MATTON Fernand, Henri

Par Alain Dalançon, Pierre Pétremann

Né le 23 août 1921 à Safi (Maroc), mort le 4 novembre 2010 à Roubaix (Nord) ; professeur ; militant du Syndicat national de l’enseignement secondaire puis des enseignements de second degré, membre de la commission administrative et du bureau national, secrétaire de la section académique de Lille.

F. Matton préside une séance du congrès du SNES de 1974 (à son côté Etienne Camy-Peyret).
F. Matton préside une séance du congrès du SNES de 1974 (à son côté Etienne Camy-Peyret).

Fils de Fernand, négociant en laines et de Simonne Leveugle, sans profession, Fernand Matton reçut, comme ses deux frères, l’éducation traditionnelle d’une famille des classes moyennes du Nord, à Tourcoing, la cité industrielle textile où son père était installé. Sa famille n’était nullement pratiquante mais envoya ses enfants au catéchisme et leur fit faire leur première communion, plus par conformisme social que par conviction. Après l’école primaire laïque, il fit ses études secondaires au lycée de garçons Gambetta de Tourcoing à partir de 1932 et obtint le baccalauréat (série mathématiques élémentaires) en 1939 avec la mention « très bien ».

Son père ayant été mobilisé, Matton fut obligé de gagner sa vie et trouva facilement un poste d’instituteur intérimaire à Wattrelos (Nord) à la rentrée 1939, les rangs des instituteurs ayant été dégarnis par la mobilisation. Il entama en même temps des études supérieures à la Faculté des Sciences de Lille et obtint sa licence de mathématiques en 1944, tout en exerçant comme instituteur titulaire à partir de 1940-1941 à l’école primaire supérieure de Roubaix qui devint collège moderne en 1942.

Au cours de cette période de l’Occupation dans la « zone interdite », Matton entra dès 1941 dans le réseau de résistance de Libération-Nord mais ne participa à aucune action notable jusqu’en 1944. En juin 1944, il fut pris dans une rafle et s’échappa d’un camion en partance pour le Service du travail obligatoire en Allemagne. Dès lors, il entra dans la résistance active et participa particulièrement aux combats de l’été 1944 dans les rangs des FFI, à la fois contre les Allemands et les Rexistes belges, à la frontière franco-belge (Halluin-Menin). Ayant eu maille à partir avec les supérieurs de son mouvement quand ils l’envoyèrent faire une démonstration armée devant la mairie de Wattrelos, pour empêcher que les communistes ne s’en emparent au moment de la libération de la région lilloise, il quitta alors le mouvement et entra dans l’enseignement de second degré en obtenant une délégation rectorale au collège moderne de Roubaix pour l’année 1944-1945. C’est là qu’il eut son premier contact avec le syndicat des collèges modernes (SNCM), qui était sorti de la clandestinité.

Bien qu’ayant obtenu sa carte de combattant des FFI, il fut mobilisé en octobre 1945 pour effectuer son service militaire et rejoignit l’école militaire de Nîmes (Gard). Il n’y resta que quelques mois et revint à la vie civile en janvier 1946. Il enseigna alors au collège technique de Dunkerque tout en préparant le CAEC (certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges) de mathématiques. En septembre de la même année, il épousa Adrienne Rivemale, à Pouzolles (Hérault) ; le couple eut deux filles nées en 1948 et 1949. A la rentrée 1946, il fut nommé professeur certifié au collège moderne d’Armentières, où il resta jusqu’en 1953.

En 1949, Matton entra à la commission administrative de la section académique du SNES (classique et moderne) de Lille sur la liste autonome, après la fusion entre le SNES classique et le SNCM, fusion qui avait été amorcée de longue date dans l’académie de Lille et à laquelle il prit une part active. En 1953, il obtint sa mutation pour le lycée Faidherbe de Lille où il exerça jusqu’en 1961.

C’est alors qu’il succéda à Marie-Joseph Moeglin* comme secrétaire de la section académique (S3) du SNES de Lille, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1961. Il fut élu en même temps membre de la commission administrative nationale du SNES sur la liste « A ». Il exerça également des responsabilités au sein du bureau départemental de la Fédération de l’Éducation nationale du Nord et à la Mutuelle générale de l’Éducation nationale.

Il se signala dans les années 1950-1960 comme l’un des militants provinciaux de la CA et du BN du SNES les plus connus et les plus avertis des problèmes syndicaux notamment dans le domaine corporatif. Mais il commença par faire partie de la commission pédagogique nationale au début des années 1950, encore dirigée par Firmin Campan. Esprit indépendant, n’appartenant à aucun parti politique, mais résolument ancré à gauche, Matton se montrait un défenseur de la qualité de l’enseignement secondaire. Albert-Claude Bay, alors secrétaire général, le sachant très opposé à la ligne politique syndicale défendue par les anciens militants de « l’École émancipée » devenus « autonomes » (Robert Chéramy* et Louis-Paul Letonturier), lui suggéra de se présenter à sa succession en 1956. Offre qu’il déclina. Au moment de la grève administrative de 1965, alors que la direction du SNES se trouvait en grande difficulté, il fut à nouveau sollicité par des militants autonomes et de la liste « C » pour postuler le secrétariat général. Il refusa à nouveau. Il fit cependant partie de la commission des structures pour préparer la fusion du SNES et du SNET de 1966.

Matton fut surtout un militant lillois, membre de toutes les instances consultatives académiques : conseil académique, commission paritaire des certifiés, commission de la carte scolaire…. Très rigoureux dans la réflexion et la méthode, attaché à la défense des personnels et à la qualité de l’enseignement laïque, pondéré mais très ferme, il bénéficiait d’une autorité incontestable autant auprès des personnels que de l’Administration.

Il fut un des artisans les plus importants et les plus déterminés, avec Moeglin, René Bacquaert, Cyprien Bocquet et André Dubus, d’une très forte tradition unitaire pour gérer le syndicat dans l’académie. Cette tradition d’union, vivace depuis la Libération aussi bien au SNES qu’au SNCM, fut poursuivie sans relâche dans le S3 du SNES (classique et moderne puis classique, moderne et technique après la fusion entre SNES et SNET en 1966), en dehors de tout étiquetage politique et même de tendance. C’est ainsi que pour raisons familiales, il passa le témoin de secrétaire général du S3 à Cyprien Bocquet (militant ex-cégétiste de la tendance B) en 1961, tout en demeurant secrétaire général adjoint. Cette même année, il fut muté au lycée Pasteur de Lille, où il demeura jusqu’à sa retraite en 1981.

En janvier 1967, lors des élections de la CA académique dans le nouveau SNES, il fut un des principaux artisans de la « liste d’Union pour la gestion du S3 » et refusa de rejoindre la liste présentée par des « autonomes », notamment René Fallas et Le Borzec ; avec 73 % des exprimés, la liste d’union fut très largement élue, comme elle allait continuer à l’être par la suite. Pourtant Matton figura en 10e position sur la liste « A » (autonomes) aux premières élections à la CA nationale qui eurent lieu en mai-juin et qui virent la liste « Unité et Action » devenir majoritaire, et fut élu.

Il démissionna cependant de la tendance « A » en 1967, en désaccord avec la position de ses camarades qui refusèrent de répondre à l’offre des nouveaux majoritaires « Unité et Action » de participer à la nouvelle direction nationale du syndicat. En mai-juin 1968, il fut particulièrement actif pour assurer la réussite et la poursuite de la grève, notamment dans son lycée dont il était le secrétaire de section (S1). Avec Dubus, qui faisait désormais partie de la nouvelle direction nationale, et avec les MI-SE du S3 (Daniel Roger), il prépara un projet de statut de la catégorie des surveillants qui déboucha sur la circulaire du 30 octobre 1968 (dite circulaire « Charlemagne »).

Tout en étant proche de la nouvelle majorité « Unité et Action », il refusa d’adhérer à un courant de pensée et n’eut plus aucune responsabilité au plan national, sauf comme commissaire paritaire national des agrégés en 1975, après sa promotion au grade d’agrégé ; il prit en quelque sorte la succession de Moeglin qui avait siégé dans cette CAPN durant de très nombreuses années. Il présida également souvent les séances plénières des congrès nationaux en raison de son autorité et de sa rigueur intellectuelle.

Matton resta membre de la CA du S3 sur la liste d’union, et membre du secrétariat, longtemps chargé des affaires contentieuses et disciplinaires, responsabilité qu’il passa à Daniel Roger. Il militait encore à la section des retraités du SNES et à la Fédération générale des retraités de la Fonction publique au début du XXIe siècle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140699, notice MATTON Fernand, Henri par Alain Dalançon, Pierre Pétremann, version mise en ligne le 4 juin 2012, dernière modification le 8 juillet 2012.

Par Alain Dalançon, Pierre Pétremann

F. Matton préside une séance du congrès du SNES de 1974 (à son côté Etienne Camy-Peyret).
F. Matton préside une séance du congrès du SNES de 1974 (à son côté Etienne Camy-Peyret).
Fernand Matton et Cyprien Bocquet au congrès national du SNES de 1969
Fernand Matton et Cyprien Bocquet au congrès national du SNES de 1969

SOURCES : Archives de l’IRHSES. ─ Archives du S3 de Lille. ─ interview de Fernand Matton (IRHSES), souvenirs de militants du S3 de Lille, témoignage de Daniel Roger. ─ Renseignements fournis par sa fille.

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