ROZINOER Jean, Victor dit Yvon

Par Daniel Grason

Né le 27 juin 1920 à Paris Ier arr. (Seine), exécuté le 13 juillet 1943 à Mauthausen (Autriche) ; communiste ; étudiant en médecine ; communiste ; FTP ; déporté.

Fils de Mordka (Maurice), joaillier, décoré de la Croix de guerre et de Renée, née Blum, Jean Rozinoer demeurait chez ses parents 280 rue de Vaugirard à Paris XVe arr. Étudiant en médecine, il faisait partie du personnel médical de l’hôpital de la Salpêtrière, Paris XIIIe arr. Communiste, il fut arrêté le 26 novembre 1940 par un commissaire de police et deux inspecteurs au domicile de ses parents. Incarcéré, il comparut devant la 15e Chambre correctionnelle le 1er mars 1941, condamné à six mois de prison pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Il fut libéré le 11 avril 1941 après avoir déclaré par écrit : « désapprouver l’action communiste clandestine sous toutes ses formes », il s’engageait : « sur l’honneur » à ne se « livrer dans l’avenir, directement ou indirectement ou par personne interposée à aucune activité communiste ».
Le jeudi 27 août 1942, le parti communiste organisa une prise de parole avec distribution de tracts devant les usines de la Société Nationale de constructions aéronautiques du sud-ouest (SNCASO) ex Louis Blériot à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine). Une vingtaine de policiers commandé par le commissaire divisionnaire de Boulogne-Billancourt étaient en embuscade sur le quai de Suresnes et aux alentours de l’usine. Deux résistants Jean Rozinoer et André Pelet furent chargés par l’organisation communiste d’assurer la protection de distributeurs de tracts. Les ouvriers devaient se mettre en grève, le tract soutenait cette action.
Les deux résistants vivaient jusqu’au 11 août dans un campement en forêt de Fontainebleau. Ce jour-là, le camp était découvert lors d’une opération conjointe de la gendarmerie française et de la Feldgendarmerie. Il y eut des tirs d’échangés, tris gendarmes dont un allemand étaient tués. Depuis la police recherchait notamment Yvon (Rozinoer) et Jean (Pelet).
La sortie des ouvriers de l’usine SNCASO s’effectuait à 18 heures, trois militants furent repérés par un gardien de la paix vers 17 heures 30, il remarqua l’arrivée d’un quatrième homme à bicyclette, porteur d’une volumineuse musette, il alerta un brigadier. Deux autres hommes descendirent d’un autobus, portant l’un une mallette, l’autre une serviette de cuir. Le policier cria « Halte-là police ! » Ils continuèrent leur chemin par la rue qui séparait la SNCASO de l’usine de camions Latil. Un policier tira en direction de Pelet, celui-ci riposta à trois reprises. Jean Rozinoer était rattrapé par un brigadier, sa serviette lui fut arrachée des mains, elle contenait une mitraillette et trois chargeurs, il portait un revolver.
André Pelet réfugié sur le toit d’un pavillon au 24 rue de la République, était repéré. Un policier utilisa la mitraillette, toucha le résistant d’une balle, puis tira une rafale. Les policiers découvrirent sur lui deux revolvers et cinquante-deux cartouches. Emmené à l’hôpital départemental de Nanterre, il y mourut le lendemain. Le 8 septembre 1942 le Service de l’identité judiciaire communiqua au Commissaire principal Jean Hénoque chef de la BS2, les résultats des analyses des armes, seul le pistolet 7,65 m/m saisit sur Pelet servit rue Daguerre le 1er août. Les policiers qui participèrent à cette opération touchèrent une prime collective de mille deux cents francs.
Il y eut dix-sept arrestations, la plupart furent relaxés. Jean Rozinoer, considéré comme israélite était déporté à Mauthausen (Autriche) le 1er avril 1943, classé Nuit et Brouillard « NN », matricule 25656 il fut exécuté le 13 juillet 1943.
Son père Maurice témoigna le 21 avril 1945 devant la commission d’épuration de la police, l’arrestation de son fils Jean le 26 novembre 1940 était liée à sa participation avec un groupe d’étudiants à une manifestation contre les exécutions faites par les allemands. S’agissait-il de la manifestation des étudiants à l’Étoile du 11 novembre 1940 ? Il fut déclara-t-il « fusillé à Mauthausen ».

Le nom de Jean Rozinoer figure sur la plaque commémorative posée dans le jardin à l’entrée de l’Hôpital de la Salpêtrière « La Salpêtrière à ses déportés, internés, résistants et patriotes morts pour la France 1939-1945 ». Sur les actes d’état civil, décès et naissance fut portée la mention « Mort pour la France ». Jean Rozinoer a été homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140531, notice ROZINOER Jean, Victor dit Yvon par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 mai 2012, dernière modification le 29 décembre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. KB 26, KB 56, KB 82, PCF carton 13 activité communiste pendant l’occupation, 77W 1621. – Bureau Résistance GR 16 P 52700. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site Internet GenWeb. – État civil.

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