour les enfants de Bagnolet (Seine) à Coulons (Loiret) où il appartint à un maquis sous le pseudonyme de « Grégoire Bergeret ». A partir de 1942, en contact avec des instituteurs résistants, avec d’anciens dirigeants du SNI et de la Fédération générale de l’enseignement (René Bonissel et Adrien Lavergne), il participa à la reconstitution clandestine du syndicat. Il appartint à son comité directeur et fut un des signataires d’un appel dans le premier numéro de L’Ecole libératrice, en septembre 1944, pour la reconstitution du SNI. Dès le 5 octobre 1944, lors de la réunion du bureau politique du Parti communiste français, il apparut comme un des cinq responsables des instituteurs communistes pour la préparation de l’assemblée générale du SNI renaissant dans la région parisienne. Il fit partie du comité de direction de L’École laïque, périodique du Front national universitaire puis de l’Union française universitaire.

Merville se remaria en juillet 1945 à Vincennes. Le couple eut un fils puis divorça en 1950. Il se remaria en avril 1951 à Créteil (Val-de-Marne) avec une institutrice devenue PEGC. Ils eurent une fille puis divorcèrent en 1974.

Membre du bureau national provisoire du SNI, confirmé lors de la réunion du conseil national du 30 décembre 1945, Merville, lors de la réunion du conseil national, les 27-28 mars 1945, fut désigné pour animer la Journée d’études des jeunes qui se termina par l’élection de la commission nationale des jeunes dont il devint le secrétaire. Il occupa pendant quelques mois la même responsabilité dans la Fédération générale de l’enseignement. Désigné comme membre de la commission administrative de la Fédération de l’Education nationale en 1946, il fut suppléant en 1948. Il prit une part active dans l’organisation de commissions départementales des jeunes dans les sections départementales du SNI. Dès lors, dans les réunions des instances nationales du syndicat, il intervenait sur les questions concernant les jeunes instituteurs. Dans le bureau national, avec quatre autres militants (Paul Delanoue, Lucette Justafré, Émile Labrunie et Achille Llado), il se montrait soucieux d’un « accord avec la direction de la CGT » estimant que ses amis étaient sous-représentés mais déclarant vouloir « continuer à travailler à condition que le SNI ait une vie démocratique ». La direction du SNI avait quatre permanents. La question de la création d’un cinquième poste pour Merville, justifiée par ses responsabilités à la commission des jeunes, fut repoussée par 15 voix contre 5, le 17 janvier 1946. Il dirigea notamment la publication en juin 1946 d’un guide des jeunes chez Sudel, dont tout le monde se félicita. La réunion du bureau national, les 15-16 octobre 1946, repoussa une nouvelle proposition de la création d’un poste de permanent pour lui et procéda à la répartition entre les commissions. Il devint membre des commissions des affaires corporatives, de l’action laïque, de l’éducation sociale, des œuvres post et périscolaires, des jeunes dont il demeura le secrétaire.

Cette responsabilité l’amena à organiser les journées normaliennes à Toulouse pendant les vacances de Noël 1946. La direction du SNI et des militants des Amis de L’École émancipée critiquèrent l’orientation de cette réunion ; aussi le secrétaire général Henri Aigueperse souhaita-t-il que la commission fonctionne sous le contrôle du syndicat. D’autres réunions se déroulèrent à Grenoble et à Auteuil. On en eut une illustration dans le débat du congrès du SNI, le 20 juillet 1947, quand fut décidée l’organisation d’une association des auberges de jeunesse placée sous la double direction du SNI et de la CGT, ce qui l’amena à démissionner de la fondation qui regroupait les deux associations d’auberge de la jeunesse (catholique et laïque).

Merville, depuis la Libération, était le directeur d’une publication L’Ecole normale de France. Il devança les critiques qui ne s’exprimaient pas ouvertement en proposant que cette revue soit placée sous la responsabilité du bureau national du SNI. Il était également avec Paul Delanoue secrétaire de rédaction et co-rédacteur en chef de La Vie ouvrière, hebdomadaire de la CGT.

En outre, Merville militait dans la section départementale du SNI de la Seine. Outre son action en direction des jeunes, il fut un des dirigeants de la grève des instituteurs du département à la fin de 1947. Il signa notamment, au nom du comité de grève, le télégramme envoyé à toutes les sections départementales, le 24 novembre, les incitant à entrer dans le mouvement que la direction du SNI n’approuvait pas. Il fut élu en deuxième position en 1948 sur la liste « ex-unitaire » au conseil syndical de la section départementale. Il y dirigeait notamment un petit journal Normaliens jusqu’en 1950.

En décembre 1947, alors que la scission syndicale se préparait, pour la première fois, les élections du bureau national du SNI se déroulaient à la proportionnelle. Merville figurait parmi les 20 candidats de la liste B « pour un syndicalisme indépendant démocratique et efficace » conduite par Paul Delanoue, « secrétaire de la FEN ». Il fut élu lors de la réunion du conseil national, le 28 décembre 1947, avec 568 voix. Lors de la réunion du bureau national, le 14 janvier 1948, il fut désigné comme membre des commissions d’action laïque, des œuvres post et périscolaires et des jeunes, cette dernière commission étant placée maintenant sous la direction de Clément Durand. Lors de la réunion, Delanoue protesta contre cette modification, estimant que la majorité était « en train d’éliminer Merville par la bande ». Ces luttes entraient dans les oppositions de stratégies syndicales avec comme enjeu l’influence parmi les jeunes enseignants. Désormais, ses articles dans L’Ecole libératrice étaient précédés d’un chapeau de Clément Durand, « secrétaire de la commission nationale des jeunes ». Il protesta contre cette situation lors du congrès national du SNI, le 23 mars 1948. Le lendemain, il expliquait pourquoi comme ses camarades, il n’avait pas participé à l’élaboration de la motion Bonissel*-Valière* sur l’autonomie de l’organisation syndicale. La motion de maintien dans la CGT, devenue motion Merville, obtint 390 mandats sur 1379, loin derrière la motion majoritaire. Parallèlement, il fut un des responsables du choix de se maintenir dans la CGT par le biais de la FEN-CGT tout en étant membre à part entière du SNI entrant temporairement dans l’autonomie.

Après le congrès du SNI, Merville signa avec Georges Buvat une circulaire, en tant que membre de la commission nationale des jeunes du SNI, invitant les jeunes instituteurs à rejoindre la commission fédérale des jeunes de la FEN-CGT, ce qui provoqua une mise en garde du secrétaire général du SNI Aigueperse dans L’Ecole libératrice du 29 avril 1948. A la réunion du bureau national, le 6 mai 1948, Durand l’accusa de s’exprimer en tant que responsable aux jeunes et aux questions corporatives de la FEN-CGT. Aigueperse lui demanda de cesser cette activité « pas compatible avec la qualité de membre du BN du SNI »". Il cessa d’appartenir au bureau national du SNI à la demande de Paul Delanoue tout en devenant membre du secrétariat permanent de la FEN-CGT. Désormais, il cessa de s’exprimer dans le SNI.

Merville anima l’action des instituteurs « cégétistes » dans le SNI (grève du 24 septembre 1948, préparation des états généraux de la France laïque, Centre de liaison des instituteurs luttant pour le retour du Syndicat national dans la CGT) et participa à la rédaction de la presse de la FEN-CGT, dont L’Action syndicaliste universitaire. Il dut interrompre cette activité en 1949 notamment pour des raisons de santé.

A partir de 1950, après un stage à l’École normale nationale d’apprentissage, Merville devint professeur d’enseignement général (lettres). Il enseigna notamment la législation du travail dans un centre d’apprentissage puis dans un collège d’enseignement technique, dirigeant par intérim le lycée d’enseignement professionnel Condorcet à Montreuil (Seine-Saint-Denis) jusqu’à sa retraite en 1980. Il milita dans le Syndicat national de l’enseignement technique professionnel (CGT). Il publia en 1957 un Cahier de législation du travail à l’usage de ces classes, qui connut plusieurs rééditions et mises à jour, chez le même éditeur puis à partir de 1968, à nouveau chez Sudel, maison d’éditions du SNI. Parallèlement, il continuait à diriger des colonies de vacances du début des années 1950 au début des années 1980 pour des municipalités (dont Pavillons-sous-Bois) et pour la Croix rouge française.

Politiquement, Merville cessa d’adhérer au PCF en 1950. Il en fut à nouveau adhérent de 1976 à 1982. Membre du comité national de l’Union de la Jeunesse républicaine de France dans la deuxième moitié des années 1940, il fut commissaire national de l’Union des Vaillants et des Vaillantes et membre du comité directeur des Francs et franches camarades. A la fin de 1947, dans une brochure La duperie du scoutisme, il critiquait les éclaireurs de France. Dans L’École laïque de février 1948, Jean-Claude Buhler, dans un article intitulé « Existe-t-il un scoutisme laïque ? », allait plus loin et concluait sur la fidélité des éclaireurs de France « en tant qu’association à l’esprit réactionnaire du scoutisme officiel ». Il fut aussi le fondateur et le directeur de la revue du mouvement Bâtisseurs d’avenir. Il republia en 1952 Les habits neufs de l’Empereur, épuisés depuis longtemps.

« Profondément et totalement athée », Merville se remaria en juin 1976 à Champigny (Val-de-Marne) avec une institutrice devenue directrice d’école et conseillère municipale. Ils eurent un fils.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article143440, notice MERVILLE Marcel, Albert par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 décembre 2012, dernière modification le 24 octobre 2018.

Par Jacques Girault

Œuvres : Les habits neufs de l’Empereur, Paris, Bourrelier, 1939, réédité chez Sudel, en 1952. — Cahier de législation du travail, à l’usage des apprentis, élèves des centres d’apprentissage et des cours complémentaires, des candidats aux CAP, Paris, Mizeret, Rinquebeck et Rouvière, 1957 (nombreuses rééditions et mises à jours) republié en 1968, chez Sudel, puis en 1974, à nouveau chez Sudel avec comme sous-titre, à l’usage des élèves et étudiants de l’enseignement technologique et professionnelle, des apprentis et des stagiaires de la formation permanente, chez Sudel.

SOURCES : Presse syndicale. — HIRSCH (Robert), La section de la Seine du Syndicat national des instituteurs et institutrices de 1944 à 1967, Thèse, Université de Paris 13, 2003. — Renseignements fournis par l’intéressé à R. Hirsch et à Pierre Roche et par la famille de l’intéressé.

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