GUY Claude

Par Daniel Grason

Né le 28 janvier 1924 à Arnac-Pompadour (Corrèze), exécuté par les Allemands le 1er août 1944 à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine) ; mécanicien mouleur, dessinateur mouliste ; résistant FTPF.

Claude Guy
Claude Guy

Fils de Pierre Guy mécanicien mouliste et de Madeleine, née Péjoux, ménagère, Claude Guy, célibataire, travaillait dans l’entreprise de son père Pierre, un industriel, qui dirigeait une entreprise de mécanique dans la même ville. La famille habitait 61, rue Parmentier à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).

Au début du mois de mai 1944, Claude Guy rencontra un ancien camarade de classe, Robert Degert. Celui-ci lui apprenait qu’il faisait partie d’une organisation de résistance luttant contre les Allemands. Cette organisation était reconnue par le comité d’Alger. Il lui proposa d’y adhérer. Claude Guy accepta par patriotisme. Robert Degert lui affirma qu’il recevrait de quoi subvenir à ses besoins. Il ne fut pas question qu’il soit payé mensuellement.

Claude Guy fit la connaissance de plusieurs résistants, ils lui étaient présentés sous leur pseudonyme. Il y eut Leblanc, Raymond Fabre (Marcel Laurent) qui lui présenta Rochard (Roger Salomon), Balan, Georges (Georges Schlepp), Christian. Marcel Laurent transmettait les directives, il lui demanda de ne parler de rien à ses parents et de prendre un pseudonyme, Claude Guy choisit Martin. Ce choix n’était peut-être pas un hasard, Claude Guy était catholique et Saint-Martin fut celui qui remit à un pauvre frigorifié la doublure de son manteau.

En mai, Claude Guy entra dans l’action, avec Balan, Roger Salomon et Robert Degert, un boulanger de Choisy-le-Roi fut sommé de remettre ses tickets de pain pour les patriotes. A la mi-mai, il participa à un attentat contre un herboriste de Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise, Essonne). L’opération avait été remise plusieurs fois, l’homme étant absent. Marcel Laurent était chargé de le tuer, l’homme selon Roger Salomon aurait fait incorporer de force une quarantaine de jeunes dans la LVF et dans la Milice. Equipé d’un pistolet automatique 7,65 mm, il entra dans la boutique, commanda de la menthe et tira... qu’une seule fois. Première action armée, la peur paralysa son bras. Non armé, Claude Guy se tenait à l’extérieur de la boutique, bicyclette à la main. L’herboriste fut légèrement touché au cou.

Au début juin, il était avec Roger Salomon, Georges Schlepp, Christian et Marcel Laurent, lors du vol d’un véhicule Citroën à Puteaux ou Suresnes. Le propriétaire était récalcitrant à la faire démarrer, mais le nombre eut raison de ses réticences. Ils allèrent à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) pour tuer un traître, un commis quincailler, membre du PPF. Claude Guy devait tirer, il était récalcitrant à accomplir ce geste... il ne tira pas.

Le 26 juin 1944 à Montrouge, quatre membres du groupe croisèrent un militaire allemand dans une rue où il y avait peu de monde. Claude Guy et Marcel Laurent étaient sur le trottoir d’en face. Il était 15 heures 45, Robert Degert et Balan tirèrent, Frédérick Zavetzke, un sous-officier allemand membre d’une formation de chars de combat s’effondra, touché de deux balles dans la tête, une à l’abdomen et une à la main droite. Marcel Laurent ramassa l’arme, tous réussirent à prendre la fuite sans être inquiété. Un gardien d’une usine toute proche, aperçu un corps humain allongé, il pensa qu’une personne avait eu un malaise. Ayant constaté qu’il s’agissait d’un meurtre, il alerta des cheminots allemands. La Feldgendarmerie fut prévenue, les services de la police allemande confièrent l’enquête à la Brigade spéciale n° 2.

Le 30 juin, un rendez-vous était fixé Porte d’Italie, un véhicule Citroën volé à l’École des Arts et manufactures attendait. Claude Guy ignorait d’où venait l’automobile, il prit place à l’intérieur avec Georges Schlepp, Marcel Laurent, Robert Degert et deux inconnus. Ils se rendirent à Vitry (Seine, Val-de-Marne) chez un buraliste. Ceux qui pénétrèrent dans le débit de tabac étaient armés, l’un d’eux annonça « On vient chercher le tabac ! ». Georges Schlepp et Robert Degert sortirent avec trois sacs, à l’intérieur : cinq cartouches de Gauloises et deux cent quarante paquets de tabac. Claude Guy non armé était à l’extérieur, trois jours plus tard, Robert Degert lui remit comme « prime d’action » quinze à vingt paquets de cigarettes.

Le 5 juillet 1944, quatre policiers de la brigade spéciale n° 2 interpellèrent Claude Guy, la perquisition chez ses parents, là où il habitait, n’apporta guère de preuves matérielles. Le couteau à cran d’arrêt saisi était un souvenir de guerre de son oncle. Le seul élément nouveau, concernait une mission qui lui fut confié par Roger Salomon, suivre un inspecteur de police qualifié de « tortionnaire » qui habitait Ivry-sur-Seine. Claude Guy ignorait le nom de ce policier, le repérage ne débuta pas.

Conduit dans les locaux des brigades spéciales, Claude Guy précisa qu’il avait reçu des tickets d’alimentation et qu’il fut rétribué à trois reprises, pour un montant total de quatre mille cinq cents francs. Considéré par les policiers comme membre du bataillon Vengeance des FTPF (région P 6), il déclara : « Je ne savais pas que je faisais partie d’une organisation communiste ». Il affirma « pas plus d’ailleurs que Degert, qui m’avait fait entrer en même temps que lui dans cette organisation. Je ne savais même pas le nom de l’organisation ».

Outre Claude Guy, Robert Degert* et Marcel Laurent* qui participèrent à l’attentat contre le sous-officier allemand furent arrêtés. Il en fut de même de Raymond Jozon* et Georges Schlepp*, tous les cinq furent exécutés.
Arrêtés également, Albert Mansion, Roger Salomon, Eugénie Laurent, Lucien et Jeanne Angelard furent déportés le 15 août 1944. Le convoi partit de la gare de Pantin, les installations de la gare de l’Est ayant été détruites par la Résistance. Albert Mansion, Roger Salomon, Lucien Angelard arrivèrent le 20 août à Buchenwald (Allemagne), ils furent transférés à Dora, ils décédèrent à Ellrich, Albert Mansion le 18 janvier 1945, Roger Salomon le 9 mars et Lucien Angelard le 4 avril. Les deux femmes prirent la direction de Ravensbrück, Eugénie Laurent fut affectée au commando de Torgau dans une usine de munitions et d’explosifs, elle mourut à Ravensbrück le 21 décembre 1944. Jeanne Angelard fut libérée en avril 1945 de Schönefeld.

Détenu une dizaine de jours dans les locaux des Brigades spéciales, incarcéré à Fresnes du 13 au 23 juillet, mis à la disposition des Allemands, Claude Guy fut exécuté le 1er août 1944, en compagnie de Robert Degert et de Marcel Laurent, à angle de la rue Fontenay et Marcel Sembat, à Montrouge, là où le sous-officier allemand avait été abattu. Une fiche était épinglée sur Robert Degert, elle portait ces mots : « Ici, j’ai tué un soldat allemand, voilà pourquoi j’ai été exécuté ».

Le 2 août plusieurs bouquets de fleurs furent déposés par des passants là où furent trouvés les trois corps. Une infirmière en tenue déposa une gerbe. Devant ces manifestations de sympathie à l’égard des trois résistants, la police municipale se déploya et invita les passants à circuler. A 17 heures, plusieurs personnes déposèrent une gerbe au Monument aux Morts de la ville, distant d’un kilomètre. Un ruban portait l’inscription : « Hommage aux fusillés de ce matin ».
Les obsèques de Claude Guy eurent lieu le 7 août 1944, une cérémonie religieuse se déroula à l’Église Saint-Pierre et Saint-Paul, à Ivry-sur-Seine où il y fut inhumé.

Le 7 juin 1945, le père de Claude Guy, Pierre témoigna devant la commission d’épuration de la police. Il reconnut sur photographies, trois des policiers qui étaient venus arrêter son fils « pour activité patriotique », il déclara : « À mon opinion, mon fils n’a pas été victime de sévices pendant son séjour aux brigades spéciales ». Quant à la perquisition, elle fut « négative » dit-il, outre le couteau à cran d’arrêt, un inspecteur emporta la poésie Une française extraite des poèmes de Victor Hugo ». Il porta plainte contre les inspecteurs à l’origine de la mort de son fils.

Le 27 juillet 1945, le conseil municipal d’Ivry-sur-Seine décidait de donner à la rue Nocard, le nom de Claude Guy. La ville de Montrouge apposa une plaque commémorative le 1er novembre 1944, signé du Comité local de libération, sur le lieu des trois exécutions : « Fusillés à cette place par l’envahisseur hitlérien ». Son nom fut gravé sur les monuments aux morts d’Ivry-sur-Seine de Montrouge et d’Arnac-Pompadour ; la mention « Mort pour la France » fut portée sur son acte de décès, en novembre 1945.

Claude Guy était considéré selon des témoins de la ville, comme un gaulliste. Georges Marrane, maire d’Ivry-sur-Seine adressa au père de Claude Guy, Pierre Guy, industriel, le 3 novembre 1945, une lettre. Il lui écrivit : « C’est avec une douloureuse émotion qu’en inaugurant le monument aux ouvriers du quartier Marat tombés dans la lutte contre l’ennemi, j’ai constaté que ton fils Claude figurait parmi les héros, dont la plupart sont communistes. Ainsi est gravé dans la pierre, le souvenir de l’union de tous les Français qui n’ont jamais accepté la trahison et la défaite. Et j’ai tenu à marquer l’importance de ce rassemblement des Français dans la fierté et l’héroïsme, en songeant qu’il y a une vingtaine d’années, nous étions des adversaires politiques locaux. [...] c’est avec la même affection que nous portons à toutes les familles de nos camarades communistes, que nous vous présentons nos plus sincères condoléances, et nos respectueuses salutations. [Source : Archives communales d’Ivry-sur-Seine]
Le lieutenant colonel Scolari de l’ancien Comité militaire d’Ile-de-France des FTPF signa une attestation le 23 décembre 1949 pour faire valoir les droits indiquant "s’est engagé dans les rangs FTPF, partie intégrante des FFI en décembre 1943 après avoir fait partie du Front national depuis 1942, a participé à de nombreuses actions contre l’ennemi notamment : déraillement à Persan-Beaumont le 15 janvier 1944 - déraillement à Sucy-en-Brie le 4 février 1944 en tant que commissaire inter-régional de la Banlieue Sud de Paris, fonction correspondant au grade de capitaine avec un effectif de 350 hommes".
Par arrêté du 13 février 1951, Claude Guy fut homologué au grade d’assimilation de lieutenant FFI avec prise de rang le 9 juin 1944 "secteur de Paris-Seine-FTPF" J.O.20-2-1951. A la demande de son père, le titre d’interné politique IP fut décerné à Claude Guy en juillet 1963, puis celui d’interné résistant IR en janvier 1965 ; droits éteints en mars 1971 au décès de son parent.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article143022, notice GUY Claude par Daniel Grason, version mise en ligne le 14 novembre 2012, dernière modification le 21 janvier 2019.

Par Daniel Grason

Claude Guy
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SOURCES : Arch. PPo. BA 1801, BA 2104, PCF carton 16, KB 23, KB 86, 77W 864, GB 190 (photo), IML 1944. - Le livre-Mémorial, FMD Éd. Tirésias, 2004. - Arch. Mun. Ivry-sur-Seine (renseignements communiqués par Mme Michèle Rault). - État civil.- DAVCC, Caen, 21P622626 (notes Annie Pennetier).

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 190.

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