ZAVODSKY Oswald

Par Daniel Grason

Né le 7 octobre 1910 (ou le 27) à Svinov en Moravie (Tchécoslovaquie), pendu le 19 mars 1954 à Prague ; employé de commerce ; communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; FTP-MOI ; déporté ; ministre de la sécurité d’état tchécoslovaque.

Oswald Zavodsky
Oswald Zavodsky

Fils de François et de Marie, née Spok, Oswald Zavodsky naquit le 27 octobre 1910 selon David Majtenyi du Misée historique de Prague, le 7 octobre selon la police française. Il fut très jeune attiré par le communisme et milita aux Komsomols après son service militaire.
Oswald Zavodsky partit combattre dans les Brigades internationales en Espagne en 1937. Il fut commissaire politique dans le bataillon Dimitrov, responsable du parti communiste de Tchécoslovaquie (PCT). Membre de la 129e Interbrigade, il prit part aux combats d’Aragon, d’Estremadur et du Levant.
Selon la police, il arriva en France en 1939 en provenance de Beyrouth (Liban) selon certains sources, selon d’autres il fut interné dans les camps d’Argelés-sur-Mer puis de Gurs. Il poursuivit une activité politique au sein de l’immigration, s’engagea dans un régiment tchécoslovaque pour la durée la guerre, il fut démobilisé le 1er août 1940 au centre d’Adge (Hérault).

Il n’eut pas d’activité salariée, mais était rétribué par le parti communiste à raison de deux mille francs par mois. Il intégra un détachement des FTP-MOI organisation dirigée par Boris Holban. Une vingtaine de combattants étaient dans ce groupe, entre le 13 février et le 27 novembre 1942, ils réalisèrent vingt-quatre attentats : dépôts de vingt engins explosifs ou incendiaires, sabotage de deux voie ferrées, destruction de deux avertisseurs de police.

Le 6 décembre 1942 vers 10 heures 30, des inspecteurs de la Brigade spéciale n° 2 procédèrent à l’arrestation d’Oswald Zavodsky alors qu’il se présentait au domicile d’un membre du groupe arrêté depuis le 29 novembre. Plusieurs des membres du détachement roumain et tchécoslovaque furent appréhendés. Fouillé, il était porteur de faux papiers, d’un plan de la caserne Clignancourt, en vue d’un attentat. À son domicile 80 Boulevard Sérurier, Paris XIXe arr., un numéro de La Vie ouvrière, de l’Humanité, un dispositif de mise à feu par acide et le contrat de location au nom d’Albert Barth à la date du 1er juillet 1942.

Au cours d’un interrogatoire dans les locaux des Brigades spéciales, il reconnut sa participation à l’attentat par engin explosif et incendiaire contre la librairie collaborationniste Rive Gauche, 47 Boulevard Saint-Michel, VIe arr. Un exemplaire de l’ouvrage Le Capital de Marx d’une épaisseur de dix centimètres, préalablement évidé, remplit de produits incendiaires était déposé sur une étagère quelques minutes avant la fermeture, l’engin mit le feu à une cinquantaine d’ouvrages. Zavodsky, armé assurait la protection, il déclara aux policiers qu’il ne connaissait pas le nom de celui qui déposa l’engin (c’était Thomas Elek dit Tommy).

Il fut incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne), puis remis aux autorités allemandes. Il fut jugé en France ou en Allemagne, condamné à une peine de travaux forcés, classé Nach und Nebel (Nuit et Brouillard) « NN », ce qui signifiait condamné à disparaître. Cinquante-deux prisonniers quittèrent la gare de l’Est le 16 août 1943 à destination de Sarrebruck Neue Bremm, ils furent ensuite déportés à Mauthausen (Autriche). Le 30 juillet 1943, une unité de production de construction d’avions et de montage de chasseurs de nuit était créée à Schwechat, Zadovsky matricule 34643 était affecté dans ce Kommando. En juillet 1944, les déportés de cette unité étaient ramenés à Mauthausen. Le camp était libéré le 5 mai 1945 par la 11e division blindée de l’armée américaine.

Oswald Zavodsky rentra en Tchécoslovaquie, il accéda à des responsabilités dans l’appareil d’état. Il s’occupa de la sécurité du parti, puis devint chef de la sécurité d’État, la police politique du nouveau régime. Il était animé d’une foi aveugle dans le parti et l’Union soviétique, Karel Kaplan en donna un exemple dans un ouvrage. En 1949, Mme Kohnova, ex-volontaire en Espagne républicaine était emprisonnée, accusée faussement d’espionnage. Il lui rendit visite en prison, elle le supplia et l’interpella par son diminutif : « Osmik, tu me connais bien, on était ensemble à la guerre d’Espagne, tu ne peux pas croire à ma trahison ! » Il lui répondit : « Tais-toi, je ne suis pas Osmik pour toi. Et dépêche-toi d’avouer ! »

La police politique dirigea d’abord la répression contre les membres des partis non communistes. Le procès de Milada Horakova, députée du parti socialiste national tchèque le 8 juin 1950 inaugura la série de procès qui suivit : treize accusés, trois condamnations à mort et exécutées dont une femme, quatre à perpétuité. Des procès eurent lieux dans trente-cinq villes en juillet 1950, il y eut six cent trente-neuf condamnations dont dix à la peine capitale et quarante-huit à perpétuité. Les procès politiques visaient à assurer le monopole du pouvoir au parti communiste sans passer par les urnes. Les soviétiques prirent directement les enquêtes en main avec la complicité de responsables communistes tchécoslovaques.

Au lendemain de la guerre, Staline décidait une reprise en main des partis communistes européens, le 22 septembre 1947, naissait le Kominform (Bureau d’information). La suspicion politique allait très rapidement toucher tous les partis communistes. Le 28 juin 1948, les communistes yougoslaves étaient condamnés et du même coup ceux qui eurent des relations avec eux en Espagne. Il y eut des exclusions dans les pays où le parti communiste n’était pas au pouvoir.

Le procès de Budapest en septembre 1949 avec ses trois condamnés à mort dont Lazlo Rajk, un ancien Brigadiste, va se décliner dans d’autres pays dits de démocratie populaire dont la Tchécoslovaquie. Ces procès avaient une autre logique, ils visaient à mettre les pays directement sous le contrôle des soviétiques. Le 27 novembre 1952, quatorze hauts responsables dont l’ex-secrétaire général Rudolf Slansky étaient jugés. Tortures physiques et morales furent employées, Slansky tenta de mettre fin à ses jours, il fut enchaîné contre le mur de sa cellule. Onze des accusés sur quatorze étaient Juifs. L’un des tourmenteurs qui interrogeait Artur London lui hurla : « Tout ce qu’Hitler a fait n’était pas bon, mais il a détruit les juifs et cela est une bonne chose. Ce qu’il n’a pas terminé, nous le finissons ». Il confirmait ainsi la dimension antisémite de ce procès. Des hommes brisés physiquement et moralement accusés d’être des agents sionistes, espions, titistes, trotskistes. Il y eut onze condamnations à mort par pendaison.

Oswald Zavodsky arrêté, emprisonné chargea Artur London, condamné à de la prison. En retour, en quelque sorte Artur London ne ménagea pas Oswald Zavodsky quand vint l’heure de son procès. Celui-ci fut condamné à mort en 1954, le président de la république Antonin Zapotocky refusa sa grâce, il fut pendu le 19 mars. Staline était mort depuis le 5 mars 1953, mais le stalinisme vivait encore pour de très longues années.
Le 29 mai 1963, le président de la Cour suprême l’acquitta des accusations et la sentence fut symboliquement annulée.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140871, notice ZAVODSKY Oswald par Daniel Grason, version mise en ligne le 31 juillet 2012, dernière modification le 6 avril 2019.

Par Daniel Grason

Oswald Zavodsky
Oswald Zavodsky

SOURCES : Arch. PPo. KB 97, PCF carton 14 rapports hebdomadaire des Renseignements généraux sur l’activité communiste, 77W 551, GB 190 (photo). – Castells Andreu, Las Brigadas internacionales de la guerra de España, Ariel, 1974. – Artur London, L’aveu. Dans l’engrenage du procès de Prague, Gallimard, 1968. – Karel Kaplan, Dans les archives du comité central, A. Michel, 1978 ; Procès politique à Prague. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Karol Bartosek, Les aveux des archives. Paris-Prague, 1948-1968, Seuil, 1996. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Traduction Monique Dureville-Labarta. — Notes de David Majtenyi, Archiv NM, kurátor Archivu Muzea dělnického hnutí.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 190.

Version imprimable Signaler un complément