LUSTAC Georges, Alexandre [LUSTAC Samson]. Pseudonyme Georges Léry

Par Gilles Morin

Né le 4 octobre 1917 à Odessa (Russie), mort le 22 décembre 1961 ; journaliste, directeur de presse ; socialiste ; membre des cabinets ministériels de Jacques Soustelle (1945), André Malraux (1946) puis Gaston Defferre (1946) ; directeur-gérant de l’Agence Centrale parisienne de presse (ACP).

Fils d’Abraham Lustak (Луштак) et de Golda Manus, Georges Lustac fut naturalisé français le 22 décembre 1937 par décret, sous le nom de Lustac. Èlève de la Faculté de Droit de Paris, possédant de solides connaissances d’anglais, d’allemand et de russe, Georges Lustac milita au sein de la Fédération nationale des Étudiants socialistes dont il fut secrétaire adjoint. Il était en 1939 délégué suppléant à l’Internationale des Jeunesses socialistes. Selon Gérard Jaquet, connu sous le nom de Georges Léry, il dirigeait la majorité pacifiste des ES au moment de Munich.

Sursitaire de la classe 1937, Lustac fut mobilisé le 16 septembre 1939 à Laval (Mayenne). Il suivit les cours des OER et, après un stage à Saint-Cyr, fut affecté comme aspirant au 25e Régiment de tirailleurs marocains. Il fut envoyé sur le front au moment de l’offensive allemande. Démobilisé à la fin 1940, il passa de la zone-nord à la zone-sud en sarclant les vignes et se fixa au château de Sénibel dans l’Aveyron. Puis, il rejoignit le Maroc, via l’Espagne en traversant les Pyrénées en 1942. Il passa plusieurs mois au camp de Miranda. Le 25 septembre 1943, il s’engagea dans les FFL et fut affecté au 3e bataillon de marche du Tchad. Puis, il fut versé à la direction technique des services spéciaux (BCRA) à Alger le 16 février 1944 et effectua des missions en France occupée, où il fut parachuté avant le débarquement. Il devint capitaine des FFL et fut appelé à collaborer au service du général Chaban-Delmas, alors chef de l’Inspection générale de l’armée. Il fut pour ces actions décoré de la médaille de la Résistance (JO du 30 mars 1945). Il était encore chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire et titulaire de la Croix de guerre 1939-45 et de la Médaille des Évadés. Il paya un lourd prix à la guerre : son père, sa mère et son jeune frère moururent en déportation.

Dès la Libération, Lustac épousa le 26 octobre 1944, à Pont-sur-Yonne (Yonne), Christiane Bizet, née le 11 décembre 1916 à Paris (IXe arr.). Ils eurent deux enfants.

Georges Lustac, militant de la 9e section SFIO de la Seine, fut chargé de mission au cabinet de Jacques Soustelle, ministre de l’Information du 30 juin au 20 novembre 1945 (puis le 8 décembre 1945), puis attaché au cabinet d’André Malraux (en 1946). Il exerça enfin ensuite la fonction de chef de cabinet de Gaston Defferre, sous-secrétaire d’État à l’Information, au côté de son ami Henri Noguères l’année suivante.

Administrateur de Gavroche, hebdomadaire littéraire et politique de sensibilité socialiste dirigé vers le monde intellectuel et administrateur des éditions Nuit et Jour en 1946, de Ciné-Miroir en 1947, Lustac devint PDG de l’Agence nationale télégraphique, siège parisien de plusieurs quotidiens régionaux le plus souvent socialistes, dont Nord-Matin, Le Provençal, mais aussi de l’Espoir de Nice.

Devenu directeur-administrateur de la publication du Provençal et administrateur de ce journal en 1948, il fut, à partir de 1946, membre du conseil d’administration de la SOFIRAD, société de gestion radiophonique à capitaux d’État qui depuis l’Occupation gérait la plupart des radios périphériques, dont Radio Monte-Carlo et Europe n° 1. Georges Lustac fut mis en cause lors du lancement d’Europe n° 1 par la presse écrite. Il reconnut dans une lettre au journal Le Monde que lors de la constitution de la Société sarroise de Télévision, il avait souscrit une participation à cette société, mais non en tant que représentant du journal Le Provençal, mais à titre strictement personnel et ajoutait qu’il n’était plus actionnaire depuis le 16 juillet 1953.

Le 17 janvier 1952, Georges Lustac fut élu secrétaire général adjoint du Syndicat national de la presse quotidienne régionale et le demeura jusqu’à son décès. Il était également membre de l’Association de la presse démocratique, dirigée par Jean André Meunier, député socialiste de Tours et directeur de La Nouvelle République du Centre-Ouest.

Georges Lustac fut fondateur, et directeur-gérant en 1951 de l’Agence centrale parisienne de presse (ACP). Il était propriétaire de 50 parts de la société sur 100. Elle fournissait des informations aux journaux socialistes au début, puis élargit son action. Elle était la propriété de la SARL du même nom fondée sous la raison sociale Agence centrale de presse, au siège social 1 rue Caumartin (IXe). Le co-directeur et rédacteur en chef était Henri Noguères, avec lequel il partageait l’essentiel de la propriété de l’agence, et le chef des informations Georges Viala. Mais, à l’été 1958, un conflit éclata entre Henri Noguères et Lustac et le premier renonça à ses parts de l’ACP. Lustac lui en resta le directeur-gérant jusqu’à sa mort. Il fut pendant plusieurs années président de la commission des salaires du Syndicat national de la presse quotidienne régionale.

Georges Lustac, toujours proche de Gaston Defferre, continua à militer dans le mouvement socialiste. Au conseil national de février 1955, il fut ainsi l’un des membres du groupe de travail chargé d’examiner la situation de la presse hebdomadaire du parti.

Il décéda le 22 décembre 1961, à quarante-quatre ans, à l’issue d’une longue maladie. Ses obsèques déroulèrent le 26 décembre 1961, au Père Lachaise, en présence d’une nombreuse assistance où se mêlaient des personnalités de la politique et de la presse.

Son fils Serge Lustac fut militant socialiste. En 1975, était signataire de la motion 1 (Mitterrand*) pour le congrès de Pau.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article141180, notice LUSTAC Georges, Alexandre [LUSTAC Samson]. Pseudonyme Georges Léry par Gilles Morin, version mise en ligne le 15 juillet 2012, dernière modification le 26 avril 2013.

Par Gilles Morin

SOURCES : Le Poing et la Rose, n° 36, janvier 1975. — Anne-Laure Ollivier, Gaston Defferre. Un socialiste face au pouvoir, de Marseille à l’élection présidentielle de 1969, Paris, ENS Cachan, thèse d’histoire, 2011. — La Presse française, n° 166, janvier 1962, p. 44. — Notes de Serge Lustac.

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