CARLE Françoise [née CHRÉTIEN Françoise, Marie]

Par Julien Cahon

Née le 21 avril 1936 à Neuilly (Hauts-de-Seine) ; professeure agrégée de chimie ; militante socialiste et syndicaliste à Paris puis dans la Somme ; trésorière (1968-1969) puis secrétaire départementale (1969-1971) de la Convention des institutions républicaines, membre du secrétariat fédéral du PS (1971-1981), membre du comité directeur du PS (1975-1979) ; conseillère municipale d’Amiens (1971-1977) ; archiviste de François Mitterrand (1988-1995).

<em>Le courrier picard</em>, 12 mars 1971
Le courrier picard, 12 mars 1971

Fille d’un officier de l’armée de l’Air, élevée dans un milieu social relativement aisé, catholique mais n’étant « pas d’accord avec le MRP » et votant au centre gauche, Françoise Chrétien grandit dans une commune au bord de la banlieue rouge : « on ne m’a pas inculqué des valeurs révolutionnaires dès l’enfance. On n’était pas à droite chez mes grands-parents. On n’aimait pas les gros mais on se méfiait des rouges. »

Militante de l’UNEF, elle entra à l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses en 1958 (section "sciences"), où, avec des camarades, elle fonda une section du SGEN, syndicat affilié à la CFTC, et participa à la lutte pour la paix en Algérie, notamment en récoltant des fonds pour les réfugiés. Élève à l’École normale d’institutrices, où elle entra « sans autre vocation que le besoin de changer de milieu de vie », Françoise Chrétien, sous l’influence de son professeur d’anglais, se mit à lire la revue Esprit et lut La condition ouvrière de Simone Weil. Françoise Chrétien s’abonna aussi à Faim et soif, le journal de l’abbé Pierre, et vendait Témoignage chrétien cherchant son chemin parmi les chrétiens de gauche, mais refusa toujours d’adhérer à la JEC. « Normalienne suspecte parce que j’allais à la messe et préférais passer des heures au piano, plutôt que d’animer les patronages laïques du jeudi après-midi », Françoise Chrétien ne souhaitait pas répondre « aux essais d’enrôlement sous la bannière laïque par un enrôlement sous la bannière catholique, fût-elle dite de gauche. » Françoise Chrétien passa l’agrégation de chimie en 1962 puis enseigna dans un lycée parisien. A la rentrée de septembre 1967, elle devint secrétaire de la section SGEN-CFDT de son établissement. Elle se maria le 3 mai 1962 avec Gabriel Carle à Paris (XIXe arr.). Le couple s’installa dans un appartement loué à Ménilmontant, rue des Amandiers et divorça en 1980.

D’abord tentée par le PSU qui représentait pour elle « la fidélité à [ses] années d’apprentissage au quartier latin, à l’ENS de Fontenay », mais échaudée par une réunion à la 20e section PSU de Ménilmontant animée par Edouard Depreux, Françoise Carle adhéra à la CIR en mars 1968 « parce qu’elle représentait un sens des réalités joint à l’honnêteté ». Elle milita à la section du XXe arrondissement, dont le responsable était alors Georges Chauchois. En mai 1968, Françoise Carle se mit au service de son syndicat, la CFDT : elle alimenta les stands des églises du XXe arrondissement de Témoignage chrétien, et transmettait les consignes par téléphone. En juin 1968, alternant les réunions du SGEN-CFDT, devenues houleuses, et celles de la CIR préparant la campagne législative, elle obtint une mutation pour Amiens. Elle y poursuivit son militantisme à la Convention. Elle assuma les fonctions de trésorière départementale avant de prendre la succession de Pierre Angedin* à la tête d’une fédération fantomatique.

Sollicité en 1969 par Jeannette Brutelle-Duba* – épouse de Georges Brutelle parachuté à Amiens en 1967 – pour épauler Janine Daniel au club Louise Michel d’Amiens, Françoise Carle refusa après s’être renseignée sur ce club auprès d’Yvette Roudy qui lui répondit qu’il s’agissait d’un « club SFIO » dirigé par Jeannette Brutelle « produit pur du parti » dont la conception et l’approche sont « celles de la politique d’autrefois » (correspondance d’Yvette Roudy avec Françoise Carle, 14 janvier 1969). En mars 1969, Françoise Carle devint secrétaire administrative et trésorière de la section d’Amiens du Mouvement démocrate socialiste, union des gauches à la base devant préfigurer le NPS. Après le congrès d’Alfortville, auquel elle refusa de se rendre car il avait été « convoqué unilatéralement par la SFIO », Françoise Carle fut déléguée au congrès national de la CIR à Suresnes en décembre 1970. Sur les conseils d’Yvette Roudy, elle fut candidate au groupe permanent, l’organisme dirigeant de la CIR, et fut élue suppléante. En 1970, Françoise Carle était aussi responsable académique du SGEN Second degré et membre de la commission politique de l’UD-CFDT. « Devenue fièrement agnostique », elle passa ensuite à la FEN.

Candidate sur la liste d’union de la gauche emmenée par le communiste René Lamps aux élections municipales d’Amiens en 1971, unique représentante de la CIR, elle fut élue conseillère municipale. En avril 1971, en vue de la préparation du congrès d’Épinay, elle se chargea d’organiser une grande réunion publique à Amiens où elle fit venir Claude Estier. Françoise Carle put assister à ce congrès national en tant que suppléante au groupe permanent, en remplacement d’un titulaire absent. Elle a appartenu à l’équipe dirigeante de la fédération socialiste de la Somme et de la section PS d’Amiens dans les années 1970. Inconditionnelle de la CIR et proche de François Mitterrand, elle incarna au PS le courant mitterrandien, auquel le savaryste Dominique Taddei*, successeur de Max Lejeune à la tête de la fédération, s’était rallié. Secrétaire fédérale chargée de la formation, Françoise Carle fut secrétaire fédérale à la coordination à partir de 1978 et siégea au comité directeur du PS de 1975 à 1979.

En 1988, elle fut recrutée de façon officieuse par son ami François Mitterrand pour archiver les dossiers du Président de la République à l’Élysée. Ancien professeur au lycée Thuillier, en 1990 elle était conseiller au Haut Conseil de la Francophonie. En 1990, elle fut nommée dans une section du Conseil économique et social. En 2009, divorcée et domiciliée à Amiens, Françoise Carle militait toujours au PS, au sein de la section de Salouël, animée par Lise Rochowiak-Moreau, qui fut première secrétaire fédérale entre 1988 et 1992.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article142840, notice CARLE Françoise [née CHRÉTIEN Françoise, Marie] par Julien Cahon, version mise en ligne le 5 novembre 2012, dernière modification le 5 novembre 2012.

Par Julien Cahon

<em>Le courrier picard</em>, 12 mars 1971
Le courrier picard, 12 mars 1971

ŒUVRES : Un éveil. Journal d’une militante socialiste, 1967-1974, Paris, Fayard, 1977, 257 pages. — Les archives du Président. Mitterrand intime, Paris, Editions du Rocher, 1998, 313 pages.

SOURCES : Arch. FJJ, fonds Françoise Carle. — Témoignage de Françoise Carle, 21 avril 2009. — Annie Desgranges (Françoise Carle), Un éveil. Journal d’une militante socialiste, 1967-1974, Paris, Fayard, 1977, 257 pages. — Notes de Jacques Girault.

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