BOUTET Charles [BOUTET Alfred, Charles, Ghislain]

Par Henri Manceau, Justinien Raymond

Né le 17 juin 1865 à Nivelles (Belgique), mort le 24 novembre 1943 à Charleville (Ardennes) ; militant socialiste de l’Aisne puis des Ardennes ; conseiller général, maire de Charleville, député des Ardennes (1928-1936).

Charles Boutet
Charles Boutet
Les Fédérations socialistes II. op. cit., p. 24.

Charles Boutet naquit en Belgique de parents français qui vinrent s’établir plus tard à Provins (Seine-et-Marne). Son père y vivait encore comme « placier » avec sa mère, sans profession, quand il se maria le 12 décembre 1887. Il était alors ouvrier bonnetier et épousait, à Bondy (Seine, Seine-Saint-Denis), une couturière de cette localité. Après avoir été quelque temps employé à la Compagnie des chemins de fer de l’Est, il s’établit en 1895 comme petit commerçant en chaussures à Château-Thierry (Aisne). Boycotté pour avoir créé un cercle d’études sociales, il se fit représentant en bonneterie.

Libre et fort de son expérience de la vie ouvrière, il se lança dans l’action. Au congrès de Paris, salle Wagram (1900), il représenta le groupe ouvrier de Nogent-l’Artaud (Aisne) de la Fédération autonome du département. De 1900 à 1903, il créa trois syndicats à Château-Thierry, d’autres aux environs, et une coopérative. Il participait simultanément à de nombreuses réunions de propagande socialiste en compagnie de Rouanet, Briand, Lassalle et Poulain. Il fonda et dirigea un journal socialiste Le Peuple qui ne parut qu’un an (1904-1905). Il y publia des articles sur la propriété et contre le militarisme. Il y rompit des lances contre les radicaux et, à l’un des leurs, il enleva la présidence de la Libre Pensée. Il adhéra par ailleurs à la Loge maçonnique de Charleville. Cette combativité ne doit pas faire illusion. Boutet était un réformiste et non un révolutionnaire, toute sa vie le prouvera, et il n’était pas adversaire de la collaboration avec les partis de démocratie bourgeoise. Au congrès de la Fédération socialiste adhérente du Parti socialiste français, tenu à Saint-Quentin (1903) en vue du congrès national de Bordeaux, il se refusa à l’exclusion de Millerand, et entraîna la majorité qui le nomma secrétaire fédéral. Il participa, à Laon, au banquet offert à Émile Combes. En mai 1904, sur une liste de coalition radicale et socialiste, il fut candidat malheureux au conseil municipal de Château-Thierry. Il ne fut pas plus heureux au conseil général. Il avait alors repris un café et, son journal ayant sombré, il accepta d’écrire dans L’Avenir de l’Aisne, organe du député radical, à condition qu’on n’y attaquât pas les socialistes.

Cette collaboration ne dura pas longtemps. En décembre 1905, les socialistes des Ardennes dont les élus, Lassalle et Poulain, avaient connu Ch. Boutet au cours de leurs tournées dans l’Aisne, lui demandèrent d’assurer le secrétariat de rédaction du Socialiste ardennais. Il connaissait bien les syndicats, les coopératives, la vie d’un journal : c’est à ces qualités que l’on faisait appel. On mit aussi à profit, pour la propagande, ses qualités d’orateur. Il devint bientôt le guide politique du cercle « l’Étincelle » de Charleville qui forma en 1905 la section socialiste SFIO. Il adhéra aussi à la Ligue des Droits de l’Homme. L’année suivante, aux élections législatives générales de 1906, on le lança dans la difficile circonscription de Vouziers où il recueillit 607 suffrages. Il fut délégué au congrès de Toulouse (1908) et à tous les congrès nationaux de 1910 à 1914.

Il demeurait sur ses positions réformistes. Il condamna l’hervéisme et s’éleva contre les syndicats ardennais alors en opposition avec le mouvement socialiste, sans jamais perdre le contact avec le milieu ouvrier. En dehors de l’action par le journal et des campagnes électorales, il soutint les grèves comme celle des cheminots en 1910. Jusqu’en 1914, son emprise sur le monde ouvrier ardennais ne fit que croître. Il étudiait avec précision la vie ouvrière dans la presse socialiste. Il mena une campagne suivie contre la vie chère en 1911. En septembre, à Charleville, il participa à toutes les réunions groupant dans un comité d’union les représentants des syndicats et une délégation des ménagères. Il fut dans les manifestations de rue, parla dans des réunions tenues à la suite de marchés houleux. Il ne faut pas accuser, y disait-il, les cultivateurs ni les petits détaillants, mais les grossistes, ces spéculateurs, et le gouvernement qui exporte le bétail et maintient de lourds droits de douane. Il indiquait le remède : la disparition de la propriété capitaliste comme solution profonde ; dans l’immédiat, la règlementation de prix par les mairies et la baisse des tarifs de chemin de fer.

Après les incidents sanglants du 13 septembre 1911, connus sous le nom de « boucherie de Belair », Boutet, qui signa avec Poulain une affiche de protestation, fut traduit en cour d’assises pour injures à l’armée. Il expliqua qu’il entraînait souvent les manifestants au Gymnase pour éviter des heurts dans la rue avec la police et opposa le patriotisme socialiste aux « sophismes » de l’anarchie. Alors qu’il s’était séparé des syndicats en 1911 à propos de la loi sur les retraites ouvrières, alors qu’il opposait aux méthodes de la CGT la conquête politique du pouvoir, il se rapprocha de celle-ci, dès 1912, dans la lutte contre le danger de guerre. On le vit dans des réunions communes à Revin, Monthermé, Château-Regnault et sans doute se confond-il avec Boutet qui assista au XVIIIe congrès national corporatif - 12e de la CGT - tenu au Havre du 16 au 23 septembre 1912. En 1913, contre la loi militaire de trois ans, il parla à Mohon, Nouzon, Carignan, etc. Le 28 mai 1913, il se présenta comme témoin de moralité au procès du syndicaliste Sauvage, attestant de la bonne entente retrouvée entre socialistes et syndicalistes.

À chaque élection législative ou cantonale, Boutet était sur la brèche. En 1910, il augmenta le chiffre des voix socialistes, les portant à 2 466, dans la circonscription de Rethel. En 1914, très fortement combattu pour sa lutte contre les trois ans, il n’en recueillit que 1 688. Mais, depuis juillet 1910, il avait été élu conseiller général dans le canton de Charleville par 2 813 suffrages, et, en 1912, il entra au conseil municipal du chef-lieu de canton. Pendant la guerre, il se dépensa à Paris au Comité des réfugiés ardennais. Il soutint constamment la politique de défense nationale et si, en février 1915, il se prononça pour la paix, il devint par la suite un centriste dans le Parti socialiste. La paix rétablie, il reprit sa vie dans le département des Ardennes et redevint l’animateur de la section de Charleville. Il se prononça contre le régime soviétique, tout en condamnant l’intervention en Russie.

En 1919, il occupa le second rang sur la liste des six candidats qui furent tous battus aux élections du 16 novembre avec une moyenne de 19 886 voix. Il en obtint personnellement 20 071 sur 57 389 votants. Mais en décembre, il fut réélu conseiller général du canton de Charleville par 2 075 électeurs. La Fédération posa sa candidature à l’élection sénatoriale du 11 janvier 1920. Il obtint 157, 163 et 148 voix à chacun des trois tours de scrutin. En décembre, il fut délégué au congrès de Tours. Il ne suivit ni la majorité du congrès ni la majorité de sa Fédération et se retrouva dans la SFIO. Adhérer à la IIIe Internationale aurait été rompre avec son passé réformiste et centriste. Il ne le voulut pas. Il devint le leader de la nouvelle Fédération et resta l’animateur du Socialiste ardennais.

En 1924, il échoua aux élections législatives, mais devint maire de Charleville. Il conserva en 1925 son siège de conseiller général et devint pour de longues années vice-président de l’assemblée départementale. Il se refusa toujours à l’unité d’action avec le PC, au moment de l’occupation de la Ruhr, devant les guerres du Maroc et de Syrie. Mais, en 1926, il soutint à côté des communistes et des syndicats unitaires la grande grève de Château-Regnault, dans un souci de contact avec la classe ouvrière.

En 1928, Ch. Boutet fut élu député dans la 2e circonscription de Mézières, au scrutin de ballottage, par 6 721 voix contre 4 894 au candidat de droite et 2 077 au candidat communiste. « Je me prononce très nettement en faveur d’une transformation intégrale de l’état social » (Arch. Ass. Nat.), déclara-t-il dans sa profession de foi, en précisant qu’il n’attendait cette transformation que de réformes. En 1932, il fut réélu au second tour, par 6 462 suffrages sur 16 172 inscrits, contre 4 859 au candidat modéré et 2 188 au candidat communiste. En 1936 il perdit son siège de député. Au premier tour, il recueillit 3 916 voix, devancé par les candidats communiste et radical avec respectivement 4 752 et 3 953. Il se retira pour le second tour, laissant en compétition le Dr Boissel, radical-socialiste, et l’ouvrier monteur communiste Pierre Lareppe* qui fut élu. À sa mort, Boutet ne détenait plus que son siège de conseiller général.

En 1936, il fut un des promoteurs de la création de la coopérative d’électricité « La Compagnie ardennaise Lumière et Force » à Charlevile.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1413, notice BOUTET Charles [BOUTET Alfred, Charles, Ghislain] par Henri Manceau, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 24 juin 2010.

Par Henri Manceau, Justinien Raymond

Charles Boutet
Charles Boutet
Les Fédérations socialistes II. op. cit., p. 24.

ŒUVRE : Charles Boutet a collaboré aux journaux locaux cités dans la biographie.

SOURCES : Arch. Dép. Ardennes, cours d’assises (1911). — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. de la Féd. soc. des Ardennes (notamment sa biographie jusqu’en 1905 par Léon Daumal). — Collection du Journal Le Socialiste ardennais. — Collection de l’organe communiste l’Exploité. — Rapports et procès-verbaux du conseil général des Ardennes. — Hubert-Rouger. Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 26-27. — Les Fédérations socialistes II, op. cit., p. 16 à 28, passim. — J. Gaumont, À nos morts 1944-1945. — Le Coopérateur de France, 6 mars 1937, 7 mars 1964.

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