BERGEYRE Charles, Edgar [dit Dédé]

Par Daniel Grason

Né le 5 août 1913 à Bordeaux (Gironde), fusillé le 29 septembre 1942 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; mécanicien électricien ; résistant FTPF.

Fils d’Hélène Bergeyre, Charles Bergeyre épousa Henriette, Marcelle Michelet ; le couple eut cinq enfants : Guy (1934), Jacques (1935), Claude (1936), Daniel (1938) et Hélène (1941). La famille vivait 13 route de Vaugirard, à Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine), une voie bordée par les usines Renault. À la fin de l’école primaire, il obtint son certificat d’études primaires. Il fut exempté de service militaire le 15 octobre 1934, pour infirmité du pied gauche.
Sa formation de mécanicien électricien, lui permit de travailler régulièrement. Au moment du Front populaire, employé aux usines Renault à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine), il participa aux luttes des métallurgistes. En 1936 il adhéra au syndicat CGT des métaux, collecta les timbres de l’organisation dans son équipe. Ses beaux-frères étaient sympathisants communistes et l’une de ses belles-sœurs était la fille du député communiste Alfred Costes.
À la suite des grèves de novembre 1938, l’ensemble du personnel fut lockouté. Le réembauchage s’opéra un à un, après réception d’une lettre recommandée signée de Louis Renault. Il y eut environ 10 % de licenciés, Charles Bergeyre ne fut pas repris. Il travailla à la Société Française de Radio-Électricité, rue Greffulhe, à Levallois-Perret, enfin chez Siemens, rue de Surène dans le VIIIe arrondissement de Paris.
Charles Bergeyre fut contacté par hasard par Henri Savignac, métallurgiste, militant communiste, qui lui demanda de distribuer des tracts en sa compagnie dans les boîtes aux lettres. Charles Bergeyre refusa, mais devant l’insistance, il accepta de stocker des tracts dans un local à Issy-les-Moulineaux. Lors d’un contrôle d’identité, Henri Savignac fut arrêté par deux gardiens de la paix, le 11 août vers 21 h 30, sur le Pont-de-Saint-Cloud. Il était porteur d’un pistolet 6,35 mm et d’un carnet de rendez-vous.
Le jeudi 13 août, quatre inspecteurs de la BS2 se présentèrent à l’heure du déjeuner 35 rue Jules-Gévelot où ils arrêtèrent Charles Bergeyre. Rien ne fut trouvé ni sur lui ni lors de la perquisition. Conduit dans les locaux de la BS, il affirma qu’il avait refusé de distribuer des tracts, mais qu’il en prenait connaissance. L’une des trois clefs trouvées sur Charles Bergeyre intriguait les policiers, la troisième clef était celle d’un local loué pour entreposer les meubles 18 rue Jules-Gévelot à Issy-les-Moulineaux. Il y fut conduit sans ménagement. Près de cinq mille tracts étaient dans un sac, et portaient sur différents thèmes, s’adressant au « Camarade socialiste », aux « Femmes de France », aux « Prisonniers de guerre ». Après les interrogatoires, il fut inculpé pour « intelligence avec l’ennemi » et incarcéré à la prison du Cherche-Midi (VIe arr.).
Dans la soirée du 14 août Claude Lornage, ex-armurier au chômage fut arrêté à Conflans-Sainte-Honorine (Seine-et-Oise, Yvelines). Le dernier militant interpellé le 17 août par deux inspecteurs de la BS2, fut Raymond Duhamel, aide monteur. Il ne portait aucun papier ou objet suspect. Il était signalé comme militant communiste et avait fait l’objet d’une enquête en mai 1940.
Le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.) jugea les quatre hommes le 19 septembre 1942. Raymond Duhamel fut condamné à trois ans de réclusion puis déporté. Les trois autres furent condamnés à mort, Henri Savignac pour « aide à l’ennemi et détention d’armes », Claude Lornage pour « détention d’armes », Charles Bergeyre pour « aide à l’ennemi ». Ils furent passés par les armes le 29 septembre 1942 ; l’inhumation de Bergeyre eut lieu au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), division 39, ligne 2, tombe 69.
Le 29 mars 1945, Augustine Buard, femme de ménage, belle-sœur de Charles Bergeyre, témoigna devant la commission d’épuration de la police. Elle reconnut sur photographies trois des quatre inspecteurs responsables de l’arrestation de Charles Bergeyre. Elle indiqua que son beau-frère avait réussi lors de sa détention à leur faire parvenir une lettre où il disait avoir été frappé à coups de nerfs de bœuf sur les jambes et sur les reins. Elle mentionna que l’un des inspecteurs s’était comporté grossièrement avec elle. Un autre se présenta chez elle, le dimanche 16 août, lui montrant quelques exemplaires des tracts saisis. « Je lui ai dit, montrant la cuisinière allumée ``C’est le moment de montrer que vous êtes français...’’, il m’a répondu : ``Ce sont les seules preuves que je possède, d’ailleurs on ne fera pas de mal à un père de cinq enfants...’’ » Augustine Buard déposa plainte contre les inspecteurs, responsables de la mort de son beau-frère, au nom de sa sœur, malade.
Inhumé au cimetière d’Issy-les-Moulineaux, son nom fut gravé sur les monuments aux morts de la ville et sur celui de Meudon. Le 21 décembre 1945 le ministère des anciens combattants lui décerna la mention « Mort pour la France » et le reconnut comme « Interné résistant » le 25 juin 1955 avec le grade de sergent FFI à titre posthume.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article142929, notice BERGEYRE Charles, Edgar [dit Dédé] par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 novembre 2012, dernière modification le 23 octobre 2019.

Par Daniel Grason

Charles Bergeyre
Charles Bergeyre

SOURCES : Arch. PPo. BA 2117, BA 2299, KB 1, KB 7, PCF carton 13, 1W 0039, GB 172. – DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII dossier 3 (Notes C. Leneveu, Thomas Pouty). – L’Humanité, décembre 1938. – Arch. mun. Boulogne-Billancourt. – Mémorial GenWeb. — Note et cliché du haut fourni par sa petite-fille Corinne Bergeyre.

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