DUBUIS Edmond, Louis

Par Daniel Grason

Né le 4 septembre 1911 à Paris (Xe arr.), fusillé le 10 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; chaudronnier ; résistant ; militant communiste.

Edmond Dubuis était marié et père de deux enfants. La famille habitait depuis 1936 au 36 bis rue Eugène-Pottier, à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine). Affecté spécial pendant les hostilités, il travaillait aux usines Bréguet, 19 rue Didot, à Paris (XIVe arr.).
Il était partie prenante d’un important centre clandestin de propagande communiste qui rayonnait plus particulièrement dans la banlieue ouest de Paris et dans certaines localités de Seine-et-Oise. Ce centre clandestin constituait le quatrième secteur de l’appareil illégal et était dirigé par Félix Pozzi, responsable à la propagande.
Les écrits étaient signés du Comité de chômeurs, du Comité populaire ou encore portaient l’en-tête du journal local L’Éveil de Nanterre édité par la section communiste jusqu’à la fin août 1939. Le no 2 de janvier 1941 titrait en manchette : « Libérez les communistes, libérez Barbet, libérez Waldeck Rochet » et les textes dénonçaient : « Pétain, Laval, Flandin, Déat, Belin [qui] sont les agents de l’étranger tout comme Daladier, Reynaud, Blum. Ceux-ci servaient l’impérialisme anglais, ceux-là servent l’impérialisme allemand » et exigeaient « la signature d’un accord commercial avec l’URSS ». En février, le comité de chômeurs de Nanterre exigeait du travail pour les chômeurs « au taux fixé par les conventions collectives ».
Le Métallo daté de mai 1941 énumérait les revendications des comités populaires dont celui de chez Willème : « Augmentation de deux francs de l’heure, respect des quarante heures tant qu’il y aura des chômeurs, augmentation de la ration alimentaire, libération de nos emprisonnés et le retour des déportés en Afrique. »
L’Humanité du 14 juillet 1941 s’adressait à la population : « Manifestez, pavoisez tricolore, témoignez votre solidarité à l’URSS. Formons le Front national de lutte pour l’indépendance de la France. À bas Hitler ! Vive l’URSS ! Vive la France ! »
Un habitant de Nanterre se présenta, à la mi-août 1941, au poste de police de la ville, puis le 30 août au commissariat de Puteaux : il se plaignait de la présence de tracts dans sa boîte aux lettres et rapporta la conversation d’une voisine concernant Célestin Hébert. L’attitude de cet informateur parut suspecte, il fut arrêté et livra le nom d’Hébert.
Le commissaire chargea immédiatement la Brigade spéciale d’intervention du commissariat, de mener l’enquête. La presque totalité des militants fut repérée, et quinze arrestations s’échelonnèrent entre le 2 et le 16 septembre 1941. Le 9 septembre, Edmond Dubuis fut interpellé pour « activité communiste » (infraction au décret du 26 septembre 1939). Détenu plusieurs jours dans les locaux du commissariat, il fut livré aux autorités allemandes et incarcéré à la prison de la Santé.
Le 24 mars 1942, le tribunal du Gross Paris siégea rue Boissy-d’Anglas, Paris (VIIIe arr.). Le commissaire de Puteaux témoigna à charge. Quinze condamnations à mort furent prononcées, dont celles d’Edmond Dubuis, Lucienne Hébert et Florentine Berson pour « intelligence avec l’ennemi ». Le 10 avril 1942, dans l’après-midi, les douze condamnés à mort firent face au peloton d’exécution au Mont-Valérien dont Edmond Dubuis, trente et un ans. L’abbé allemand Stock dit dans son Journal de guerre, « La plupart des communistes moururent en criant : "Vive le Parti communiste ! etc." » Voir Félix Pozzi.
Après la Libération, le 12 mars 1945, un juge d’instruction inculpa le délateur de Célestin Hébert « d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». L’homme, Clément, était marié à Stéphanie, Allemande des Sudètes (Tchécoslovaquie). Le couple habitait le pavillon voisin du frère de Célestin Hébert. Clément, membre du Mouvement social révolutionnaire (MSR), parti collaborationniste d’Eugène Deloncle, assistait aussi aux réunions du Parti populaire français de Doriot. Il était farouchement anticommuniste. Après l’exécution de Célestin Hébert et de ses compagnons, il vendit précipitamment son pavillon et déménagea. Il fut retrouvé par la police dans la Sarthe, arrêté, jugé et condamné le 19 octobre 1945 à vingt ans de travaux forcés, assortis de vingt ans d’interdiction de séjour.
Le conseil municipal de Nanterre décida en octobre 1944 d’honorer la mémoire d’Edmond Dubuis, en lui donnant le nom d’une rue. Son nom figure sur le monument aux morts de Nanterre, dans le parc des Anciennes Mairies.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article142978, notice DUBUIS Edmond, Louis par Daniel Grason, version mise en ligne le 12 novembre 2012, dernière modification le 18 août 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., BA 1928, BA 1934, BA 2117, BA 2355, KB 10, KB 46, PCF carton 18, 77W 33, 77W 1046. – DAVCC, Caen, Boîte 5 (Notes Thomas Pouty). – Claude Léonard, Le dictionnaire historique des rues de Nanterre, Société d’histoire de Nanterre, 2005. – Site Internet Mémoire des Hommes. — Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 78.

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