ROZIER Arthur (ROSIER Arthur, dit).

Par Justinien Raymond

Né le 17 mai 1870 à Romilly (Aube) ; mort le 4 janvier 1924 à Paris ; ouvrier bonnetier à Troyes ; journaliste en Touraine ; employé à Paris ; tour à tour militant dans l’Aube, en Loir-et-Cher, en Indre-et-Loire et dans la Seine ; conseiller municipal et député de Paris.

Arthur Rosier - c’était la véritable orthographe de son nom - rejoignit à Troyes, où il travaillait, le mouvement ouvrier issu du congrès de Marseille. Dès 1880, il adhéra au groupe de travailleurs rassemblés sur un programme collectiviste. Il milita aussi à la Société antireligieuse, s’associa à la vie d’une Bibliothèque populaire. Il fonda un groupe de Jeunesse socialiste, fut un des créateurs du journal La République sociale (1887-1889), assura la correspondance de Troyes avec le journal parisien d’Allemane Le Parti ouvrier. Dans cette action, il était secondé par ses deux frères. À partir de 1888, dans le Parti ouvrier guesdiste de l’Aube, il fut le proche lieutenant de Pédron venu de Reims à Troyes. Mais A. Rozier ne s’en tint pas à l’action politique ; intégré au milieu ouvrier dominant, celui de la bonneterie, il participa à ses luttes corporatives. En 1888, il fut un des meneurs des grèves du textile : il était alors ouvrier dans une des grandes usines de la ville, chez Geoffroy-Damoiseau. Il en fut expulsé, poursuivi en correctionnelle et emprisonné quelques jours. Il quitta alors Troyes pour Paris : ce départ marqua la fin de La République sociale.

Arrivé dans la capitale (il habitait passage Stinville (Paris, XIIe arr.) en 1891 et 1898), A. Rozier collabora au Prolétaire de Paul Brousse et participa à la fondation de la revue La France socialiste. Bientôt, sans perdre contact avec le possibilisme parisien au nom duquel il mena plusieurs campagnes électorales, A. Rozier gagna Blois pour assurer la direction du Progrès de Loir-et-Cher, journal de l’avant-garde républicaine dans un département où un timide mouvement ouvrier, purement corporatif, s’était à peine fait jour. « Son impulsion allait être décisive pour l’implantation du socialisme en Loir-et-Cher » (G. Dupeux, p. 518). Il milita activement par la presse, par la parole ; journaliste habile, orateur connaissant le milieu ouvrier, il mit debout vingt et une sections du syndicat des bûcherons, aida à l’organisation d’autres syndicats. Il encourut dans cette action deux condamnations en correctionnelle. En septembre 1896, il fut délégué au VIIIe congrès national corporatif — 2e de la CGT — tenu à Tours. Il y combattit la grève générale et se prononça en faveur de « la conquête des pouvoirs publics » (c. rendu, p. 88). Il assistera encore au Xe congrès, Rennes, octobre 1898, au XIIe, Lyon, septembre 1901 et au XIIIe, Montpellier, septembre 1902.

Sur le plan politique, il inclina Le Progrès de Loir-et-Cher vers le socialisme possibiliste. Il fit de même du groupe politique blésois « L’Avant-garde », fondé quelques années auparavant par des républicains avancés : il en prit la direction, en fit un noyau socialiste, le rattacha à la FTSF. Rozier et quatre de ses camarades cueillirent les fruits de cette action en 1896 : alliés à des radicaux, ils furent élus conseillers municipaux de Blois. La municipalité dont ils furent l’aile marchante créa un conseil des prud’hommes, des cours professionnels, une Bourse du Travail, une crèche. Bien qu’appartenant à l’aile broussiste, aile socialiste modérée de la fin du siècle dernier, Rozier ne concevait le mouvement socialiste que comme un mouvement ouvrier, organisé et combattant sur les plans politique et syndical. Peu après son arrivée, il représenta la fédération de Loir-et-Cher au congrès régional de Tours (13-15 août 1892) où vit le jour la fédération des Travailleurs socialistes de la région de l’Ouest. La grève victorieuse des ouvriers chocolatiers de Blois, la grève imposante et semi-victorieuse des ouvriers en chaussures (1893), la lutte menée par mille ouvriers bûcherons pendant six mois à partir d’octobre 1894 attestèrent d’un réveil dont l’opinion contemporaine attribuait le mérite ou le tort à Rozier. Son succès fut moins net sur le plan politique. Aux élections, il ne put que soutenir les radicaux, le général Riu (1893), Treiguier (1894), dont l’attitude ultérieure fut décevante. Les élections de 1898 attestèrent aussi du piétinement du socialisme dans les campagnes où il se traînait à la remorque du radicalisme. Rozier n’a pu ou n’a pas su l’en dégager. Découragé, il quitta le Loir-et-Cher, laissant le socialisme local « dans le plus grand désarroi » (G. Dupeux, p. 533). « Tout avait reposé sur lui », lui parti, tout semblait perdu (ibid.). Il avait aidé aussi à la propagande socialiste dans le département d’Indre-et-Loire et il fut rédacteur à l’Éclaireur de l’Ouest de Tours.

Employé dans une minoterie de Paris, Rozier continua, dans un milieu nouveau, son activité syndicale et, dès 1897, devint secrétaire général de la Fédération nationale des Employés — voir Gély A. En son nom, il fit une longue tournée de conférences dans toute la France, organisant des sections syndicales. Au congrès socialiste de Paris, salle Wagram (1900), il représenta la chambre syndicale des ouvriers grainetiers. Mais bientôt la vie politique retint toute son activité. Les chances électorales commençaient à sourire aux socialistes parisiens ; cet appât ne fut peut-être pas sans lien avec le brusque retour de Rozier et l’abandon de l’ingrat milieu tourangeau. Déjà, le 13 décembre 1896, sans faire sérieusement campagne, A. Rozier posa sa candidature à une élection législative partielle dans la 4e circonscription de Saint-Denis : 539 voix le classèrent quatrième sur cinq candidats socialistes. Au renouvellement de la Chambre des députés de 1898, dans la 2e circonscription du XIXe arr. de Paris, il recueillit 1 440 suffrages en tant que candidat de la FTSF qu’il avait déjà représenté au Congrès de Bruxelles de l’Internationale en 1891. Il s’attacha désormais à ce coin populaire de Paris et, en 1900, dans le quartier Amérique, il rassembla 1 816 électeurs et fut élu au second tour conseiller municipal. Il y fut réélu en 1904, comme candidat du PSF par 4 103 voix sur 6 057 inscrits et 4 919 votants, loin devant le candidat du Parti socialiste de France qui n’arriva qu’à 364. L’année suivante, A. Rozier, avec l’unité, devint membre et élu du Parti socialiste SFIO.

En 1906, sous son drapeau, il fut élu député de la 2e circonscription du XIXe arr. au premier tour, par 5 512 voix sur 8 435 votants et 10 306 inscrits. Il abandonna son mandat de conseiller municipal en 1907. Il fut aussi facilement réélu député en 1910 par 4 255 voix sur 8 426 votants et 11 150 inscrits et un peu moins aisément en 1914 par 4 539 sur 11 752 inscrits. Pendant la guerre, Rozier fut un ardent partisan de la défense nationale. Quand se produisit le renversement de majorité au sein du Parti socialiste en faveur de la tendance pacifiste, il fut un des élus les plus combatifs de la minorité de droite. Avec Adrien Veber, il fut le principal lieutenant de Compère-Morel dans ce combat et, avec lui, lança La France socialiste le 2 juillet 1918. Il avait compté parmi les quarante élus à protester contre l’idée d’une conférence internationale socialiste à Stockholm. La guerre terminée, il persista dans son attitude en contradiction avec la nouvelle orientation du Parti socialiste. Il vota les crédits militaires, au lendemain de l’armistice, malgré la décision prise par un congrès national. On lui reprocha aussi d’avoir participé à une réunion de socialistes, de syndicalistes et de coopérateurs en vue de promouvoir un mouvement travailliste. Aussi, les sections de la 3e circonscription de la Seine s’opposèrent-elles à ce que sa candidature fût examinée pour les élections législatives de 1919. Contre la liste socialiste menée par Jacques Sadoul, Rozier forma avec Levasseur et Aubriot une liste dissidente de trois candidats qui complétait à point la liste radicale et socialiste de Painlevé qui en comptait onze. Avec ses deux colistiers, Rozier fut élu. Exclu par la fédération de la Seine, il fit appel devant le congrès de Strasbourg (février 1920) où il présenta en vain sa défense.

Il poursuivit donc, en dehors du Parti socialiste, une carrière parlementaire de dix-huit ans qui s’acheva avec sa vie.

A la mise en place de la Loge maçonnique Les Travailleurs socialistes de France, en décembre 1903, Arthur Rozier avait fait une conférence sur « Socialisme et franc-maçonnerie ». Il avait été affilié à cette loge dès sa création.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article142970, notice ROZIER Arthur (ROSIER Arthur, dit). par Justinien Raymond, version mise en ligne le 12 novembre 2012, dernière modification le 16 avril 2019.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : A. Rozier collabora à La République sociale de l’Aube au [Progrès de Loir-et-Cher, au Parti ouvrier d’Allemane, au Prolétaire de Brousse, à L’Éclaireur de l’Ouest, de Tours, à la revue [La France socialiste et au journal du même titre (1890-1892).

SOURCES : Arch. Dép. Aube, non classées. — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Notes biographiques..., op. cit. Bibl. Nat. 4° Ln 25/ 667 (2) p. 95. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 347-348 et Les Fédérations socialistes III, op. cit. pp. 141, 156, 177. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, op. cit., p. 789. — Compte rendu du 17e congrès national du Parti socialiste, tenu à Strasbourg (février 1920, pp. 479 à 514, passim. — G. Dupeux, Aspects de l’histoire sociale et politique de Loir-et-Cher, 1848-1914, thèse, pp. 517 à 533, passim. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — Michel Choquart, Bourse du travail, mémoire vivante, n° 14, octobre 2012.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 384.

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