TAILHADES Edgar, Armand, Louis

Par Raymond Huard (avec la collaboration de Patrick Vazeilles et Serge Velay)

Né le 12 janvier 1904 à Riols (Hérault), mort le 23 juin 1986 à Nîmes (Gard) ; avocat ; militant du Parti socialiste SFIO puis du Parti socialiste ; maire de Nîmes (1947-1965) ; conseiller de la République et sénateur du Gard (1948-1986) ; président du conseil régional du Languedoc-Roussillon (1974-1983)

Edgar Tailhades en 1948, archives Raymond Huard.
Edgar Tailhades en 1948, archives Raymond Huard.

Edgar Tailhades naquit à Riols petite bourgade à l’ouest de l’Hérault dans la vallée du Jaur, d’Edmond Tailhades et de Berthe Louise Bladié. Son grand père était un petit artisan du textile, mais son père, Edmond entra dans l’enseignement d’abord comme surveillant d’étude puis surveillant général au lycée de garçons de Nîmes. En suivant la carrière de son père, Edgar Tailhades fit ses études secondaires au lycée d’Alès, puis de Nîmes où il fut le condisciple de Gaston Defferre, puis obtint une licence et un doctorat en droit à la faculté de Droit de Montpellier en même temps qu’une licence d’espagnol à la faculté des Lettres. Il prêta serment au barreau de Nîmes le 5 septembre 1925 et fut inscrit au barreau de l’ordre des avocats près de la Cour d’appel de cette ville le 1er octobre 1928. Il plaida dans diverses affaires criminelles et ayant eu à défendre comme commis d’office parmi ses premières causes un prévenu qui fut condamné à mort, il eut très tôt une vive répugnance pour la peine de mort. Il se maria à Beaucaire le 10 avril 1935 avec Juliette, Alberte Landré, née le 16 février 1915 à Marseille (Bouches-du-Rhône), fille d’un industriel beaucairois, dont il eut une fille, Françoise. Ayant divorcé de celle-ci le 4 janvier 1939, il se remaria pourtant avec elle le 3 juillet 1954, mais elle mourut peu après d’un cancer et E.Tailhades se maria à nouveau plus tard le 20 septembre 1968 à Riols avec Georgette Chinour née le 7 juillet 1926 à Chancelade (Dordogne).

En 1926, Edgar Tailhades s’inscrivit au Parti socialiste et fut secrétaire général de la Fédération des Jeunesses socialistes du Sud-Est. Le 2 juin 1929, il fut élu pour Nîmes au bureau fédéral de la SFIO du Gard. Il fut élu au conseil municipal de Nîmes en 1935 sur une liste socialiste dirigée par Hubert-Rouger et devint quatrième adjoint. Pendant la guerre, d’après le témoignage de son ami, Jean Bastide, il n’adhéra pas au pétainisme. Son activité de résistance au sein du mouvement Combat fut —semble-t-il— assez modeste. Cependant il dut quitter Nîmes momentanément pour échapper à un internement administratif. À la Libération, E. Tailhades profita de l’effacement forcé d’Hubert-Rouger qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain et devint le principal leader des socialistes nîmois. Il fut élu au conseil municipal de Nîmes en 1945 au sein d’une municipalité dirigée alors par le communiste Léon Vergnole. Aux nouvelles élections de 1947, les socialistes n’obtinrent que quatre sièges au conseil contre quinze aux communistes, quinze au RPF et trois au MRP. Dans le cadre de la guerre froide qui commençait, Edgar Tailhades s’unit à la droite et au centre pour évincer les communistes de la mairie et fut nommé maire. Il maintint cette alliance aux élections suivantes (1953, 1959) et accomplit ainsi trois mandats municipaux. En 1965, ayant poursuivi la même tactique, faute d’avoir perçu —semble-t-il— que l’heure était désormais plutôt à l’union de la gauche, et sa gestion municipale étant de plus en plus contestée (voir ci-dessous), il fut battu par une alliance de gauche (communistes, socialistes dissidents, PSU ) qui obtint 19753 voix contre 18598 au maire sortant et il dut céder la mairie à Émile Jourdan (PC).

Edgar Tailhades occupa d’autres mandats électifs. En 1948, il fut élu conseiller de la République, puis après 1958, sénateur et le demeura jusqu’à sa mort en 1986. En 1974, après le décès brutal de Francis Vals*, président du Conseil régional du Languedoc–Roussillon, il le remplaça à ce poste (élu par 53 voix sur 54 votants) jusqu’en 1983, date à laquelle Robert Capdeville lui succéda.

En tant que magistrat municipal, Edgar Tailhades marqua la vie de Nîmes. Il héritait d’une ville à l’habitat vétuste et au territoire très étendu, qui tendait pourtant à s’urbaniser par suite de l’augmentation de la population. Il élargit l’aire de l’alimentation en eau potable, améliora les voies de communication ainsi que les transports urbains, contribua à l’installation d’un marché-gare. En même temps, pour développer le tourisme, il favorisa l’aménagement de l’aéroport de Nîmes-Garons. De nouveaux ensembles d’habitation furent mis en place (Chemin Bas d’Avignon, puis Mas de Mingue, ce dernier construit pour l’arrivée des rapatriés d’Algérie en 1962). Mais le projet, trop ambitieux et coûteux au départ, de construction d’une ZUP Nord et Sud à l’Ouest de la ville, se heurta à l’opposition des mazetiers expropriés et contribua à sa défaite électorale en 1965.

Parallèlement l’explosion scolaire, qui marqua l’après guerre, amena Edgar Tailhades à construire de nombreux groupes scolaires primaires et deux lycées féminins, un d’enseignement général (Montaury, devenu Albert–Camus) l’autre technique (Camargue devenu Ernest–Hemingway) et même à mettre en place un début d’implantation de l’enseignement supérieur.

Au Conseil de la République puis au Sénat, Edgar Tailhades siégea d’abord à la commission de la reconstruction et des dommages de guerre (1949) puis en 1959 à la commission des affaires culturelles et à la commission des lois et du suffrage universel. Le Sénat étant majoritairement à droite, il assuma le rôle de parlementaire d’opposition, intervint à de nombreuses reprises pour la défense du bassin houiller des Cévennes (2 avril 1977 ; 4 novembre 1980) et l’amélioration de la situation des viticulteurs notamment après le drame de Montredon en 1976, ainsi que pour la modernisation du canal du Midi. Ses interventions furent nombreuses dans le domaine de l’enseignement et surtout de la justice (dénonciation de l’insuffisance des crédits du ministère (20 novembre 1973) défense de l’indépendance des magistrats (22 juin 1976) , demande de suppression de la cour de sûreté de l’État (18 juin 1970) opposition au durcissement du code de procédure pénale ( (19 octobre 1978). Quand la gauche arriva au pouvoir après 1981, il fut chargé par Pierre Mauroy d’une mission concernant la modernisation de la justice qui remit son rapport en 1985.

Président du conseil régional, dont les pouvoirs étaient alors fort limités, Edgar Tailhades s’intéressa au réseau routier, à l’aide au tourisme, à la démoustication et favorisa la création d’un centre de thalassothérapie au Grau-du-Roi (Gard), soutint diverses initiatives culturelles.
En tant que militant socialiste, E. Tailhades ne fut pas un homme d’appareil, ni un théoricien. Il vota toujours avec la majorité du groupe socialiste fidèle à Guy Mollet. Après 1958, il ne soutint pas ses amis Daniel Mayer et Robert Verdier qui fondèrent le PSA.

Orateur distingué et cultivé, E. Tailhades bénéficiait d’un certain prestige dans les milieux intellectuels nîmois grâce à son coté un peu esthète, de « grand seigneur » (Jean Carrière). Il fut membre de l’Académie de Nîmes à partir de 1952 et la présida temporairement en 1970. Il y présenta un certain nombre de communications, soit générales (« Vision de Nîmes », 1969 ; « Hommage à Guizot », 1975 ; « Présentation de la région Languedoc-Roussillon », 1976 ; « Abolition de la peine de mort », 1982, soit plus érudites.

Il décéda à Nîmes dans la nuit du 22 au 23 juin 1986 et fut inhumé à Riols, dans le caveau de sa famille.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article141336, notice TAILHADES Edgar, Armand, Louis par Raymond Huard (avec la collaboration de Patrick Vazeilles et Serge Velay) , version mise en ligne le 22 juillet 2012, dernière modification le 10 septembre 2015.

Par Raymond Huard (avec la collaboration de Patrick Vazeilles et Serge Velay)

Edgar Tailhades en 1948, archives Raymond Huard.
Edgar Tailhades en 1948, archives Raymond Huard.
Edgar Tailhades en 1965, Arch. mun. Nîmes, 4 C 91
Edgar Tailhades en 1965, Arch. mun. Nîmes, 4 C 91
Edgar Tailhades en 1977, in Pierre Bosc, Les notables en question, Les Presses du Languedoc, 1977, p. 322.

SOURCES : Arch. nat. F 7 13802. — État civil, Riols, Beaucaire. — Pierre Bosc, Les notables en questions, Presses du Languedoc, 1975, p 322-331 (photo). — Serge Velay (dir.), Visas pour le Gard, Nîmes, Conseil général du Gard 2006, p.345 (photo). — Roland Andréani (dir.), Histoire de Nîmes, Toulouse, Privat, 2005, p. 254-258. — Raymond Huard, Jean Pey, Mireille Tailland-Nomen, Nîmes, tome 2, 1950-1980, Saint–Avertin, Alan Sutton, 2006, 128 p. (portrait). — Serge Velay, La cravate d’éternité. Fragments, Nîmes, Lacour, 1986, 47 p. (témoignage d’un de ses collaborateurs) ; Un libéral un humaniste Edgar Tailhades 10[12] janvier 1904- 23 juin 1986. Nîmes, Lacour, 1991 (le volume rassemble divers hommages à E.Tailhades).

Version imprimable Signaler un complément