APPERT Étiennette, dite Marcelle Vorcher, Marceline Gojan, dit Marcelle Duruy, Étienne Duruy [épouse HOUANG T SIN Étienne, épouse BÉNICHOU Étiennette]

Née le 19 mars 1904 à Paris, morte vers 1994 ; sténo-dactylo, correctrice, rédactrice, journaliste ; militante communiste de Paris et la Ligue internationale contre l’impérialisme et l’oppression colonialiste.

Étiennette Appert
Étiennette Appert
Photographie dans son dossier du Komintern

Fille d’un petit employé (comptable) et d’une artisane couturière, Étienne Appert fut élevée par son oncle et sa tante qu’elle caractérisait comme de grands bourgeois ; l’oncle, ancien ambassadeur, ancien directeur de l’Agence Dalziel. Elle fréquenta le lycée Molière de 1914 1921 mais sans passer le baccalauréat. Elle fit des études musicales de 1921 à 1924 puis d’art en 1924-1925 à l’École des Arts décoratifs, études payés par sa tante riche. Mais celle-ci, veuve, fut ruinée et dut cesser d’aider financièrement les études d’Étiennette ; s’y ajoutèrent des dissensions politiques qui provoquèrent une rupture. Selon sa nièce, elle s’affirma par la suite comme sympathisante communiste. Étiennette Appert avait un frère qui fut Croix-de-feu.

Étienne Appert apprit la sténo-dactylo en 1926, se perfectionna en anglais et enseigna la sténo à l’école de Haut-enseignement commercial rue Mayet. Elle travailla comme secrétaire dans des firmes américaine (Armour et C° de Chicago, 1927-juin 1928, Batssel et C°, agent de change américain où elle fit une revue économique bi-mensuelle en anglais et français, juin-septembre 1933), comme sténo puis comme « secrétaire économiste » avant d’être dactylo pour le Parti communiste, secrétaire de la « Fraction communiste » à la Chambre des députés et correspondante de la Représentation commerciale de l’URSS à Paris de mai 1934 à décembre 1936.

Après avoir assisté à quelques réunions d’étudiants communistes, rue Gracieuse, elle avait adhéré au Parti communiste en décembre 1926, recommandée par Charles Rappoport, gagnée au communisme par la lecture de l’Humanité. Mariée à un communiste chinois, Houang Tsin, docteur en droit, avocat. Le couple milita au Kuomitang (rue Saint-Jacques) puis le quitta quand l’ordre fut donné par l’Internationale de le quitter. Ils se rendirent à Java en février 1928 et y restèrent jusqu’à décembre 1930. Elle travaillait alors pour le secrétariat international de la Ligue contre l’Impérialisme qui lui demanda ensuite de s’occuper de la section française. Elle fut également employé par la Rundschau über Politik, journal de l’Internationale communiste dirigé par le suisse Otto Schudel et contrôlé par Hugo Eberlein et Gyula Alpari. Cette expérience internationale renforce ses connaissances des langues : elle parlait et écrivait en anglais, un peu hollandais, un peu malais, russe et chinois. Victime d’une maladie coloniale de 1931 à juillet 1933, elle se reposa chez des amis en Hollande.

Secrétaire de la cellule communiste du quartier Mouffetard, elle accueilli en mai 1935 un nouveau membre, Georges Bénichou, proche d’elle par les fréquentations intellectuelles. Divorcée, elle se remaria, en 1936, avec lui, Il était alors rédacteur à l’Humanité. Ils eurent dans les années qui suivirent, un fils, Luc et élevèrent Lionel du précédent mariage de Georges). Elle travaillait au comité d’aide à l’Espagne républicaine. Elle créa au 173 rue Saint-Jacques (Ve arr.) le Centre Cervantes qui se proposait de multiplier les liens et manifestations artistiques et littéraires entre la France et l’Espagne. Georges Bénichou affirmait que ce centre travaillait hors du contrôle de toute organisation et parti, mais il n’en était pas moins dans le sillage communiste. Il reçut notamment le soutien constant et actif de Juan Miro, et aussi celui de Germaine Montero qui joua fin 1938, au Théâtres des ambassadeurs (Champs-Élysées) Lope de Vega, classique espagnol du XVIe siècle.

Elle même participa un peu à l’activité journalistique et publiant deux reportages dans Regard : un en 1933 sur Java signé Marceline Gojan, un autre en 1937 sur l’Oranie, signé Étienne Duruy. Elle fut également correctrice aux Éditions sociales internationales dirigées parJoseph Ducroux.

Lorsqu’elle rédigea une autobiographie pour la commission des cadres, elle se recommanda d’Otto Schudel, responsable de la Rundschau pour la période 1927-août 1931, du docteur Jacques Kalmanovitch, de Vital Gayman, de Charles Rappoport, d’Albert Vassart, de Maurice Thorez, de Gabriel Péri et de Jacques Solomon. Le nombre de noms, la dimension internationale et la proximité avec la direction sont soulignés.

Elle vécut douloureusement l’interdiction du Comité de coordination de l’aide à l’Espagne à l’automne 1939 et trouva un travail de directrice du service juridique d’Unilever. Fin janvier 1940, elle suivit, avec sa famille, sans Georges Bénichou, mobilisé) la direction d’Unilever à Ambroise puis elle partit avec son entreprise vers le sud-ouest, à Valence-sur-Baïse (Gers) où son mari la retrouva. Ils décidèrent de ne pas rejoindre Paris où le double statut de Georges, communiste et juif, les auraient mis en danger. L’appartement parisien étant au nom de sa tante, la police se heurta au silence de la concierge qui déclara ne pas les connaître. Ils s’installèrent à Toulouse (Haute-Garonne) et obtinrent du travail. Ils y connaissaient beaucoup d’anciens des Brigades internationales et c’est avec eux qu’ils reprirent le militantisme dans le cadre de la Main d’Œuvre immigrée. En avril 1941, ils se rendirent à Marseille où un ami leur avait promis des emplois intéressants. Malheureusement, dès le mois d’août, l’ami mourut. Ils se partagèrent alors entre Toulouse et Marseille en jouant d’ailleurs un rôle de liaison clandestine et de transport de matériel d’impression entre les deux villes. Étiennette frisait l’anémie et le plus jeune fils était famélique. Georges Bénichou, qui craignait la répression anti-judaïque à Marseille, se replia complètement sur Toulouse. Mais la question juive s’imposa. Étiennette jugea qu’il fallait mettre à l’abri les nombreux enfants qui se réfugiaient dans la région. Elle proposa d’intervenir auprès de Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse. Celui-ci lui remit une liste avec adresses de dames catholiques susceptibles de l’aider, cependant ces femmes ne voulaient recevoir que des enfant de moins de deux ans et évoquaient éventualité d’une adoption. Elle prospecta avec plus de succès dans les fermes aux confins de la Haute-Garonne et du Gers et plaça une quinzaine d’enfants. Certains paysans avaient participé à la Guerre d’Espagne. Étiennette organisa avec efficacité des règles de sécurité entre les familles, les écoles et les représentant du pouvoir municipal. L’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide contribua à cette action en 1942.

Au début de l’année 1942, le couple Bénichou fut sollicité par Rachel Mittelman pour entrer avec les FTP-MOI dans un réseau d’action. Elle était accompagnée de Jean Ghérard (commandant Jan). Ils acceptèrent et leur participation fut effective à l’été. Ils recrutèrent un ingénieur chimiste pour la fabrication des bombes. Le 10 novembre 1942, se tint une réunion d’une quinzaine de personnes autour de Marcel Langer, à leur domicile qui fut de fait le siège clandestin de la 35e Brigade des FTPF-MOI. Ils furent chargé de la logistique jusqu’en novembre 1943. Marcel Langer fut arrêté en février 1943 et fut condamné à mort en mars. Étienne proposa de contacter une amie nièce de Pierre Laval. Elle se rendit à Chateldon et obtint de Josette Leca, femme du secrétaire fédéral socialiste des Alpes-Maritimes une intervention auprès de la femme de Laval. "Pierre Laval avait confié à son épouse qu’aussi longtemps qu’il le pourrait il le [le dossier Langer] retiendrai enfoui", mais Marcel Langer fut guillotiné le 23 juillet 1943. Étienne Bénichou rapporta de Chateldon toute une série d’informations utiles.

Présente à Toulouse (Haute-Garonne) pendant l’Occupation, elle participa à la Résistance et aida l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide à placer des enfants juifs chez les paysans du Gers.

Après la Libération, Étiennette Appert se consacra aux relations internationales, fut journaliste et à ce titre participa à un voyage de journaliste aux USA et fut reçue, avec Andrée Viollis, par Éléonore Roosevelt à la Maison Blanche. Elle travailla à l’organisation des voyages touristiques en URSS. L’expérience du monde soviétique semble l’avoir éloigné du communisme. Elle rompit avec le PCF à la fin des années 1950. Elle créa ensuite une entreprise d’import-export avec la Chine, société qui avait le monopole de l’importation d’ouate chirurgicale pour les hôpitaux parisiens.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140848, notice APPERT Étiennette, dite Marcelle Vorcher, Marceline Gojan, dit Marcelle Duruy, Étienne Duruy [épouse HOUANG T SIN Étienne, épouse BÉNICHOU Étiennette], version mise en ligne le 10 juin 2012, dernière modification le 13 janvier 2018.
Étiennette Appert
Étiennette Appert
Photographie dans son dossier du Komintern
Visite de journalistes français aux USA en 1945
Visite de journalistes français aux USA en 1945
Étiennette Bénichou et Andrée Viollis (à gauche), Jean-Paul Sartre (à droite)
Renée Viollis, Éléonore Roosevelt et Étiennette Bénichou à la Maison Blanche
Renée Viollis, Éléonore Roosevelt et Étiennette Bénichou à la Maison Blanche

SOURCES : RGASPI, 495 270 992, Paris le 2 janvier 1937, pas d’évaluation en lettre, mais une fiche de renseignements de Léon Moussinac très positive ; notes d’Annie Pennetier. — Témoignage de David-Marc Bénichou. — Copie d’un récit autobiographique de Georges Bénichou, pour la période 1935-1945, manuscrit, 98 p.

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