VERNET Roger [Pseudonyme dans la Résistance : André]

Par Daniel Grason

Né le 9 juillet 1907 à Paris (Xe arr.), fusillé le 23 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ébéniste, outilleur rectifieur ; résistant FTPF.

Fils de Jules, employé, et de Jeanne, née Manceau, couturière, Roger Vernet effectua son service militaire dans un Régiment d’infanterie et fut sergent. Il épousa le 7 juin 1936 Lucienne Loire à la mairie de Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine) ; le couple eut un enfant ; la famille vivait boulevard du Maréchal-Pétain (aujourd’hui boulevard Aristide-Briand) à Courbevoie. À l’origine ébéniste, suite à une formation il devint outilleur rectifieur à l’usine Le Matériel téléphonique (LMT) à Boulogne-Billancourt. Cet établissement construisait des centraux téléphoniques pour les grandes entreprises et des émetteurs – en 1937 fut inauguré le plus puissant de l’époque installé au sommet de la tour Eiffel.
Le 20 septembre 1941, la police démantela un groupe de communistes dont l’activité s’exerçait dans les usines de la banlieue ouest de Paris, dont la LMT. Quinze militants furent arrêtés, dont Félix Pozzi. En janvier 1942 fut distribué Le Micro, organe revendicatif du comité populaire LMT : « Cinq francs de l’heure d’augmentation immédiate pour tous, une livre de pain, un litre de vin par jour, de la viande, des matières grasses, etc. nous les obtiendrons par l’action ! », telles étaient les revendications. Le 23 octobre 1942, le commissaire de Boulogne-Billancourt signala à ses supérieurs la présence de papillons dans les rues menant à l’entreprise, sur l’anniversaire de « l’assassinat des otages de Châteaubriant » : « Il y a un an Jean Timbaud était assassiné vengeons-le, en sabotant, en détruisant machines et usines, en refusant de partir en Allemagne. »
Impliqué dans la propagande communiste, Roger Vernet était en outre membre des Francs-tireurs et partisans (FTP), en liaison avec Pierre Schlup. Un rendez-vous fut fixé le 23 mars 1943 à 6 h 45 du matin dans le quartier de Bécon-les-Bruyères, à l’angle des rues Armand-Silvestre et Édith-Cavell à Courbevoie. Trois inspecteurs de la Brigade spéciale no 1 (BS1) postés en embuscade l’attendaient. Roger Vernet fut fouillé au corps : il était porteur d’un pistolet automatique Walman, calibre 6,35 mm, avec chargeur garni, d’un papier portant le nom de Jean Della Tolla, un ancien de la LMT, d’une brochure destinée à l’instruction des FTP. Pierre Schlup avait été arrêté la veille par la BS2.
Le service de l’identité judiciaire indiqua aux enquêteurs que le pistolet saisi n’avait pas été utilisé lors d’actions contre des militaires allemands. Roger Vernet, qui portait le matricule 6032, attribué par Pierre Schlup, fit observer que lors de son arrestation l’arme était dans sa poche gauche et qu’il était droitier : je « l’avais prise sur moi pour la restituer à Schlup ». Il fut jugé le 5 octobre 1943 et condamné à mort pour « actes de franc-tireur » par le tribunal du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Il fut passé par les armes le 23 octobre 1943 à 12 h 30 au Mont-Valérien.
Entendue après la Libération, sa femme, Lucienne Vernet, déclara qu’elle ne savait rien des conditions de son arrestation. Elle porta plainte contre les policiers responsables de sa mort.
Le nom de Roger Vernet fut gravé sur le monument aux morts des déportés et fusillés de Courbevoie. Le ministère des Anciens Combattants lui attribua le grade de caporal des Forces françaises de l’intérieur (FFI) à titre posthume.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article143132, notice VERNET Roger [Pseudonyme dans la Résistance : André] par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 novembre 2012, dernière modification le 16 octobre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., BA 1928, BA 2117, BA 2299, KB 29, KB 63, KB 96, PCF cartons 8, 14 et 21, rapports hebdomadaires sur l’activité communiste. – DAVCC, Caen, Boîte 5 / B VIII 4, Liste S 1744-327/43 (Notes Thomas Pouty). – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Paris (Xe arr.).

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